Culture

Cinq films à voir pour (bien) réfléchir avant de partir en randonnée

Temps de lecture : 6 min

Ça ne se décide pas à la légère.

Dans Arrête ou je continue, de Sophie FIllières (2014), le couple formé par Pierre (Mathieu Amalric) et Pomme (Emmanuelle Devos) bat sacrément de l'aile. Peut-être pas le meilleur binôme pour une randonnée. | Capture d'écran Les Cinémas Pathé Gaumont via YouTube
Dans Arrête ou je continue, de Sophie FIllières (2014), le couple formé par Pierre (Mathieu Amalric) et Pomme (Emmanuelle Devos) bat sacrément de l'aile. Peut-être pas le meilleur binôme pour une randonnée. | Capture d'écran Les Cinémas Pathé Gaumont via YouTube

La randonnée, c'est comme le camping et le saut à l'élastique: ça ne s'improvise pas. Il y a beaucoup de raisons d'avoir envie d'enfiler des chaussures de marche et d'aller avaler du kilomètre, mais il y en a encore plus de se tenir à distance de cette discipline qui, sous des aspects indéniablement apaisants, peut créer plus d'une crispation.

La sélection de films qui suit n'a absolument pas l'ambition d'être exhaustive (à part entre ces parenthèses, vous ne trouverez aucune autre mention des Randonneurs de Philippe Harel, ce qui ne l'empêche pas d'être tout à fait regardable). Voyez-la plutôt comme une liste d'avertissements: oui, crapahuter, c'est bien, mais non, il ne faut pas espérer que ça se passe systématiquement dans la sérénité et le partage.

«Arrête ou je continue»: ne pas partir en crise

Si vous n'avez jamais vu de film de Sophie Fillières, il est possible qu'Arrête ou je continue, son sixième long-métrage, vous déconcerte un brin. La cinéaste a déjà fait bien plus absurde, mais ce film reste cependant truffé de petites bizarreries, d'attitudes inattendues, de répliques volontairement à côté. Grâce à la présence d'Emmanuelle Devos et de Mathieu Amalric dans les rôles principaux, le rendu est parfaitement savoureux, pour peu qu'on daigne faire l'effort d'y entrer.

Elle, c'est Pomme; lui, c'est Pierre. Le couple bat salement de l'aile, malgré de vagues projets, des séances de sport à domicile avec un coach coriace et une illusion de confort. Au cours d'une randonnée, Pomme décide que la coupe est pleine. Et prend une décision radicale: elle ordonne à Pierre de rentrer au domicile conjugal, tandis qu'elle va rester dans la forêt le temps de faire le point. Un séjour qu'elle fait durer plus longtemps que prévu, et au cours duquel elle utilisera des lingettes et sauvera un bouquetin.

Peut-on réellement tirer des conclusions d'un film aussi décalé? Sans doute, oui, parce que malgré la fantaisie, le regard que pose Sophie Fillières sur Pomme et Pierre est tristement réaliste. Conclusion: non, la rando ne resserre pas les liens; non, un bon équipement ne suffit pas; oui, la rupture amoureuse fait parfois si peur qu'on a moins de courage pour l'acter que pour passer la nuit à la belle étoile.

«Into the wild»: apporter
sa nourriture

On est certes plus dans le road trip que dans la randonnée pure et simple, mais tout de même: Christopher McCandless, le héros de Into the wild, a un sac à dos, des chaussures de marche et l'envie débordante d'aller communier avec la nature. Sauf que ce que d'autres font pendant quelques heures ou quelques jours, lui s'y emploiera pendant plus de trois mois. Et qui sait si, sans une gigantesque tuile rencontrée au bout d'une centaine de jours, il n'aurait pas prolongé l'expérience de plusieurs années.

L'écrivain et alpiniste Jon Krakauer a retracé dans un livre la trajectoire de McCandless, jeune homme promis à une brillante carrière dans le monde du capitalisme mais qui se cabre in extremis et décide de brûler ses papiers d'identité pour aller vivre dans le dénuement le plus total (traduction: une carcasse de bus au milieu de l'Alaska). Filmé par Sean Penn, Emile Hirsch incarne parfaitement ce jeune homme idéaliste, courageux, soucieux de revenir aux fondamentaux... mais sans doute pas assez préparé.

Quinze ans après la sortie du film, on se permet de spoiler la fin: parce qu'il confond deux plantes dans son guide botanique, McCandless s'empoisonne en mangeant des graines toxiques et son périple se termine dans la tristesse et la douleur. La preuve qu'il vaut mieux ne pas trop compter sur l'aide de la nature pour se sustenter, à moins d'avoir acquis un degré d'expertise suffisant. Pour le goûter, apporter son propre paquet de gâteaux, c'est moins noble et écologique, mais ça évite de finir sa vie prématurément, à l'âge de 24 ans et demi.

