Politique / Monde

États-Unis: qui veut prendre la place de Joe Biden?

Temps de lecture : 4 min

Si les équipes de l'actuel président américain affirment qu'il sera sur la ligne de départ en 2024, les Démocrates semblent dès aujourd'hui se tourner vers d'autres options. Les Républicains, eux, essaient de se détacher de l'ombre de Donald Trump.

Le président Joe Biden et La vice-présidente américaine, Kamala Harris, devant la Maison-Blanche, à Washington, D.C., le 9 mai 2022. | Nicholas Kamm / AFP
Le président Joe Biden et La vice-présidente américaine, Kamala Harris, devant la Maison-Blanche, à Washington, D.C., le 9 mai 2022. | Nicholas Kamm / AFP

Élu en novembre 2020 et investi en janvier 2021, Joe Biden va fêter ses deux ans à la tête des États-Unis dans quelques mois. Né en 1942, le président américain aura alors 80 ans. Si son staff affirme qu'il sera bien sur la ligne de départ en 2024, difficile de l'imaginer briguer un second mandat à 82 ans et quitter le pouvoir à 86 ans en cas de victoire.

D'autant que sa cote de popularité chute continuellement depuis près d'un an avec la multiplication de crises interminables –Covid-19, guerre en Ukraine, inflation galopante–, et que rien ne semble en mesure de pouvoir inverser cette tendance à court terme. Pire, les articles de presse se multiplient pour souligner la faiblesse de sa réponse sur des sujets majeurs comme le droit à l'avortement ou les armes.

Dans ce contexte, en coulisses, des discussions émergent au sein du camp démocrate et certains élus avancent petit à petit leurs pions tout en réaffirmant leur loyauté au locataire de la Maison-Blanche. Côté républicain, le parti se retrouve pieds et poings liés aux dérives extrémistes du trumpisme qui pourraient, à l'approche de l'élection présidentielle 2024, provoquer beaucoup de tensions internes. Mais l'ancien président, qui reste au cœur de l'appareil, n'est plus la seule et unique option. Si pour l'heure personne n'a officiellement dégainé, la course à la Maison-Blanche a déjà bel et bien commencé.

Chez les Démocrates, la continuité ou la rupture?

On l'a vu, un second tour de piste de Joe Biden semble improbable, même si cette possibilité ne peut être totalement exclue. La logique voudrait qu'en cas de retraite du président, sa vice-présidente, Kamala Harris, prenne la suite. Bien identifiée par les Américains, l'ancienne sénatrice californienne ne pâtit plus d'un déficit de notoriété depuis qu'elle a été choisie comme colistière lors de la dernière campagne.

Ni trop âgée ni trop jeune, issue de la diversité, elle semble avoir le profil parfait pour mobiliser l'électorat démocrate. Elle peut aussi compter sur son poids non négligeable au sein de l'establishment pour peser et s'imposer comme la nouvelle leader du parti. À première vue donc, rien ne semble pouvoir lui barrer la route. Mais l'impopularité du président rejaillit sur elle et son rôle ne lui permet pas de se démarquer. La vice-présidence est en effet un poste de figuration sans réel pouvoir politique. À cela s'ajoutent des problèmes de communication et des tensions avec la Maison-Blanche. En résumé, une mauvaise dynamique.

Cette situation ouvre donc la porte à des candidatures rompant quelque peu avec la filiation Biden. Les équipes de Bernie Sanders n'excluent pas, par exemple, la possibilité d'une troisième candidature, selon un document interne révélé par le Washington Post en avril dernier. Le sénateur du Vermont sera alors âgé de 83 ans, ce qui risque de poser problème. Mais la surprise pourrait venir de Sacramento, puisque le gouverneur de l'État progressiste de Californie, Gavin Newsom, ne cache plus vraiment ses ambitions nationales.

