Sciences / Société

Nous avons la tête de notre prénom: faites le test!

Temps de lecture : 3 min

En 2017, une première étude avait déterminé que notre visage était socialement marqué par notre prénom. Des chercheuses ont souhaité pousser leurs recherches plus loin avec une nouvelle étape: des portraits-robots.

Rien qu'en croisant une personne dans la rue, on peut se faire une idée de son prénom. | Jebulon via Wikimedia Commons
Rien qu'en croisant une personne dans la rue, on peut se faire une idée de son prénom. | Jebulon via Wikimedia Commons

Vous a-t-on déjà dit que vous aviez la tête de votre prénom? Ou encore que vous le portiez parfaitement? Il y a maintenant près de cinq ans, Slate.fr s'était penché sur ces réactions aussi communes que déroutantes. Plus précisément, nous avions relayé les résultats d'une étude franco-israélienne menée sur près de six ans par des chercheurs de trois universités (HEC Paris, Université hébraïque de Jérusalem, IDC Herzliya-université Columbia).

Ils avaient démontré qu'une raison permettait d'expliquer pourquoi certaines personnes parviennent à deviner comment nous nous appelons alors qu'elles nous rencontrent pour la première fois: notre visage est marqué socialement par notre prénom. Nous vous avions par ailleurs proposé un petit quiz pour évaluer vos capacités à les associer. Un exercice que nous renouvelons aujourd'hui: le nouveau test se situe juste ci-dessous!

Des prénoms pas si durs à deviner

Mais du coup, ça veut dire quoi «être marqué socialement par son prénom»? Nous avons posé la question à Anne-Laure Sellier, chercheuse en psychologie sociale à HEC Paris et responsable de la partie française de l'étude de 2017. «Cela signifie que quelqu'un qui vous rencontre dans la rue et qui ne vous a jamais vue auparavant est capable de pressentir, au-delà du facteur chance, que vous vous prénommez Nina [le nom de la rédactrice de cet article, ndlr]», indique-t-elle.

Cela vous semble absurde? Et pourtant... En 2017, l'étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology avait démontré que lorsque des participants voyaient la photo d'une personne qu'il ne connaissaient pas et qu'ils pouvaient choisir entre quatre ou cinq prénoms donnés de manière équivalente sur une année (par exemple Aurélie, Émilie, Élodie, Amélie), entre 25% et 40% d'entre eux parvenaient à identifier le vrai prénom correspondant au visage, soit significativement plus que le facteur chance, qui s'élevait à 20% ou 25% selon les études.

«Nous avons été bluffés au sein de l'équipe de recherche, confie Anne-Laure Sellier. Nous nous attendions à ce que cela fonctionne pour certains prénoms et pas pour d'autres, mais nous avons en fait trouvé que la grande majorité des visages étudiés ressemblaient à leur prénom. C'est l'ampleur du phénomène qui nous a surpris.»

Le poids de la conformité sociale

Pour les chercheurs à l'origine de l'étude, si notre prénom «s'imprime» comme un tatouage sur notre visage, ce n'est pas une coïncidence. Au contraire, c'est comme si chacun ressentait une sorte de motivation inconsciente à adhérer au stéréotype associé à son prénom, principalement par souci de conformité sociale. Car lorsque nous nous conformons aux attentes des autres, les interactions deviennent plus simples.

«Le matin, vous ne vous préparez pas au hasard: entre autres, vous vous préparez comme une Nina et moi comme une Anne-Laure. Nous partageons un stéréotype de ce qu'est une Nina, on va dire une fille qui a les cheveux longs, lâchés, un peu années 1970… et ce que nous observons dans nos études, c'est que Nina se colle à ce stéréotype.»

Anne-Laure Sellier et son équipe ont souhaité pousser cette étude fascinante encore plus loin. «Dans l'article publié en 2017, nous avons montré les faits, c'est-à-dire que nous partageons un stéréotype de ce qu'est une Nina. Dans une recherche plus récente, en collaboration avec Claire Linares, une doctorante de HEC Paris, nous sommes parvenues à obtenir le portrait-robot de Nina», détaille la chercheuse.

Le visage, lieu de l'individualité?

Pour créer ces portraits-robots, les chercheuses ont fait appel à un outil permettant de créer des paires de visages, puis elles ont déposé des «caches» sur ces différentes images.

«C'est comme si je mettais un brouillard dessus, et les points de brouillard changent, explique Anne-Laure Sellier. Selon les points de brouillard, le même visage apparaît comme un autre. Je vais ensuite générer 300 × 2 fois ces visages. Et pour chaque paire, je vous demande: “De ces deux visages, laquelle de ces personnes ressemble le plus à une Nina?”»

Ces choix sont ensuite superposés et les chercheuses se retrouvent enfin avec le visage représentant, dans l'imaginaire commun, une Nina. Un échantillon indépendant est enfin invité à confirmer si les portraits-robots ressemblent, selon eux, à une Nina. Et cela a été le cas: face au visage, les cobayes ont bien reconnu une Nina plutôt qu'une Julie. Et si certains stéréotypes sont mieux reconnus que d'autres, surtout chez les hommes, «l'effet tient en moyenne pour l'ensemble des visages présentés», assure Anne-Laure Sellier.

Les résultats de cette étude vous laissent dubitatif, voire vous agacent? Vous n'êtes pas seul. «Le fait d'entendre que dans notre visage, il puisse y avoir [la marque d']un stéréotype est très mal pris par certains. Nous nous plaisons à penser que le visage est le lieu ultime de notre individualité», répond la chercheuse. «Et il l'est! Mais souvenons-nous qu'avant de faire briller notre individualité, il nous faut être accepté par les autres. En quelque sorte, avec notre visage, il nous faut montrer patte blanche. Nina ressemble donc à Nina, et cela n'enlève rien à son individualité.»

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