«Antoinette dans les Cévennes»: bien se préparer

Après une scène anthologique de fête d'école (dans laquelle elle interprète «Amoureuse» de Véronique Sanson avec les enfants dont elle est l'institutrice), Antoinette décide d'aller randonner dans les Cévennes pour les vacances d'été. Comme ça, sur un coup de tête. Ou presque: dingue d'un parent d'élève avec qui elle entretient une relation enflammée mais qui ne semble pas résolu à quitter sa femme pour elle, elle décide de le suivre. Tout simplement.

Le problème, c'est que l'homme en question ne part pas se dorer la pilule à la plage. Entre le sud du Massif central et les Cévennes profondes, il se prépare à arpenter avec femme et enfant le chemin de Stevenson, du nom de l'auteur de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, qui fit ce trajet en 1879 et en tira le justement titré Voyage avec un âne dans les Cévennes. Antoinette se retrouve ainsi sur le chemin avec ses chaussures pas adaptées et un âne nommé Patrick, qui s'avère plus capricieux que ce qui lui avait été annoncé.

La détresse est absolue: Antoinette se sent seule, la marche se passe mal et le mec qu'elle poursuit ne la mérite clairement pas. Pourquoi se mettre dans une telle galère, risquer de se briser une cheville et de gâcher son été, pour suivre quelqu'un? Ne suivez pas les gens, c'est mal, mettez des bonnes chaussures, c'est important, et n'allez marcher que si vous sentez que potentiellement, cela pourrait vous faire du bien.

Le bilan d'Antoinette dans les Cévennes ne sera pas si négatif pour son héroïne, parce que c'est du cinéma. Le reste du temps, une rando qu'on ne veut pas faire et pour laquelle on n'est pas préparé a peu de chances de se conclure de façon positive.

«Escapade fatale»: éviter les mauvaises rencontres

C'est l'histoire d'une lune de miel qui ne se passe pas comme prévu. Dans ce film disponible sur Netflix (mais d'abord sorti en VOD en 2016 sous le titre A Perfect Getaway), un couple joué par Steve Zahn (mais si, vous le connaissez) et Milla Jovovich part sillonner les plages hawaïennes pour célébrer son union. Et rencontre un autre couple, puis un autre, avant que les premiers articles de presse ne tombent: deux jeunes mariés ont été assassinés non loin de là et leur(s) assassin(s) coure(nt) toujours.

La rando, le bivouac, tout cela est fort sympathique quand on a soif d'aventure, comme c'est apparemment le cas des personnages du film de David Twohy (coscénariste du Fugitif version Harrison Ford et créateur du personnage de Riddick, joué par Vin Diesel dans Pitch Black et ses suites). Sauf que le plaisir laisse rapidement place à la chair de poule: il y a tout lieu de penser que les coupables font partie de cette poignée de touristes américains.

Première conclusion: si vous souhaitez réellement fêter votre amour flambant neuf et votre récent mariage, pourquoi commencer par copiner avec des inconnus visiblement bavards et pénibles? Deuxième conclusion: les thrillers avec des twists finaux nous manquent, et même si celui d'Escapade fatale est pour le moins éclaté au sol, il fait presque plaisir à voir tant ce genre de rebondissement jubilatoire se fait désormais rare.

«Old Joy»: choisir la bonne personne

Ça n'est pas sa première œuvre (il y eut auparavant l'inédit River of Grass, datant de 1994 et brièvement sorti en salles en 2019), mais Old Joy est clairement le film qui a fait connaître Kelly Reichardt, cinéaste ô combien précieuse qui reste aujourd'hui encore relativement confidentielle. Elle a pourtant fait tourner des interprètes aussi célèbres de Michelle Williams (Wendy & Lucy), Jesse Eisenberg (Night Moves) ou encore, last but not least, Kristen Stewart (Certaines femmes).

Old Joy, c'est juste l'histoire de deux copains de longue date (peut-on les qualifier d'«amis»?) qui partent barouder ensemble le temps d'un week-end. En marchant et en s'asseyant au coin du feu, ils partagent ensemble leurs visions de la vie, de plus en plus divergentes depuis que l'un s'est tourné vers une vie dite d'adulte (couple, enfant à venir) tandis que l'autre est resté dans le monde du rêve et de l'innocence –ce qui est parfaitement son droit.

Leur proximité physique n'a donc d'égale que leur éloignement spirituel, ce qui serre le cœur. Cela n'empêche cependant pas Old Joy d'être un film doux, sensible et souvent apaisant. Car quand ils ne randonnent pas, les deux hommes joués par Daniel London et le chanteur de folk Will Oldham (alias Bonnie Prince Billy) profitent de la nature et de l'air ambiant.

Meilleur moment: lorsqu'ils se plongent dans une eau fumante, au beau milieu des bois, pour un bain thermal aussi revigorant pour le corps que pour l'esprit. Chacun de ces deux-là n'était peut-être pas l'acolyte dont rêvait l'autre pour vivre un instant pareil, mais cela n'altère heureusement pas la grâce de cette expérience partagée.

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