Il mène depuis plusieurs mois une campagne agressive contre les Républicains et reproche à son parti de ne pas s'engager pleinement dans la «guerre culturelle». À l'occasion de la fête nationale du 4-Juillet, il a même fait diffuser un spot publicitaire télévisé en Floride pour alerter les habitants sur le caractère liberticide des politiques conservatrices et les inciter à déménager sur la côte Ouest. S'il persiste dans cette voie et continue d'attirer l'attention, Gavin Newsom –qui aura 57 ans en 2024– pourrait bien être la personnalité à suivre côte démocrate.

Il faudra aussi regarder de près Pete Buttigieg, surprise de la dernière primaire et actuel ministre des Transports, ou encore la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer, un temps sur le devant de la scène au début de la crise sanitaire.

Les Républicains cherchent une personnalité moins clivante

Au sein du Grand Old Party, les choses sont plus compliquées. Donald Trump, qui n'a jamais caché son envie de se relancer dans une troisième campagne électorale, pourrait officialiser sa candidature très prochainement pour couper l'herbe sous le pied de ses concurrents et tenter de se protéger des révélations dévastatrices de la commission du 6 janvier qui enquête sur sa tentative de coup d'État post-élection 2020 et l'assaut du Capitole.

Il n'est cependant plus tout à fait en odeur de sainteté dans le camp conservateur et est de plus en plus considéré comme toxique, malgré son emprise relative sur le parti et le fanatisme de sa base. Plusieurs membres de l'establishment républicain aimeraient même s'en débarrasser pour laisser place à une figure moins clivante mais tout aussi réactionnaire, comme son ancien vice-président Mike Pence ou le gouverneur de Floride Ron DeSantis.

Le premier, renié par les trumpistes depuis son refus de renverser les résultats de l'élection, devrait faire long feu lors de la prochaine primaire républicaine. Le second a cependant ses chances, avec ou sans Trump. Chouchou de Fox News, apprécié par Elon Musk ou le très influent podcasteur Joe Rogan, en hausse dans tous les sondages, Ron DeSantis a la cote auprès des élites et de la base.

Communicant efficace et habile, il a su se tenir assez loin des élucubrations complotistes de la dernière administration et tracer sa voie en multipliant les attaques contre les Démocrates et les «wokes». En froid avec lui après avoir été son mentor, Donald Trump sait qu'il pourrait perdre en cas de duel lors des primaires républicaines.

Faut-il débrancher Trump?

L'enjeu chez les Républicains est donc de déterminer si débrancher l'ancien président est la bonne solution. Pour l'élue Liz Cheney, fille de l'ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney, et membre de la commission d'enquête sur le Capitole, la réponse est claire: «La chose la plus importante est de protéger la nation de lui.» Minoritaire au sein de son parti et sanctionnée pour sa participation à la commission, sa parole n'est pas représentative de l'électorat conservateur, mais elle se dit prête à tout pour lui barrer la route, jusqu'à se présenter en 2024 (en indépendant?) pour favoriser la candidature démocrate.

Quand on sait qu'une victoire dans un État se joue parfois à quelques milliers de voix, une telle décision pourrait avoir un effet non négligeable, comme ce fut le cas en 1992 quand le richissime conservateur Ross Perot réussit l'exploit d'obtenir près de 19% des voix en indépendant, condamnant George H.W. Bush à la défaite face à Bill Clinton.

À situation exceptionnelle, configuration exceptionnelle? La prochaine élection présidentielle américaine pourrait voir s'affronter deux candidats inattendus et mettre à mal les pronostics faits jusqu'ici. Et quand on sait que désormais, c'est la survie de la démocratie de la première puissance mondiale qui se joue lors des élections, nul doute que la prochaine campagne sera tout aussi suivie que les précédentes.

Newsletters

Réforme des retraites: la dissolution de l'Assemblée, pari risqué d'Emmanuel Macron

Réforme des retraites: la dissolution de l'Assemblée, pari risqué d'Emmanuel Macron

Le chef de l'État a agité cette menace si l'opposition votait la motion de censure contre le gouvernement.

#OnNeDoitPasDireÇa

#OnNeDoitPasDireÇa

Parti déconstruit

Parti déconstruit

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio