Culture

Cinq films qui vous feront passer l'envie de partir en vacances entre potes

Temps de lecture : 6 min

S'ils sont inactifs, hétéros, idiots, bavards et/ou dépourvus d'empathie, restez chez vous ou partez en solo.

Dans Taekwondo, de Marco Berger (2016), Germán, homosexuel, est mal à l'aise, malgré son désir de se fondre dans cette masse de mâles hétérosexuels. | Capture d'écran Outplay Films via YouTube
Dans Taekwondo, de Marco Berger (2016), Germán, homosexuel, est mal à l'aise, malgré son désir de se fondre dans cette masse de mâles hétérosexuels. | Capture d'écran Outplay Films via YouTube

Faut-il partir en vacances avec ses amis? Vaste question, à laquelle on peut tenter de répondre comme ceci: oui, à condition d'avoir la même énergie. Par exemple, si vous êtes du genre à vous lever très tôt pour aller observer les oiseaux avec vos six enfants, ne partez pas avec des gens qui dorment jusqu'à 14h et ont pour seul projet de boire le volume du Gange en mauvaise bière.

Les films de potes en vacances sont nombreux, mais en voici cinq, pas forcément les plus connus –pas de Petits Mouchoirs ni de Nous finirons ensemble, déso–, pour vous pousser à bien réfléchir à l'organisation de votre prochain séjour et surtout à l'identité des personnes qui auront le suprême honneur de vous accompagner pour jouer avec vous au Mölkky en buvant des rosés piscine.

«Taekwondo»: overdose hétéro

En une dizaine de films, dont certains sont sortis dans les salles françaises (Plan B, Absent, Le Colocataire), l'Argentin Marco Berger s'est imposé comme l'un des meilleurs observateurs de la façon dont l'homosexualité tente de ne pas étouffer dans cette société hétérocentrée, à la manière d'une fleur des champs qui tâcherait de pousser malgré tout entre deux blocs de béton.

Disponible en vidéo à la demande, Taekwondo est probablement son film le plus abouti: on y fait la connaissance de Germán, jeune homme que Fernando, partenaire d'arts martiaux avec qui il a lié amitié, emmène passer des vacances à la campagne. Dans une grande et belle maison, Germán fait la connaissance des amis de Fernando. Comme lui, ce sont de beaux jeunes hommes bien faits, aimant le sport et la fête. Sauf qu'eux sont hétéros, alors que Germán est gay, ce que personne ne sait.

Troublé par ces corps presque nus qui gravitent autour de lui, désireux de se fondre dans cette masse de mâles hétérosexuels avides de conquêtes féminines et de sexualité performative, Germán est mal à l'aise. Au-delà des questions d'orientation sexuelle, toujours très fortes chez le cinéaste, se pose aussi la question du départ en vacances: est-il bien raisonnable de tenter une telle aventure avec des gens dont on ignore tout? Pourra-t-on vraiment être soi-même sans heurts? Ce genre de séjour a tout pour être potentiellement plus crispant qu'apaisant.

«Midsommar», la dépression
dans la valise

Avant d'être un film de genre (et pas n'importe lequel), Midsommar offre une analyse clairvoyante et vacharde des rapports amicaux et des relations amoureuses –amitiés et amours devraient être plus souvent analysées sous la forme d'un seul bloc et c'est bien que tout commence à se fluidifier de ce côté-là. Christian veut larguer Dani (Florence Pugh, royale), mais comme celle-ci vit un deuil aussi soudain que traumatisant, il décide de l'emmener avec ses amis et lui dans un festival suédois qui n'a lieu que tous les quatre-vingt-dix ans.

Les mecs en question ne sont pas franchement ravis que cette fille instable, encore plus au fond du trou depuis la tragédie qu'elle vient de vivre, soit collée à eux comme un vieux chewing-gum. Ils ont peur que la présence de Dani ne casse l'ambiance, qu'il faille s'occuper d'elle et de sa santé mentale, qu'il ne leur soit pas possible de se lâcher comme ils l'auraient voulu. Voilà un vrai sujet: la dépression n'étant pas un accessoire dont on peut se délester avant de partir en vacances, comment la prendre en compte?

Dans le cas des personnages de Midsommar, la réponse est simple: il s'y prennent juste mal. S'ils tolèrent la présence de Dani, c'est uniquement parce que personne n'a eu le cran d'avoir une discussion avec elle. En revanche, ils n'ont nullement l'air d'avoir envie de faire le moindre effort –ce qui ne gâcherait pas leurs vacances. Ironiquement, dans ce film en forme de cauchemar diurne, les choses finissent par s'inverser: la stabilité et le pouvoir changent de camp. Dans la réalité, c'est une tout autre paire de manches.

