Culture

Cinq films sur des séjours ratés en club de vacances

Temps de lecture : 6 min

Cet article est garanti sans Franck Dubosc.

Charlotte Gainsbourg et Tim Roth dans Sundown, de Michel Franco (2021). | Capture d'écran Ad Vitam via YouTube
Charlotte Gainsbourg et Tim Roth dans Sundown, de Michel Franco (2021). | Capture d'écran Ad Vitam via YouTube

Lorsqu'on a le moral dans les chaussettes ou des décisions hyper difficiles à prendre, partir sous les cocotiers est-ce vraiment l'idée du siècle? Les cinq films ci-dessous semblent nous indiquer que non. Car malgré l'eau bleutée, le soleil au zénith et l'open bar, ces atmosphères paradisiaques ont souvent un arrière-goût de cauchemar –ou au moins de malaise. Et il n'y a nul besoin de regarder des films d'horreur pour s'en rendre compte. D'ailleurs, les trois derniers longs-métrages de cette liste sont des comédies.

À ce propos, une constatation teintée d'étonnement: a priori, il n'existe aucun slasher (sous-genre du cinéma d'horreur qui désigne les films avec un tueur ou une tueuse, de Scream à Vendredi 13) se déroulant dans un lieu de vacances façon Club Med[1]. Autant les psychopathes adorent se lâcher dans les camps de vacances, autant embêter les familles bourgeoises leur pose apparemment plus de problèmes. Si un ou une cinéaste de talent lit ces lignes: foncez.

«Sundown»: en finir avec la famille

Autant commencer par du pas rigolo du tout. Sorti le 27 juillet dans les salles françaises, le nouveau film du Mexicain Michel Franco (récompensé à Cannes pour Después de Lucía, prix Un Certain Regard en 2012, et pour Chronic, meilleur scénario en 2015) observe une famille occidentale visiblement ultra-riche, dont le séjour paisible à Acapulco tourne court: un décès soudain et inattendu la contraint à rentrer au plus vite en Europe.

Mais une fois à l'aéroport, tandis que la femme (Charlotte Gainsbourg) et ses deux ados foncent pour ne pas rater le premier avion, l'homme incarné par Tim Roth (déjà dans Chronic) annonce qu'il a oublié son passeport à l'hôtel. La vérité est ailleurs: pendant que les trois autres vont se coltiner le deuil, la préparation des obsèques et les proches à gérer, lui reprend une chambre d'hôtel et poursuit son séjour, presque comme si de rien n'était. Que cache cette fuite en avant? Notre homme est-il juste un monstre dénué d'empathie, ou y a-t-il des raisons à son absence de réaction et de soutien?

Habitué des scènes choc, Michel Franco s'est ici un peu calmé, même les dernières bobines dispensent leur lot de violences. Un peu trop explicatif en bout de course, Sundown se tient néanmoins très bien, apportant un peu de complexité à l'affirmation selon laquelle l'argent ne fait pas le bonheur. Si si, rappelle le cinéaste mexicain; car s'il vaut mieux être riche et bien portant que fauché et mal foutu, il y a des situations intermédiaires plus enviables que d'autres.

«Voir du pays»: en finir avec la guerre

Qu'est-ce qu'un décor paradisiaque quand tout le reste ressemble à un enfer? C'est en substance la réflexion des sœurs Muriel et Delphine Coulin, qui adaptaient en 2016 le roman écrit par cette dernière. Dans Voir du pays, les réalisatrices de 17 filles suivent Aurore (Ariane Labed) et Marine (Soko), deux jeunes militaires qui viennent de passer six mois en Afghanistan. Elles s'apprêtent à passer trois jours à Chypre, dans un luxueux complexe hôtelier servant de «sas de décompression» avant de regagner la France. Mais gare à l'implosion.

C'est l'une des premières fois que l'on peut observer les effets du stress post-traumatique lié à la guerre chez des personnages féminins. Cela fait-il une différence? Clairement oui; car si les homologues masculins de nos deux héroïnes ont également enduré la laideur de la guerre, et si certains en conservent également des visions cauchemardesques, leur décompression semble se passer différemment, l'esprit de vestiaire permettant visiblement de mieux faire passer la pilule. Ou de mieux donner le change.

Les chambres sont superbes, l'eau turquoise, mais l'humeur n'est pas à la fête, d'autant que Marine et Aurore doivent composer avec les agressions du monde extérieur. Leur guerre est finie, mais une autre forme de danger persiste: celle que représentent les hommes gravitant autour d'elles, qu'il s'agisse des locaux proposant de leur faire visiter leur île ou des soldats de leur régiment, dont le défouloir idéal pourrait bien consister à jouer les grands prédateurs. C'est ce qu'on appelle un voyage au bout de l'enfer.

«Sans Sarah, rien ne va!»: en finir avec la rupture

Le titre français de Forgetting Sarah Marshall est un peu moisi sur les bords, mais il a au moins l'intérêt de mettre en avant l'atmosphère douce-amère dans laquelle baigne le film. Écrite et interprétée par Jason Segel, qui s'est fait connaître avec How I met your mother avant de développer des projets plus personnels, cette production Judd Apatow montre que ce qui ne marche pas pour soigner les blessures de la guerre ne fonctionne pas non plus pour se relever d'une rupture douloureuse. Et que l'option «club de vacances» n'est donc pas forcément la plus pertinente.

