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À travers le monde, des familles de victimes disparues en Corée du Nord tentent de la poursuivre en justice

Temps de lecture : 2 min

Si les chances de compensations sont infimes, les poursuites judiciaires sont une manière de surmonter un traumatisme engendré par l'enlèvement, la maltraitance ou la perte d'un proche.

Fred Warmbier, le père d'Otto Warmbier, un étudiant décédé après avoir été emprisonné en Corée du Nord. | Sarah Silbiger / Getty Images North America / AFP
Fred Warmbier, le père d'Otto Warmbier, un étudiant décédé après avoir été emprisonné en Corée du Nord. | Sarah Silbiger / Getty Images North America / AFP

Est-il possible d'attaquer en justice un pays aussi isolé que la Corée du Nord? C'est en tout cas ce qu'ont tenté de faire plusieurs familles à travers le monde, des États-Unis au Japon en passant par la Corée du Sud, après qu'un de leurs proches a disparu des suites de supposées maltraitances de la part du gouvernement nord-coréen.

En revanche, ces actions judiciaires sont principalement symboliques puisque, comme le rapporte le New York Times, certaines familles peinent à obtenir réparation.

«Les familles espèrent généralement que ces démarches serviront à ce que les faits restent présents dans l'opinion publique et à amorcer des poursuites pénales devant les tribunaux internationaux», indique Gregory S. Gordon, professeur de droit à l'Université chinoise de Hong Kong. D'un point de vue personnel, ces actions contribuent à surmonter le traumatisme lié à la perte d'un être cher.

Mais sur la question de la compensation financière, les choses se compliquent. La Corée du Nord donnant rarement suite aux requêtes des familles, celles-ci se tournent parfois vers les institutions de leur propre pays, qui peuvent se montrer davantage réceptives. Les tribunaux américains ont par exemple fait office de «bon élève» en accordant récemment à quelques plaignants de l'argent provenant «d'actifs nord-coréens saisis», explique le journal.

C'était d'ailleurs le cas dans l'affaire Otto Warmbier, un étudiant décédé en 2017 des suites de lésions cérébrales apparues lorsqu'il était emprisonné pour avoir tenté de voler une affiche de propagande lors d'un voyage à Pyongyang. Les parents du jeune homme avaient alors obtenu un peu plus d'un demi-million de dollars de la part du gouvernement américain, qui avait quelque temps plus tôt saisi puis vendu un navire de marchandises nord-coréen.

Parcours d'obstacles

Ces compensations financières sont chose rare dans bon nombre de pays. L'exemple d'Eiko Kawasaki, une femme de 79 ans ayant quitté la Corée du Nord pour le Japon en 2003 après la mort de son mari, en est un parmi tant d'autres.

En 2018, soit seulement quelques mois après que les parents d'Otto Warmbier ont été dédommagés par les États-Unis, Kawasaki a décidé d'attaquer Kim Jong-un par le biais d'un tribunal japonais, pour les discriminations qu'elle déclarait avoir subies lorsqu'elle travaillait en Corée du Nord. Le tribunal nippon a rejeté sa demande.

De son côté, Choi Byung-hee, ancienne institutrice vivant en Corée du Sud, a eu gain de cause et devait donc obtenir une compensation de 50 millions de wons (environ 36.000 euros) relative à l'enlèvement de son père par les autorités nord-coréennes lorsqu'elle était enfant. «La longue absence de mon père a infligé de profondes blessures psychologiques à ma famille, fait-elle valoir. Si nous avions su qu'il était mort, nous aurions au moins pu faire notre deuil.»

Mais la Foundation of Inter-Korea Cooperation, organisme sud-coréen à but non lucratif à qui elle a demandé l'indemnisation, a refusé de payer. Choi Byung-hee attend une nouvelle audience, prévue pour le mois d'août.

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