«A bigger splash»: piscine
à débordements

Alors oui, on sait, A bigger splash est le remake de La Piscine, formidable film de Jacques Deray dans lequel tout, du scénario aux interprètes, est absolument parfait. Injustement décrié à sa sortie parce qu'il n'atteignait justement pas ce degré de perfection, le film de Luca Guadagnino (dont il faut voir tous les films, pas seulement Call me by your name) en est une variation fantasque, malicieuse et au moins aussi vénéneuse. Alors, pourquoi bouder son plaisir.

Même si son personnage n'est clairement pas une madame Tout-le-monde, beaucoup d'entre nous s'identifieront sans mal à la chanteuse jouée par Tilda Swinton, contrainte au silence absolu pour ne pas abîmer davantage ses cordes vocales. Sa quiétude estivale, dans une superbe maison isolée de l'île sicilienne de Pantelleria, est soudain brisée par l'irruption inattendue d'un vieil ami producteur, joué par Ralph Fiennes –qu'on n'a jamais vu comme ça. Et les ennuis commencent.

Aussi réjouissantes que puissent être ces retrouvailles et quelle qu'en soit l'issue, ces vacances-là ne pourront pas être reposantes. Accueillir chez soi un moulin à paroles ayant décidé de prendre au pied de la lettre l'expression «faites comme chez vous», c'est devoir faire la conversation –même sans parler–, assurer le divertissement de chacun et de chacune, ne pas pouvoir s'autoriser à réellement lâcher prise.

Mais A bigger splash est loin de n'être qu'un film sur la charge mentale de la personne qui organise ou réceptionne les vacances. C'est un drame passionnant, drôle, humain et tragique qui mérite une deuxième chance.

«Nos enfants chéris»: cohabitation et charge mentale

Petit miracle: cette comédie française sortie en juillet 2003, qui raconte plein de choses intéressantes et intelligentes sur la parentalité et les rapports hommes-femmes, n'a quasiment pas pris une ride –petite exception sur le mépris rigolard avec lequel est traité le personnage joué par Laurence Côte, qui passe pour une flemmarde antipathique (ce qu'elle est peut-être en partie), alors qu'elle est sans doute en pleine dépression post-partum.

Le héros de Nos enfants chéris, c'est Martin (Mathieu Demy), violoncelliste et père de deux enfants, à qui incombe vraisemblablement depuis toujours le statut d'intendant de la maison de vacances dans laquelle il séjourne avec sa femme et une poignée d'amis. Un petit groupe auquel s'ajoute Constance, son amour de jeunesse (Romane Bohringer), qui débarque avec mari et enfants dans une ambiance un peu bohème.

Le film réalisé par Benoît Cohen est souvent très drôle, vise juste la plupart du temps et montre que très clairement, en vacances, tout le monde ne vit pas les choses de la même manière. Charge mentale, sens de la fête, rapports aux horaires et aux enfants: ce sont à la fois des rythmes et des personnalités qui se télescopent, s'emboutissent et font plus d'une fois des étincelles, surtout quand certains vieux dossiers refont surface.

À noter: le film est co-écrit par Éléonore Pourriat, réalisatrice de Je ne suis pas un homme facile, qui a cartonné sur Netflix –elle joue aussi dedans et elle est extrêmement drôle.

«Cold prey»: des vacances de tueur

Parole de quelqu'un qui n'est jamais allé aux sports d'hiver de toute sa vie: tous ces efforts et toutes ces contraintes pour quelques descentes en ski et en snowboard, c'est incompréhensible. Dormir dans des chalets trop petits, avoir toujours les pieds humides, faire la queue avec des gens antipathiques qui récitent les répliques des Bronzés font du ski en se croyant originaux et risquer à tout moment de se briser les quatre membres: quel programme réjouissant...

Mais les héros et héroïnes de Cold Prey ont ça dans le sang, sans doute à en raison de leurs origines norvégiennes. Et les voilà dévalant les pistes avec appétit, jusqu'à ce que la chute de l'un d'entre eux se solde par une sublime fracture ouverte dont le réalisateur Roar Uthaug (débauché quelques temps après ce film, qui date de 2006, pour réaliser le Tomb Raider d'Alicia Vikander) ne rate aucune miette. La petite bande finit son escapade inachevée dans un hôtel d'altitude abandonné, et c'est le début des vrais ennuis.

Car un tueur façon Michael Myers rôde. Et là, consternation (même si le film se tient plutôt bien, grâce à la mise en scène et aux interprètes): tout le monde fait n'importe quoi, comme si les conseils prodigués par Jamie Kennedy dans Scream –pas de sexe, pas d'alcool, pas de «Je reviens tout de suite»– n'existaient pas. D'où ce conseil: partez faire de la glisse si ça vous amuse, mais tentez au moins de le faire avec des gens intelligents ou un minimum cultivés. Sans quoi, vous risqueriez de devenir la Laurie Strode de votre région.

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