Santé

Pourquoi réfléchir intensément fatigue notre cerveau

Temps de lecture : 2 min

Se concentrer pendant de longues périodes entraîne l'accumulation de neurotransmetteurs qui empêche le cerveau de fonctionner normalement. 

| Andre Piacquadio via Pexels 
| Andre Piacquadio via Pexels 

Après une longue journée de travail où les tâches cérébrales s'enchaînent, on peut parfois se sentir vidé de toute énergie. Comme l'écrit Diana Kwon dans la revue Scientific American, dans ces moments-là, «vous avez certainement envie de vous relaxer devant une série plutôt que de cocher une autre case dans votre liste de choses à faire». Les conclusions d'une nouvelle étude nous éclairent sur les raisons biologiques de ce phénomène.

C'est une question que des scientifiques ont déjà tenté de résoudre. Dans les années 2000, une étude s'était attelée à démontrer que de longues périodes de concentration pouvaient entraîner une réduction des taux de glucose dans le sang, ainsi, consommer une boisson sucrée était supposé aider à donner un coup de boost au cerveau. Mais selon Antonius Wiehler, chercheur en neuroscience cognitive à la Pitié-Salpêtrière, «si on regarde toutes les études dans leur ensemble, il n'y a pas de lien avéré». En effet, d'autres études ne sont pas parvenues aux même résultats.

Puis en 2016, raconte la journaliste, une étude réalisée à la Pitié-Salpêtrière et portée par Mathias Pessiglione, permet de démontrer que de longues périodes d'activité mentale intense incitent les participants de l'étude à choisir une récompense immédiate (une plus petite somme d'argent tout de suite plutôt que davantage plus tard). Cela s'accompagne d'un déclin de l'activité cérébrale dans le cortex préfrontal: zone du cerveau impliqué dans la prise de décision.

Pour comprendre un peu mieux ce phénomène, une équipe de chercheurs de la Pitié s'est de nouveau penché sur cette question. Quarante personnes ont été réunies dans un laboratoire et chargées d'accomplir des tâches répétitives mais mentalement intenses pendant un peu plus de six heures. Les participants étaient divisés en deux groupes, l'un d'entre eux ayant des tâches encore plus difficiles à accomplir. À la fin de la journée, les membres des deux groupes rapportaient des degrés de fatigue similaires mais ceux auxquels les tâches les plus complexes avaient été assignées faisaient davantage le choix de rentrer chez eux avec une récompense immédiate –comme lors de la précédente étude.

Pour comprendre ce choix, les scientifiques ont mesuré les niveaux de neurotransmetteurs des participants. Celles et ceux qui avaient eu à accomplir les tâches les plus complexes présentaient des taux supérieurs de concentration et de diffusion du neurotransmetteur glutamate dans le cortex préfrontal. En clair, davantage qu'un déclin de ressource, la fatigue serait plutôt due à une accumulation de produits chimiques dans le cerveau, comme une sorte de surcharge.

Selon le chercheur Matthew Apps, neuroscientifique de l'université de Birmingham, qui n'a pas participé à l'étude, les résultats de cette étude pourraient amener à d'autres découvertes. L'accumulation de glutamate pourrait en partie expliquer la fatigue ressentie par les personnes souffrant de burnout, on pourrait aussi se pencher sur une technique pour éviter cette accumulation et donc la fatigue qui l'accompagne.

Bien sûr, l'étude laisse aussi plusieurs questions en suspens qui pourraient faire l'objet d'autres recherches: comment se débarrasse-t-on de cette accumulation? Comment réagissent d'autres parties du cerveau? Quels sont les autres facteurs responsables de la fatigue?

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