Santé / Monde

L'abrogation de la loi Roe v. Wade pourrait davantage pénaliser les femmes noires

Temps de lecture : 3 min

Selon des experts, elles seraient davantage susceptibles de faire l'objet d'enquêtes de la part des autorités.

Avant que l'arrêt Roe v. Wade soit abrogé, les femmes noires étaient déjà plus susceptibles d'être accusées d'homicide involontaire après avoir vécu une mortinaissance, une fausse couche ou un avortement. | Mustafa Omar via Unsplash
Avant que l'arrêt Roe v. Wade soit abrogé, les femmes noires étaient déjà plus susceptibles d'être accusées d'homicide involontaire après avoir vécu une mortinaissance, une fausse couche ou un avortement. | Mustafa Omar via Unsplash

Alors que de plus en plus d'États américains interdisent l'avortement depuis l'abrogation de l'arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême, les femmes noires pourraient être les premières victimes de ce terrible retour en arrière. En effet, avant même que la décision soit prise par la Cour suprême, ces dernières étaient déjà plus susceptibles d'être accusées d'homicide involontaire après avoir vécu une mortinaissance, une fausse couche ou un avortement, rappellent des experts à Insider.

Une étude révèle qu'entre 1973 à 2005, 59% des femmes condamnées pour ces motifs étaient des femmes de couleur, noires pour la plupart. L'étude ajoute que 71% n'avaient pas les moyens de se payer un avocat, ce qui réduisait considérablement leurs chances de sortir du tribunal. Selon les National Advocates for Pregnant Women (NAPW), co-auteurs de l'étude, le nombre de cas où des femmes ont été criminalisées pour leurs grossesses a triplé entre 2006 et 2020, pour atteindre 1.300 cas.

«Avec le démantèlement de Roe v. Wade, les communautés noires, latines et autochtones subiront pleinement les conséquences [de l'abrogation de la loi Roe v. Wade], tout comme les autres communautés marginalisées comme les LGBTQ+ et les femmes en situation de pauvreté», a déclaré à Insider Christian Nunes, président de l'Organisation nationale pour les femmes.

Davantage de risques de faire une fausse couche

Si le taux de mortinatalité aux États-Unis a diminué au cours des vingt dernières années, les femmes noires sont toujours deux fois plus susceptibles d'être victime d'une mortinaissance que les femmes blanches, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette disparité, notamment un accès réduit à des soins de santé de qualité, à de la nourriture et à des ressources comme le congé de maternité. Les médecins sont également moins susceptibles de croire les femmes noires lorsqu'elles souffrent.

À cela s'ajoutent, selon des études médicales, des taux plus élevés de complications de santé liées à la grossesse et au travail, comme les saignements utérins et les grossesses extra-utérines. Elles sont également plus susceptibles d'avoir des problèmes de santé préexistants, comme de l'hypertension artérielle et du diabète, ce qui peut entraîner des complications médicales pendant la grossesse.

«Beaucoup de femmes noires et de femmes de couleur sont négligées médicalement. En conséquence, elles ont des problèmes de santé qui ne sont pas diagnostiqués correctement», a ajouté Christian Nunes. Toujours selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, le taux de mortalité maternelle des femmes noires était trois fois plus élevé que celui des femmes blanches en 2020.

Ciblées par la justice

Parce que les femmes de couleur ont des risques plus élevés de mortinatalité et de fausse couche, elles pourraient être faussement accusées d'avoir avorté, alerte Purvaja Kavattur, associée de recherche et de programme chez National Advocates For Pregnant Women (NAPW). Selon elle, «les femmes étaient déjà criminalisées sous l'arrêt Roe V. Wade. Sans celui-ci, les forces de l'ordre et les procureurs continueront d'utiliser les codes du meurtre et de la maltraitance infantile, ainsi que leurs interprétations judiciaires, de manière à leur “permettre” de criminaliser les femmes enceintes».

Cela est exacerbé par le fait que le système de justice pénale surveille de beaucoup plus près les communautés de couleur. Le taux d'emprisonnement des femmes noires est presque deux fois plus élevé que celui des femmes blanches, et celui des femmes hispaniques 1,3 fois, selon le centre de recherches The Sentencing Project. Or, comme le rappelle Purvaja Kavattur, 59% des patientes ayant subi un avortement ont déjà un enfant à charge, ce qui signifie que certaines femmes arrêtées pour avoir avorté ou avoir déclenché une fausse couche sont retirées à des familles qui ont besoin de soins.

Plusieurs affaires mettent en lumière le racisme systémique dont sont victimes les femmes de couleur, et particulièrement les femmes noires. En décembre 2018, l'affaire Marshae Jones en Alabama, qui avait reçu une balle dans l'estomac, avait suscité une profonde indignation. Le jury avait accusé la victime, alors enceinte, d'avoir voulu causé la mort de son bébé «intentionnellement». Les procureurs avaient finalement abandonné l'affaire quelques semaines plus tard, alors que la victime risquait jusqu'à vingt ans de prison.

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