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Le climat change, la montagne aussi, et l'humanité doit faire avec

Temps de lecture : 5 min

La catastrophe de la Marmolada a rappelé la dangereuse fragilité des Alpes, où l'on ne compte plus le nombre d'effondrements.

Depuis toujours confrontées aux évolutions de leur environnement, les populations alpines témoignent des capacités d'adaptation de l'homme. | S&B Vonlanthen via Unsplash
Depuis toujours confrontées aux évolutions de leur environnement, les populations alpines témoignent des capacités d'adaptation de l'homme. | S&B Vonlanthen via Unsplash

Au fil des siècles et des millénaires, l'homme n'a cessé de conquérir davantage l'arc alpin. Avec la découverte en 1991, à la frontière austro-italienne, d'une momie datant de 3.200 ans, nous savons qu'un peuple occupait ainsi la région de Bolzano, dans le Haut-Adige, au nord de l'Italie, il y a plus de trois millénaires.

Il n'existe pas d'humanité anéantie par le climat. En revanche, l'adaptation aux évolutions climatiques, qui est le propre de l'homme depuis des millénaires, prend dans les Alpes valeur de «leçon de choses». En montagne, chaque face rocheuse, chaque évolution de glacier, chaque pan et chaque versant revêt une originalité propre.

Fonte des glaciers, avalanches...

Nous savons tous, sans même pratiquer l'alpinisme, que la météo est un facteur d'incertitude majeure en montagne. Le récent effondrement du glacier de la Marmolada, dans les Dolomites italiennes, a entraîné la mort de onze personnes. Plutôt considéré comme atteignable après une course relativement facile, le sommet attirait nombre d'alpinistes depuis des décennies.

Cette terrible catastrophe implique un changement d'appréhension de la montagne, dans toutes les dimensions de l'activité humaine lui étant liées. Un glacier est toujours en mouvement. Même s'il recule en longueur, épaisseur ou masse, il avance. C'est pourquoi l'actuelle période de recul des glaciers s'accompagne de découvertes parfois macabres, comme celles de restes de disparus, parfois ensevelis depuis un demi-siècle ou davantage.

Cet effondrement n'est pas un cas isolé. Songeons aux Drus, sommets mythiques du massif du Mont-Blanc. Le pilier Bonatti de la face ouest des Drus, l'une des plus célèbres parois des Alpes, était à la fois lieu d'excellence de l'alpinisme et lieu de mémoire par la performance des premières escalades effectuées. Il s'est effondré en 2005, après le caniculaire été 2003.

On ne compte plus les effondrements dans différents massifs, sur l'ensemble de l'arc alpin. Des événements jamais anodins, surtout pour les habitants des villages avoisinants et pour les alpinistes, randonneurs ou grimpeurs. On n'atteint déjà plus les mêmes sommets par les mêmes voies qu'il y a dix ans dans bien des cas. L'ampleur de la mutation des glaciers et de nos montagnes est objectivée par une série de données, notamment disponibles sur le site du ministère de l'Environnement.

Les vallées alpines regorgent de vestiges reflétant les mouvements des populations ou du bétail selon les époques, entre périodes de glaciation et de réchauffement. Longtemps, très longtemps avant notre ère, la fonte des glaciers continentaux avait amené les océans neuf mètres au-dessus du niveau actuel –la température moyenne était alors bien supérieure à celle enregistrée actuellement. Les activités humaines comme la chasse, par exemple, s'étaient adaptées.

La remontée inexorable de l'isotherme 0°C: un défi immédiat

Un peu partout dans les Alpes, le changement climatique se traduit par une remontée de l'isotherme 0°C, soit l'altitude à laquelle il fait 0°C, qui campe aujourd'hui autour de 4.000 mètres. Autant dire que les mesures actuellement enregistrées ne correspondent en rien à celles d'il y a trois décennies. La dégradation des glaciers alpins est indéniable, et ce début de mois de juillet 2022 est marqué par une fonte des neiges anticipée d'une cinquantaine de jours par rapport à l'an passé.

