Politique

La France insoumise, le nouvel évangile

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Malgré mon indéfectible attachement à la gauche, je ne me retrouve nulle part dans cette formation politique.

Il y a au sein de La France insoumise une certaine appétence pour la violence. | Jeanne Menjoulet via Flickr
Il y a au sein de La France insoumise une certaine appétence pour la violence. | Jeanne Menjoulet via Flickr

Les «Insoumis» sont à bien des égards les inquisiteurs des temps modernes. Quand on prend la peine de les écouter, on devine sous leur discours comme une envie furieuse d'instaurer un nouvel ordre économique et moral où chacun devrait marcher au pas de leur orthodoxie, faute de quoi, l'excommunication ne serait plus très loin –c'est du moins l'impression que j'en ai.

Comme autrefois l'Église catholique, ils entendent exercer leur magistère dans un partage des responsabilités qui exclurait d'emblée les âmes assez folles pour s'opposer à leur dogme. Soit vous vous convertissez aveuglément à leurs principes, soit vous vous situez dans le camp de ceux dont il faudrait se débarrasser afin que triomphe leur cause sacrée –le combat du peuple contre la prétendue oligarchie, les dominants, classe à laquelle peu ou prou tout le monde, un jour ou l'autre, finit par appartenir.

Comme tous les mouvements idéologiques ou religieux prétendant agir à la fois pour le bien du genre humain et en son nom, il n'existe chez eux aucune place pour la nuance ou la remise en question; ce serait trahir la cause. L'exaltation qu'on peut trouver dans l'exercice de la foi n'a rien à envier à celle à l'œuvre dans des formations politiques quand elles parlent au nom de l'intérêt général, d'une régénération de la société qui passerait par l'adoption de mesures radicales.

Quand on pense agir pour le bien de tous, convaincu par la justesse de son combat, équivalente à la justice divine et de ses ordonnances, il n'existe plus aucune limite à l'exercice de son magistère. Hanté par la noblesse de la cause à défendre, assuré d'être dans le vrai, on en vient à approuver des comportements en tout point contraires à l'idéal démocratique, l'application d'une exégèse qui si on y prenait garde n'aurait rien à envier aux pires rigoristes de l'époque des croisades, quand il s'agissait de rétablir le royaume de Dieu sur terre.

Voilà bien la raison pour laquelle malgré mon indéfectible attachement à la gauche, je ne me retrouve nulle part dans cette formation politique. Je n'ai pas l'âme d'un croyant ni d'un exalté et j'abhorre cette arrogance qui consiste à constamment attaquer son adversaire sous prétexte qu'il ne partagerait pas en tout point vos idées. Cette manière qu'ont de se donner en spectacle les «Insoumis», ce sectarisme, cette intolérance, cette outrance verbale, cet air de supériorité morale qu'ils présentent en maintes occasions, cette façon de remettre sans cesse en cause le verdict des urnes, je crois bien les avoir en détestation.

D'autant plus que je vois bien comment en filigrane ils seraient prêts à laisser courir la violence pour arriver à leurs fins. La violence de la rue, celle qui excite la foule et lui fait répondre comme un seul homme aux appels à la rébellion, au renversement de l'ordre établi. Ce que les «Insoumis» n'ont pas obtenu dans les urnes, à la première occasion donnée, ils demanderont à la rue d'y pourvoir, dans un enchaînement de violence dont nul ne sait jamais jusqu'où il peut aller –la sacralisation à outrance du peuple va rarement de pair avec le pacifisme débonnaire.

L'extrême gauche, l'histoire nous l'a maintes fois démontré, a souvent été en délicatesse avec la démocratie. Ce qu'elle veut, ce qu'elle réclame, ce qu'elle exige, c'est la rédemption de la race humaine par elle-même, l'abolition des privilèges, l'égalité pour tous, et ce non plus au nom d'un quelconque dieu, de la promesse de la vie éternelle, mais de la consécration de la justice sur terre, aspiration tout aussi légitime qu'impossible à réaliser –le Goulag et ses camps de rééducation sont là pour nous le rappeler.

Évidemment, nous n'en sommes pas là. Mais il n'empêche. Dans ces temps troubles où l'on sent les démocraties vaciller sur leur piédestal, il ne faudrait pas grand-chose pour que s'installe en France une sorte de violence pré-révolutionnaire, une agrégation des colères à même de mettre le pays à feu et à sang, colère que ne manqueront pas d'attiser voire d'encourager les membres de La France insoumise.

Je ne mettrai jamais sur le même plan extrême droite et extrême gauche. Si l'une a l'obsession de la race, du sang et de la prééminence du sentiment d'appartenance nationale, l'autre a le souci d'éradiquer la misère et d'améliorer les conditions de vie de chacun, quelle que soit sa couleur de peau ou la nature de sa foi. L'une exclut là où l'autre inclut. Reste un dénominateur commun: le recours in fine à la violence pour asseoir ses principes.

Le christianisme, du moins dans sa version originelle, était aussi une sorte d'humanisme, avant de devenir une entreprise de démolition massive où, au nom d'un Christ rédempteur, on n'a pas hésité à brûler sur le bûcher des populations entières rétives à se convertir. Il en va toujours ainsi quand on se croit investi d'une mission, qu'elle puise son inspiration dans la religion ou dans l'idéologie. Arrive toujours un moment où la machine s'emballe sans pouvoir lui opposer une quelconque résistance.

Grâce à Dieu, Jean-Luc Mélenchon n'est pas une nouvelle version du Christ ou bien alors seulement, sous les apparats de Che Guevara.

Par contre, pour ce qui est de ses apôtres, je ne serais pas aussi affirmatif…!

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