Société

Le train, nouvel objet du désir des Français

Temps de lecture : 4 min

L'imaginaire ferroviaire est en passe de retrouver sa vigueur d'antan.

Le train est servi par un soft power très efficace parce qu'enraciné dans l'imaginaire collectif et servi par des passionnés zélés. | Darren Bockman via Unsplash
Le train est servi par un soft power très efficace parce qu'enraciné dans l'imaginaire collectif et servi par des passionnés zélés. | Darren Bockman via Unsplash

Après plusieurs décennies d'engouement pour le transport aérien et les longs courriers, le train est de retour. Pendant longtemps, ce moyen de transport avait été un objet à la fois concret et porteur d'imaginaire dans la vie des Français. À la fois objet de revendications locales et composante de l'imaginaire du voyage et du dépaysement, le train apparaît comme un fait social de plus en plus important dans la société française et, certainement, dans la vie des sociétés immédiatement voisines de la nôtre.

Tôt cet été, la SNCF a dû faire face à la demande record de voyages ferroviaires par la mise sur le marché de 500.000 nouveaux titres de transport. Partie à la conquête de nouveaux marchés, elle s'était félicitée de la présence de plusieurs rames Ouigo réalisant la liaison Barcelone-Madrid. La demande hexagonale aidant, elle a été rappelée à son cœur de métier: le trafic ferroviaire franco-français, ou son pendant européen au départ de la France.

La demande de trajets commerciaux augmente et l'imaginaire ferroviaire reprend vigueur. L'une des meilleures preuves du retour du train comme composante de l'imaginaire du voyage, c'est la résurrection de l'Orient-Express initiée par Accor et le projet de lancement d'un «Grand Tour» par le Puy du Fou. Si des investissements dans le train de luxe sont en cours, c'est que ce moyen de transport a le vent en poupe. A contrario, les opérations visant à dévoiler les vols des jets privés des plus favorisés suscite réprobation. Le rêve repasserait-il de l'avion au train? C'est très probable.

Nostalgie

Le train est, pour de nombreuses générations, un élément de nostalgie, une nostalgie très concrète. Celle-ci s'est réveillée par la crise énergétique et se nourrit d'un intérêt renouvelé pour le tourisme continental. Paradoxal morceau de collectif dans un monde que l'on ressent souvent comme individualiste et fragmenté, le train fournit la réponse idéale à une aspiration écologique affermie et à un besoin de limiter davantage l'usage de l'automobile.

Les trains auto-couchettes ont été longtemps partie prenante de cet équilibre. Ils permettaient de charger sa voiture sur un train de nuit (au départ de Paris-Bercy pour les Parisiens se dirigeant vers le sud) et de se réveiller sur son lieu de vacances ou à proximité.

Des «petites lignes» rouvrent, le plus souvent grâce à l'initiative et au suivi des régions, ou font l'objet d'une mobilisation des élus et populations locaux. Elles sont nécessaires pour nombre d'activités économiques, afin de permettre aux jeunes de rallier les villes universitaires, mais également pour donner la possibilité à nombre de patients de pouvoir rejoindre des centres hospitaliers éloignés ou pénibles à atteindre par la route.

Au contraire des discours ambiants sur la mobilité, celui revendiquant le développement du train est fondé sur des illustrations concrètes et vitales pour les territoires concernés. La liaison vers Luchon, particulièrement attendue et ardemment soutenue par la présidente du Conseil régional d'Occitanie, devrait voir le jour prochainement.

Désormais, le confort est recherché mais aussi une forme de mobilité plus douce, moins agressive.

Dans d'autres régions, les élus se mobilisent également; citons par exemple ceux du Charolais qui poussent à la réouverture de la ligne entre Paray-le-Monial et Lyon, qui a longtemps accompagné la vie et le développement de cette région à l'écart des grands axes. Autant dire que la réponse traditionnelle du car, pis-aller massivement rejeté, a fait son temps.

De la performance à la poésie du train

Il devient plus poétique de s'endormir à Paris et de se réveiller en Italie que d'être fouillé plusieurs fois et obligé d'ouvrir ses bagages dans les aéroports parisiens. Car si le TGV a été le roi des trains pendant quatre décennies, à raison si l'on en juge par les gains de temps entre Paris et Lyon d'abord mais aussi avec la plupart des grandes villes, l'attente a muté avec la crise.

Les usagers sont de plus en plus à la recherche de solutions leur permettant par exemple d'embarquer des vélos dans les trains ou de pouvoir prendre le train en étant certains de pouvoir revenir le jour même, ce qui suppose plusieurs départs et retours quotidiens. La SNCF, qui avait mis l'accent sur ce grand projet industriel qu'est le déploiement du TGV, a maintenant pour tâche d'appréhender la demande de liaisons ferroviaires ordinaires qui nécessiteront de nouveaux matériels.

On ne compte plus les circuits permettant de découvrir une région grâce à des trains à l'ancienne, entretenus par des connaisseurs.

Des années durant, les compagnies de chemin de fer puis la SNCF ont insisté sur la rapidité des nouveaux matériels. Le Mistral ou le Capitole étaient notamment jugés sur leur rapidité et leur confort. Désormais, le confort est recherché, mais aussi une forme de mobilité plus douce, moins agressive dans son appréhension et permettant de se rendre d'un centre-ville à un autre sans passer par les étapes jugées de plus en plus pénibles qu'implique le voyage en avion.

Un soft power sur les rails

N'oublions pas que le train est aussi servi par un soft power très efficace parce qu'enraciné dans l'imaginaire collectif et servi par des passionnés zélés, parfois issus d'une corporation longtemps très estimée: celle des cheminots. Passionnés d'histoire ferroviaire, mécaniciens remettant en marche des locomotives à valeur historique et collectionneurs chevronnés forment un tissu extrêmement dense de promotion du train.

Plus visités que les clubs d'aéromodélisme, ceux consacrés au modélisme ferroviaire sont particulièrement bien implantés, souvent dans des cités cheminotes mais pas seulement, et contribuent à faire vivre le rêve du rail. Surtout, les trains touristiques implantés sur des lignes désaffectées font vivre localement une culture ferroviaire à la popularité avérée.

On ne compte plus les circuits permettant aux touristes de découvrir une région grâce à des trains à l'ancienne, méticuleusement entretenus par des connaisseurs. Le chemin de fer du Vivarais en Ardèche, mais aussi d'autres comme le train touristique de la Puisaye, le train touristique des Monts du Lyonnais et tant d'autres, font vivre la passion du train et suscitent un nouvel engouement pour le transports par trains.

Quant au train jaune dans le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, il a une vocation de petite ligne mais revêt également une dimension très attractive d'un point de vue touristique. Le vélorail fait lui aussi vivre le mythe ferroviaire et le rapproche de la nature. Le train est photogénique, il est télégénique et donne un cadre favorable au roman (Agatha Christie en étant le plus parfait exemple). Additionnés à un air du temps fait d'écologie et de souhait de ralentissement, tous ces facteurs contribuent à faire du train un élément de réponse à la fatigue générale contemporaine.

Newsletters

Vivement lundi: la coupure d'électricité

Vivement lundi: la coupure d'électricité

Cette perspective d'un Noël option coupures de courant, aux faux airs d'un escape game sur le thème «Blitzkrieg et dinde aux marrons», c'est une putain d'idée.

Petites coupures

Petites coupures

La plupart des gens disent aimer leur boss (mais faut-il les croire?)

La plupart des gens disent aimer leur boss (mais faut-il les croire?)

L'implosion du monde du travail n'est pas pour demain.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio