Santé / Sciences

Covid-19: le sous-variant BA.5 est bien là et risque de cogner fort

Temps de lecture : 9 min

La situation épidémique actuelle en France suscite des inquiétudes pour l'été à venir. Il est donc temps de prendre des mesures.

Les patients contaminés par le sous-variant BA.5 sont cloués au lit pendant plusieurs jours. | Andrea Piacquadio via Pexels
Les patients contaminés par le sous-variant BA.5 sont cloués au lit pendant plusieurs jours. | Andrea Piacquadio via Pexels

La vague BA.5 que nous redoutions est là. Avec une hausse de 57% du nombre de cas quotidiens en une semaine, 125. 066 cas déclarés rien que le 1er juillet, un taux d'incidence à 825 et un R effectif à 1,4, l'évidence ne peut être masquée: BA.5 s'apprête à déferler massivement. Vous vous souvenez que nous avions proposé une distinction entre les vagues de houle, qui sont de simples augmentations saisonnières, comme les rhumes l'hiver, et les vagues déferlantes, qui charrient leur cortège de complications, d'hospitalisation et de décès.

Sans pouvoir prédire avec précision comment la situation va évoluer dans les prochaines semaines, elle nous inspire à tout le moins de la vigilance, sinon une certaine inquiétude pour l'été. Disons que les marins étaient jusque-là dans leur cabine, anticipant la tempête, et qu'ils sont aujourd'hui sur le pont à arrimer le gréement, en espérant que le capitaine sait où il les mène et tient bon la barre.

En effet, que ce soient les premiers articles parus sur le sujet ou les remontées de terrain dont nous disposons, il est désormais évident qu'avec Omicron, nous ne sommes pas aussi chanceux que ce que certains avaient un peu trop rapidement voulu espérer.

La quatrième dose, et fissa

Nous constatons que l'immunité humorale –c'est-à-dire les anticorps circulants nous protégeant contre l'infection–, induite aussi bien par le vaccin contre le Covid que par une précédente infection par le SARS-CoV-2, est devenue une digue poreuse qui ne résistera pas aux assauts de BA.5. Ainsi, seule l'immunité à médiation cellulaire, induite par la vaccination et par des infections aux variants précédant Omicron, reste l'un des derniers remparts nous protégeant contre les formes graves de Covid-19. Mais l'immunité humorale ou à médiation cellulaire conférée par une infection antérieure à Omicron BA.1 ou BA.2 semble quasi inexistante.

Dites-vous donc que si vous avez souffert du Covid l'hiver dernier, cela ne vous protègera ni d'une infection ni d'une forme sévère, sauf, dans ce dernier cas, si vous êtes triplement ou quadruplement vacciné et pas trop immunodéprimé. Une infection par Omicron représenterait donc, en quelque sorte, un coup d'épée dans l'eau.

Ces dernières nouvelles redoublent l'importance d'administrer fissa la quatrième dose aux plus de 60 ans et aux personnes les plus vulnérables. Mais pour tous les autres, s'ils veulent limiter les risques de Covid sévères, trois doses vaccinales les protègeront. Et s'ils veulent éviter les Covid longs, des mesures non pharmaceutiques complémentaires simples pourraient s'avérer être le meilleur rempart, même imparfait.

Le nombre de décès devrait croître

Des praticiens nous rapportent des formes assez cognées de Covid-19 chez leurs patients et patientes. Des cas ne nécessitant le plus souvent pas une hospitalisation, mais qui demandent néanmoins des arrêts de travail d'une à deux semaines, pendant lesquelles les malades sont d'abord cloués au lit plusieurs jours, puis galèrent entre asthénie, fièvre, toux et maux de tête. Aujourd'hui, nous ne connaissons évidemment pas la propension de BA.5 à provoquer des symptômes prolongés (Covid longs), mais nous redoutons que cette cohorte s'allonge encore beaucoup cet été.

Au vu de l'expérience portugaise, nous redoutons, pour le reste de l'Europe, un remake version Covid de l'été 2003.

Outre le fait que ni vous ni nous n'avons envie de passer une partie de nos vacances alités et fiévreux, nos préoccupations vont d'abord vers les personnes âgées et particulièrement vulnérables. La campagne pour la quatrième dose montre un timide rebond, mais les mesures sanitaires efficaces semblent tarder à se remettre en place. Au vu de l'expérience portugaise, dont la population est très largement vaccinée et qui vient de traverser une vague ces trois derniers mois, nous redoutons, pour le reste de l'Europe, un remake version Covid de l'été 2003.