Il faut dire que Peter, le héros, a la malchance de tomber nez à nez sur celle qui est désormais son ex, Sarah Marshall, jouée par Kristen «Veronica Mars» Bell. La situation est d'autant plus désastreuse que celle-ci se prélasse avec Aldous Snow, son nouveau boy-friend, star du rock égocentrique que Russell Brand incarne à merveille. Sans Sarah, rien ne va! déploie alors des trésors de drôlerie et de mélancolie pour parler de notre envie obsessionnelle de recoller les pots cassés, même quand la mission semblait impossible dès le départ.

On est ici très haut au-dessus des standards de la comédie américaine, notamment parce que Jason Segel et le réalisateur Nicholas Stoller empilent les tonalités comme personne. Du rire, des larmes, du romantisme fleur bleue, beaucoup de clairvoyance sur les relations humaines, et aussi une comédie musicale sur fond de vampires: le cocktail mis en place est succulent. À signaler, l'existence d'un spin-off écrit et réalisé par Stoller, dans lequel on retrouve la rock star Aldous Snow. En VF, il s'appelle American Trip, et il vaut lui aussi vingt mille fois mieux que son titre français.

«Larguées»: en finir avec la rupture (de sa mère)

Ceci est un compliment: si Larguées était un film américain, ce serait sans doute –lui aussi– une production Judd Apatow. Sauf que sa réalisatrice Éloïse Lang est française –on lui doit notamment le programme «Connasse» et son adaptation ciné– et qu'elle adapte ici un succès du cinéma danois datant de 2014. On y retrouve pourtant le même type de ton, aussi trash que désabusé, et la même façon de faire durer les séquences pour les emmener vers autre chose que de la pure comédie.

À la tête de Larguées, trois actrices, et pas des moindres. Les inséparables Camille Cottin et Camille Chamoux jouent à merveille les sœurs fâchées, sous le regard d'abord triste de Miou-Miou, actrice désormais discrète mais toujours aussi juste, qui incarne leur mère. C'est dans un club «all inclusive» de l'île de La Réunion que les deux filles traînent leur mère contre son gré. Elle peine en effet à se remettre du départ de leur père, qui l'a quittée pour une jeunette.

Tendre et vachard, le film prend une direction inattendue, qu'il tient jusqu'au bout ou presque, lorsque l'une des sœurs décide de rémunérer l'un des employés des lieux (Johan van Heldenbergh, le chanteur de bluegrass d'Alabama Monroe) pour qu'il fasse voyager leur mère –dans tous les sens du terme. Entre les vannes et les gags, il n'y a pas besoin de creuser très loin pour tomber sur une réflexion acide sur le désir féminin. Reste que là encore, il semble que le malheur ne soit pas moins pénible au soleil, pour paraphraser approximativement Charles Aznavour.

«Les femmes de ses rêves»: en finir avec le mythe de la femme idéale

On l'aura compris: gérer sa rupture dans un simili éden, c'est non. Mais devoir composer avec un mariage trop empressé, est-ce vraiment mieux? Les femmes de ses rêves n'est pas le plus connu des films des frères Farrelly, ni des frères Farinelli (pardon Var Matin, tout le monde fait des erreurs, mais celle-ci était vraiment marrante), mais on aime sa drôlerie et la relative finesse avec laquelle il ausculte les rapports hommes-femmes. C'est l'histoire d'Eddie, joué par Ben Stiller, dont le credo est simple: il ne s'engagera sentimentalement que s'il parvient à dénicher la femme parfaite.

Et c'est ainsi que ce célibataire endurci tombe un jour sur Lila, jouée par la troublante Malin Åkerman –qu'on aimerait revoir au cinéma, elle qui a déserté le septième art depuis une dizaine d'années. Après l'attente, l'empressement: encouragé par son père et par son meilleur pote, notre héros demande sa belle en mariage et l'épouse, persuadé d'avoir trouvé la perle rare. Mais il y a un mais. Il y a toujours un mais. Lors de leur lune de miel dans un paradis mexicain, Eddie découvre que son épouse est loin d'être celle avec qui il souhaitait passer le restant de ses jours.

Lila n'a pas juste des défauts –ce qui serait humain, avouez-le. C'est un mensonge sur pattes, une personne sans foi ni loi, et Eddie n'en croit pas ses yeux, d'autant que dans le même temps, il rencontre Miranda (Michelle Monaghan), moins parfaitement parfaite, mais sans doute bien plus à même de faire son bonheur. Férocement drôle mais également assez triste par ce qu'il affirme sur les hommes et l'amour, Les femmes de ses rêves plonge allègrement dans une guimauve qui fait du bien: un club de vacances cinq étoiles, oui, mais uniquement si c'est avec la personne (vraiment) aimée.

1 — L'auteur de ces lignes vit dans un monde où Souviens-toi... l'été dernier 2 n'existe pas. Retourner à l'article

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