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À deux ans des JO de Paris, des inquiétudes planent sur la cybersécurité

Temps de lecture : 4 min

Alors que les Jeux olympiques de Paris approchent, les acteurs publics et privés du secteur de la sécurité informatique collaborent tant bien que mal.

Le président du comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, Tony Estanguet, et la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, à Saint-Denis, le 31 mai 2022. | Franck Fife / AFP
Le président du comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, Tony Estanguet, et la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, à Saint-Denis, le 31 mai 2022. | Franck Fife / AFP

Paris a vu grand pour les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) 2024. Encore faut-il réussir à sécuriser ses ambitions. Or, à deux ans de l'ouverture des JOP de Paris, les chiffres donnent le tournis: 7,3 milliards d'euros de budget, 13,4 millions de billets mis en vente, 600.000 spectateurs attendus pour la cérémonie d'ouverture sur les quais de Seine et près de 40 sites en Île-de-France et en régions. Et le risque cyber est partout. Billetterie, données personnelles, systèmes de retransmission vidéo ou de surveillance. Autant de risques d'attaques informatiques qu'il faut prévenir.

En 2016, les organisateurs des Jeux olympiques de Rio avaient relevé environ un demi-milliard d'attaques informatiques (soit 400 par seconde). Quatre ans plus tard, à Tokyo, c'est 815 attaques informatiques par seconde qui étaient enregistrées. Interrogé par l'AFP, le président du comité d'organisation des JO 2024, Tony Estanguet, confirme: «On ne doute pas qu'on sera attaqués, en permanence. [...] Il ne faut aucune faille dans n'importe quelle entrée possible, au sein des collaborateurs, des logiciels, de l'écosystème.»

«Il y a eu des moments de friction»

La menace cyber est multiple. Dans un rapport publié en 2021, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), acteur majeur de la sécurité informatique des JO de Paris, en dresse le panorama: elle peut être étatique, cybercriminelle, cyberterroriste ou activiste. Et selon Bertrand Le Gorgeu, coordinateur sectoriel pour les grands événements sportifs à l'Anssi, «c'est la menace étatique qui est, de loin, la plus dangereuse».

Pour éviter un remake du fiasco de la finale de la Coupe de la Ligue 2022 au Stade de France, l'ensemble des services de sécurité et de prévention du ministère de l'Intérieur sont mobilisés. Au total, plus d'une dizaine de services sont engagés dans la définition de la stratégie de cyberdéfense des JO de Paris, placés sous l'égide du délégué interministériel aux JOP et de l'instance de coordination nationale pour la sécurité des Jeux olympiques et paralympiques 2024.

Mais d'après une source ministérielle au sein de la délégation chargée de superviser le bon déroulement des expérimentations des outils de cybersécurité, les débuts ont été marqués par de nombreux incidents: «Il y a eu des moments de friction», explique notre source à plusieurs reprises. «Jusqu'en juin, un grand nombre d'acteurs étaient absents de la discussion et le ministère n'avait pas encore diffusé l'ensemble des appels à manifestation d'intérêt aux industriels.»

Chargé de mission auprès du ministère, l'expert en cybersécurité et renseignement en sources ouvertes ajoute: «Il y a une certaine compétition entre les services du ministère de l'Intérieur. Chacun a ses méthodes, ses besoins et tous ne sont pas au même niveau en matière cyber. Des ajustements ont dû être réalisés.»

Convoquée lundi 25 juillet par le président Emmanuel Macron à l'Élysée, une réunion olympique réunissant une dizaine de ministres, les préfets de police d'Île-de-France et le président du comité d'organisation des Jeux olympiques, Tony Estanguet, a permis de clarifier la chaîne de commandement. Le pilotage de la sécurité de l'événement appartient désormais au ministère de l'Intérieur.

La crainte d'une démobilisation

Placée sous le contrôle de la direction ministérielle aux partenariats, aux stratégies et aux innovations de sécurité, la phase d'expérimentation des technologies de cybersécurité a débuté en avril dernier. La filière industrielle s'y est préparée. Des comités industriels ont été mis en place pour répondre efficacement aux appels à manifestation d'intérêt diffusés par le gouvernement, dans le cadre de la stratégie globale de lutte contre les menaces cyber défendue par la Place Beauvau. Cette phase doit prendre fin en décembre 2022. À l'issue, un rapport sera communiqué aux autorités, en vue de l'acquisition des technologies retenues.

L'importance de tenir les délais est double: pour les industriels, le dédommagement financier de ces expérimentations s'achève au 31 décembre. Dès janvier 2023, l'acquisition des technologies retenues par l'État permettra alors leur test grandeur nature au cours des nombreux événements sportifs et culturels (à l'instar de la Coupe du monde de rugby 2023), qui se tiendront jusqu'au lancement des JO de Paris, prévu pour le 26 juillet 2024.

Contactée par Slate, une source interne au ministère de l'Intérieur assure que «globalement, toutes les expérimentations devraient être achevées dans les temps». Mais les impératifs des différents services causent des ralentissements. Les congés d'été, les nombreux événements sportifs ou culturels de cette période et, surtout, la rentrée sociale à venir font craindre une démobilisation des forces engagées.

«Il va y avoir une rentrée sociale certainement chargée et les différentes forces de sécurité du ministère de l'Intérieur auront chacune d'autres choses à faire», explique notre source «Tous ces évènements sont propices à ce que les forces ne soient pas toujours aussi disponibles qu'on le voudrait.»

Péril budgétaire?

Les JO de Paris doivent permettre au cyber et à la sécurité numérique française de devenir «une filière d'avenir». Malgré la présence de plusieurs acteurs internationaux dans l'organisation de ces Jeux olympiques, comme l'Américain Cisco ou le géant chinois Alibaba, le ministère l'assure: «Aucune technologie américaine ou israélienne ne sera sélectionnée». Les entreprises françaises seront privilégiées, dont 30% au moins de PME.

Dans le cadre du plan de relance mis en place par le gouvernement, 20 millions d'euros ont été débloqués par Bercy. Reste que la Cour des comptes ne cache pas ses craintes. En avril 2021 déjà, chargée d'étudier la gestion de l'organisation de Paris 2024, elle notait comme point positif l'augmentation des investissements en matière de sécurité. Mais la juridiction financière s'inquiète cependant des contours du système informatique déployé dans le cadre des JO français.

Dans un rapport provisoire de 76 pages, révélé par Le Canard enchaîné début juillet, la Cour des comptes renouvelle ses mises en garde. Elle affirme à nouveau qu'il est «impératif» d'accélérer la cadence pour relever le «défi sécuritaire considérable» que représentent ces «menaces protéiformes».

La version définitive de ce document, qui a été récemment transmis aux autorités, sera publiée d'ici à la fin de l'année, avec les réponses des différentes parties prenant part à l'organisation. Mais selon les médias qui l'ont consulté, il dit déjà en creux la démesure d'un tel événement. La sécurité reste donc un dossier sensible pour les JO de Paris 2024, pour lesquels il faudrait employer 22.000 à 33.000 agents par jour, selon les estimations de la Cour des comptes.

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