Avant le rebond, nous étions retombés, en France, à moins de quarante décès dus au Covid par jour. Ces chiffres devraient croître dans les prochaines semaines et s'accompagner d'une forte tension dans les cabinets de généralistes, aux urgences et dans les services hospitaliers, dans un contexte de crise du système de santé où de nombreux postes seront en congés annuels, en arrêt maladie ou sont tout simplement vacants depuis plusieurs mois.

Un variant qui met sur le carreau pendant plusieurs jours

Ne nous contentons pas, après deux ans et demi de pandémie, de regarder les chiffres de la mortalité par Covid grimper à chaque vague. Nous disposons de traitements antiviraux efficaces, notamment le Paxlovid et le Remdesivir.

Certes, les laboratoires Lilly ne nous aident pas en refusant de commercialiser, hors des États-Unis, le bebtelovimab, dernier anticorps monoclonal efficace contre BA.4 et BA.5. Mais les gouvernements européens ne sont pas très prompts à instaurer une véritable stratégie «tester et traiter», qu'il serait impératif de mettre en œuvre cet été si l'on voulait éviter la vague de décès que l'on sait attendue dans les populations vulnérables. À tout le moins, on pourrait déjà tenter de prévenir le déferlement de la vague BA.5 dans les Ehpad en préconisant le port du masque FFP2 aux personnels et aux visiteurs. Là aussi, plus d'attentisme que de volontarisme au sein du gouvernement.

Rien de sympathique non plus pour les personnes que l'on classe comme moins vulnérables, tant le virus est capable de les mettre sur le carreau pendant plusieurs jours. Les conséquences individuelles sont importantes, tant d'un point de vue sanitaire qu'économique.

Alors oui, nous savons que le frein estival jouera son rôle bien sûr, avec davantage d'interactions sociales en extérieur, une plus grande propension à ouvrir les fenêtres, la fermeture des écoles et des universités et de nombreuses entreprises et commerces, ainsi que la plus faible concentration des salariés sur les lieux de travail.

Mais cela ne suffira pas. On le sait, car on a constaté d'importantes vagues dues à Omicron en Nouvelle-Zélande, en Australie ou en Afrique du Sud durant tout l'été austral, entre décembre et mars derniers. En outre, si l'on vit de nouveaux jours de canicule, sous 35°C, on aura plutôt tendance a garder les fenêtres closes et à rester dans un intérieur mal ventilé.

Une solution: l'auto-test

Aujourd'hui, la situation impose de multiplier les quelques couches qui nous restent de notre emmental anti-Covid. Tester, d'abord. La pédagogie sur le sujet semble s'être stoppée, provoquant un très vraisemblable sous-dépistage des cas nuisant tant à la protection qu'à la qualité de la veille sanitaire. Dans le même temps, les centres de dépistage sont nombreux à avoir fermé leurs portes, rendant souvent l'accès aux tests PCR difficile.

Alors, auto-testez-vous. Tant pis pour la veille sanitaire, nous reviendrons sur ce point, mais au moins vous n'irez pas embrasser papy et mamie si vous vous savez positifs. Nous en avons fait l'expérience personnelle: l'une des membres de notre famille a été atteinte du Covid et son conjoint, en s'isolant correctement, avec un masque FFP2, et en aérant massivement son lieu de vie, ne l'a pas contracté. Certes il n'y avait pas d'enfants en bas âge à la maison –ça aide à lutter contre la propagation, nous en convenons–, mais tout cela pour dire que la contagion n'est pas une fatalité...

En France, on se satisfait encore, en 2022, de chiffres imprécis: quand le gouvernement annonce 100.000 cas, peut-être y en a-t-il eu un million.

Le tracing est devenu impossible avec un Omicron hyper transmissible, en tous cas dans nos pays démocratiques. En effet, comment tracer des contagions qui auraient eu lieu dans des transports, au travail, dans des restaurants ou dans des salles de concert? Comment avoir une idée précise et rigoureuse des indicateurs sanitaires aujourd'hui?

On nous annonce la possible création d'un «comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires». Espérons qu'il saura mettre en place une veille sanitaire fiable, comme savent le faire les Britanniques, qui recourent à des stratégies d'échantillonnage représentatifs de leur population ou à des analyses rigoureuses et périodiques des eaux usées pour suivre l'évolution de l'épidémie.

En France, on se satisfait encore, en 2022, de chiffres de nouvelles contaminations qui sont imprécis d'un facteur peut-être supérieur à 10: quand le gouvernement annonce 100.000 cas le soir, peut-être y en a-t-il eu en réalité un million. Difficile de piloter le navire avec un tel GPS!

