Société

L'été pas du tout imaginaire: la presse people

Temps de lecture : 2 min

Chaque année, on se laisse tenter par le doux goût de vide de ces magazines. Et chaque année, je constate un phénomène tout à fait désagréable bien qu'inévitable: je vieillis.

Dans un an, dans deux et même dans dix ou vingt, on ouvrira toujours un magazine people l'été. | Louison
Dans un an, dans deux et même dans dix ou vingt, on ouvrira toujours un magazine people l'été. | Louison

«Simone et Jean-Paul: leur amour au grand jour!»

Voilà ce que j'aurais pu lire dans les années 30, si 1. la presse people avait existé et 2. moi aussi.

J'avoue que j'aurais adoré, dans les années 50 cette fois –où je n'étais toujours pas née ne soyez pas désobligeants– lire dans un numéro de Voici ou Public: «Marguerite Duras, elle a de la cellulite comme nous!» Ou encore, dans Closer, découvrir éberluée et photos à l'appui, un scoop sur l'histoire d'amour secrète entre Albert Camus et Maria Casarès. Imaginez que lui aussi lui ait apporté des chouquettes ou des croissants en scooter.

Mais non, la presse people est un phénomène un peu plus récent et soyons honnêtes, un peu moins intellectuellement chargé. Mais chaque été, telle la glace trois boules qui vous coule sur les doigts avant même d'avoir eu le temps d'en faire une photo correcte pour son compte Instagram (traumatisme annuel et personnel), on se laisse tenter par le doux goût de vide de la presse people. Et chaque année, pour ma part, je constate un phénomène tout à fait désagréable bien qu'inévitable: je vieillis.

Plaisir non coupable

D'année en année, de scoop en scoop, 1. je connais de moins en moins de gens pris en photo en train de manger des churros en string, et 2. tout le monde a 22 ans. Mais plus moi.

La presse people fait donc office de fontaine de jouvence à la plomberie défectueuse: par exemple, quand je lis qu'une des Spice Girls ne devrait pas tarder à devenir grand-mère car elle a récemment marié son fils aîné. Ou pire, quand les acteurs sur lesquels je laissais mon imagination d'adolescente tricoter une romance à base de Discman et de roulage de pelles (salut Jared Leto) se retrouvent dans des diaporamas photo, en maillot de bain, sous le titre fatal «Senior, le nouvel âge d'or!». Si j'avais encore un Discman, ces mots lus dans Voici cette semaine m'auraient donné envie d'écouter Muse ou Placebo pendant quarante-huit heures en mangeant des Yes payés en francs. Mais je m'égare.

Toujours est-il que chaque été passé et chaque été à venir auront une chose en commun.

Non, pas la moyenne des températures enregistrées, ça je pense que vous aurez compris, c'est comme avoir encore du respect pour Johnny Depp: c'est mort. Non, ce qu'il restera, c'est ce petit plaisir à se délecter sur les quelques semaines de juillet et d'août de la vie finalement assez chiante mais si différente de la nôtre, de tous ces gens probablement assez chiants eux aussi, mais qu'on n'aura sans doute jamais l'occasion de croiser en vrai. Et encore moins à la machine à café en septembre, où la grande marche du temps nous emmène inéluctablement. Sauf si vous êtes en 100% télétravail. Mais je m'égare encore.

Et puis dans un an, dans deux et même dans dix ou vingt, on ouvrira toujours un magazine people l'été, en y cherchant un visage que l'on reconnaît, et d'un froncement très sérieux des sourcils, comme si on venait de découvrir que quelqu'un avait renégocié les accords d'Oslo en douce, on s'exclamera: «Mais attends l'arrière-petite-fille de Madonna, elle était pas avec l'arrière-petit-fils de Brad Pitt l'an dernier?!»

Allez, je vous laisse, je dois aller faire une partie de beach ball. Et un lifting.

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