Les glaciers qui permettaient encore, dans les décennies passées, de pratiquer le ski d'été sont par ailleurs déjà impraticables. À Tignes, aux Deux Alpes, on ne skiera plus l'été, c'est un fait quasiment acquis. Le changement climatique modifie également considérablement la montagne en hiver. En revanche, à Val Thorens, la saison de ski a duré du 20 novembre au 8 mai, incitant les professionnels et les touristes à modifier leurs calendriers respectifs.

Les fluctuations des températures enregistrées changent la structuration du manteau neigeux. De là peuvent surgir de nouveaux risques et l'ampleur des avalanches peut également changer. Comme les autres usagers de la montagne, un skieur hors-piste ou un randonneur doit réapprendre à lire la montagne. Les activités touristiques, comme celles d'élevage, s'adaptent donc aux mutations de la montagne. Les secours (pelotons de gendarmerie de haute montagne, CRS de montagne) prennent eux aussi en compte les mutations climatiques.

Les parcs, moteurs de l'adaptation

En quelques dizaines de millénaires, notre continent et notre humanité ont connu des périodes, courtes ou longues, beaucoup plus froides et d'autres beaucoup plus chaudes. Cependant, nos ancêtres, les plus lointains comme les plus récents, ont toujours su s'adapter au climat de leur époque. Aujourd'hui encore, il existe des vestiges montrant qu'ils ont moins cherché à «sauver le climat» qu'à s'y adapter.

Il y a différentes écoles, comme sur les autres sujets liés à l'environnement. Sur le front écologiste, Mountain Wilderness mène des campagnes utiles, mais qui ne freineront désormais en rien les mutations frappant nos montagnes. L'organisation fait notamment campagne pour le retrait des équipements obsolètes, pour un changement d'approche de l'activité humaine en montagne. Elle s'est aussi mobilisée à l'occasion d'une consultation du parc national de la Vanoise (Savoie).

Cependant, s'il est un acteur décisif de la protection et du développement de la biodiversité, c'est le parc. Car dans l'action concrète, à la fois pédagogique, en lien avec tous les professionnels et les habitants de la montagne, et institutionnelle, ce sont bien les parcs nationaux qui sont moteurs de notre adaptation aux mutations des montagnes. Bien davantage encore qu'auparavant, avec un talent réel, ils éclairent les adeptes de la randonnée, du trail, de l'escalade, de l'alpinisme, etc. sur les mutations en cours.

Le parc national de la Vanoise (recouvrant 53.300 ha), adossé à son jumeau italien du Grand-Paradis, fêtera, l'an prochain, ses soixante ans d'existence. Scruté en permanence par des équipes ultra-compétentes, étant parvenu à une forme d'hybridation avec les préoccupations des populations des communes directement concernées, il a à son actif un développement de la biodiversité. Tout ne va donc pas mal en montagne. Alors que les mondes montagnards sont les plus spectaculairement touchés, la conscience des rapides mutations liées au climat mène à développer des solutions originales dans chaque vallée, à propos de chaque cas concret.

La montagne rend modeste

Adapter l'habitat, l'agriculture, le tourisme, etc. à la nouvelle donne climatique est un effort continuel partagé par tous. Depuis toujours, beaucoup plus directement et abruptement confrontées aux évolutions de leur environnement, les populations alpines témoignent des capacités d'adaptation de l'homme au fil des siècles.

Certains passages aujourd'hui empruntés étaient sous la glace il y a cent, deux cents ans, sans parler des milliers d'années antérieures. Ainsi va la montagne! Elle bouge, change et cela implique de notre part une adaptation éternellement renouvelée. La montagne rend modeste et bannit les discours millénaristes et les imprécations. La montagne permet de passer d'une écologie de l'imprécation à une écologie de l'adaptation. Bref, c'est une école de modestie et d'humilité.

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