Pour ce qui est de l'isolement, la doctrine française, qui continue de recommander un isolement de cinq à sept jours selon le statut vaccinal de la personne positive, reste pertinente –même si la variabilité de la durée n'a pas franchement de justification scientifique.

Le besoin d'un effort pédagogique sur le port du masque

Notre emmental se réduit essentiellement au vaccin (dont on rappelle qu'il n'a pas grande efficacité sur la transmission) et donc à une seule couche non pharmacologique: le port du masque. Si l'éphémère ministre de la Santé Brigitte Bourguignon a «demandé aux Français de remettre leur masque dans les transports», l'obligation ne semble pas à l'ordre du jour.

C'est un job de ministre de décider de «recommander» ou d'«obliger». Pas le nôtre. Les scientifiques et les journalistes démontrent et expliquent quant à eux l'intérêt du port du masque dans la lutte contre cette pandémie. Au bout du compte, on évaluera si la décision politique de «recommander» aura été suffisamment efficace… ou non.

Le port du masque FFP2 en collectivité fait baisser le taux de reproduction R de 19%, ce qui est substantiel mais ne permet évidemment pas de bloquer une vague d'Omicron dont le R0 est peut-être proche de 10. Même si le masque ne saurait être un totem d'immunité face à un virus aussi contagieux, il permet de réduire la dose virale infectante –ce qui a son intérêt pour réduire la gravité de la maladie et réduire le risque de Covid long.

Le masque nous protège individuellement et protège les autres. Ce serait bien que les institutions fassent un réel effort pédagogique à l'égard du grand public à ce sujet. Communiquer uniquement autour de la protection des plus fragiles sera-t-il suffisamment efficace? Qu'est ce que la «fragilité»? Comment distinguer les «plus fragiles»? Mission impossible, comme le montre par l'absurde la sociologue Barbara Serrano dans un thread plein d'humour noir.

Ne dispersons pas nos maigres efforts en matière de communication: voir le gouvernement continuer à promouvoir le lavage des mains ne relève-t-il pas de la preuve d'un manque de classement des priorités dans les messages à diffuser pour prévenir le Covid? Au mieux, ce sera peut-être efficace pour limiter la propagation des salmonelles dans les campings cet été…

Pas d'avancée sur la qualité de l'air

La seule couche qui n'est quasiment pas abordée par la communication officielle –ou sinon de manière accessoire–, alors qu'elle est fondamentale dans la gestion de cette pandémie, c'est l'amélioration de la qualité de l'air intérieur. L'aération, la ventilation, la filtration et la purification de l'air des lieux clos qui reçoivent du public ne sont pas des sujets qui intéressent et mobilisent un tant soit peu nos autorités. Il est pourtant plus que jamais nécessaire que les lieux collectifs soient sécurisés concernant la qualité de l'air qu'on y respire.

Nous en sommes aujourd'hui au même stade vis-à-vis de la qualité microbiologique de l'air intérieur qu'au début du ​XXe siècle​ vis-à-vis de l'assainissement de l'eau de boisson.

On espère au moins que les vacances d'été permettront aux établissements scolaires de se mettre aux normes. Vous avez dit «normes»? Mais il n'en existe seulement aucune concernant la qualité microbiologique de l'air intérieur dans les locaux recevant du public en France! Alors, nous martelons l'importance de l'ouverture des fenêtres possiblement en continu, conscients que c'est du bricolage qui nous rappelle les pastilles de permanganate que nos aïeux mettaient dans l'eau de boisson partout où les pouvoirs publics n'avaient pas encore assuré la potabilité de l'eau du robinet.

Nous en sommes là. Nous en sommes aujourd'hui au même stade vis-à-vis de la qualité microbiologique de l'air intérieur qu'au début du ​XXe siècle​ vis-à-vis de l'assainissement de l'eau de boisson. Et tout le monde ou presque s'en moque totalement et subit tous les trois ou quatre mois, depuis le printemps 2020, de nouvelles vagues de Covid-19.

Enfin, et c'est une des pistes avancées par le gouvernement, nous questionnons la pertinence de la mise en place d'un pass sanitaire aux frontières cet été, sachant l'inefficacité des vaccins à réduire la transmission des sous-variants d'Omicron, les seuls qui circulent désormais dans le monde.

BA.5 est là et, collectivement, nous avons besoin d'une communication transparente et fondée sur les dernières données scientifiques, d'une veille sanitaire fiable permettant d'objectiver des indicateurs pour éclairer la prise de décision et de mesures concrètes et immédiates pour protéger les personnes âgées et les personnes immunodéprimées à très haut risque pour leur vie cet été.

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