Société

L'été pas du tout imaginaire: la chipolata

Temps de lecture : 2 min

Quand vient l'été, quand les bouchons bouchonnent et que les mélanomes se frottent les mains en voyant les tubes d'indice 50 restés au fond des paniers de plage, c'est là, juste à ce moment précis, que vient l'heure de gloire de la chipolata.

Le destin de la chipolata, c'est de finir toujours cramée. | Louison
Le destin de la chipolata, c'est de finir toujours cramée. | Louison

Les scientifiques sont formels: si toutes les chipolatas mangées l'été se donnaient la matin, on pourrait relier la Terre à la Lune. Ça n'aurait aucun intérêt, j'en conviens, mais on pourrait. Enfin je crois, en vrai j'ai bien conscience que les chipolatas n'ont pas de mains et que je ne connais aucun scientifique spécialisé en charcuterie. Je sais, je n'ai pas encore 50 ans, mais j'ai sans doute déjà raté ma vie. Mais revenons plutôt aux saucisses.

Toute l'année, la Francfort et la merguez ont la belle vie, écrasant de leur supériorité les chipos et autres Morteau. Qui voudrait d'une choucroute ou d'un couscous à la chipolata? Personne. Même l'épreuve la plus absurde de «Top Chef» ne saurait tomber dans un délire pareil. Et pourtant, je me souviens d'une fois où les candidats ont cuisiné des déchets. Je crois que c'est à peu près le moment où j'ai décidé d'arrêter de regarder la télé. Mais je m'égare une fois de plus.

Bref, toute l'année, à grand renfort de hot dogs et de manifs de la CGT, saucisse orange et saucisse qui pique sont les reines du bal. Mais quand vient l'été, quand la cigale se met à danser, ou à chanter, ou à twerker, je sais plus, pendant que la fourmi continue de bosser en attendant de lui balancer un bon gros «Cheh» peu constructif, pendant que les bouchons bouchonnent et que les mélanomes se frottent les mains en voyant les tubes d'indice 50 restés au fond des paniers de plage, c'est là, juste à ce moment précis, que vient l'heure de gloire de la chipolata.

Dix mois qu'elle attendait ça, la voici enfin sur et dans toutes les bouches. Au supermarché d'abord, où elle est vendue en barquette, pour un couple, une famille, un régiment, selon la taille de ladite barquette. Elle est parfois en promo, mais jamais soldée, en tout cas pas l'été.

On la retrouve aussi sur les marchés où, telle une fashionista en chair à saucisse, elle sait varier les modes et les plaisirs tout le long des boyaux qu'elle remplit. Aux herbes, nature, au piment d'Espelette pour discrétos marcher sur les plates-bandes de sa rivale de toujours. Elle peut aussi être artisanale, ou totalement industrielle, cela ne change pas grand-chose car une fois sur le barbecue, elle subira le même sort.

Car oui, l'histoire de la chipolata n'a rien à envier aux héroïnes sacrifiées des plus grandes tragédies grecques. Didon, Phèdre ou Iphigénie n'échangeraient pas leur place pour celle d'une chipolata. (Note de l'autrice: vous ne lirez pas souvent cette phrase dans votre vie, j'espère que vous avez apprécié.)

Et le destin de la chipolata, c'est de finir toujours cramée, dans le meilleur des cas sur un seul côté, mais bien souvent sur l'ensemble de sa surface. Car oui, la chipolata, bien qu'emblème d'un été réussi, est toujours, au moment de sa cuisson, reléguée à l'arrière-plan de la vie, derrière des préoccupations plus intenses comme, par exemple, rafraîchir un verre de rosé, reremplir un bac à glaçons parce qu'on les a tous mis dans le verre de rosé, sauver un enfant de la noyade ou ouvrir un pot de tapenade.

La chipolata ne s'en émeut pas. Elle sait bien que comme à Hollywood, les plus grandes stars sont aussi celles qui ont le plus de risques de se brûler les ailes. Et le reste. La chipolata, c'est la réincarnation de Marilyn Monroe (cette phrase, vous ne la lirez pas souvent non plus), et son destin est de passer comme une étoile filante dans le ciel des barbecues de nos vies.

Ça sent le brûlé, non?

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