Culture

Le mystère des cadavres disparus de la bataille de Waterloo peut-être élucidé

Temps de lecture : 2 min

C'est l'une des batailles les plus meurtrières du XIXe siècle, mais seul un squelette de soldat a été retrouvé sur les lieux.

Des acteurs tirent des boulets de canon pendant la reconstitution de la bataille de Waterloo, près de Waterloo (Belgique), le 19 juin 2022. | Juliette Bruynseels / Belga / AFP
Des acteurs tirent des boulets de canon pendant la reconstitution de la bataille de Waterloo, près de Waterloo (Belgique), le 19 juin 2022. | Juliette Bruynseels / Belga / AFP

Huit heures de combat, environ 40.000 morts, dont près de 25.000 Français: la bataille de Waterloo (18 juin 1815), qui signera la fin de l'épopée napoléonienne, restera dans l'histoire comme l'une des plus meurtrières du XIXe siècle. Assez pour transformer la petite commune belge en un véritable cimetière historique, où les cadavres des soldats français côtoient en nombre ceux des Britanniques, Allemands, Néerlandais et Prussiens? Bien au contraire.

Étrangement, les terres qui ont vu passer ces terribles affrontements n'ont gardé aucun stigmate –ou presque– de ce bilan de pertes humaines colossal. À ce jour, un seul squelette complet a en effet été retrouvé par les archéologues. Mais où diable sont passés les cadavres de Waterloo? Le professeur Tony Pollard, directeur du Centre for Battlefield Archaeology de l'Université de Glasgow, en Écosse, a peut-être élucidé ce mystère.

Dans une étude publiée dans le Journal of Conflit Archaeology, il avance que les corps des soldats n'ont pas été retrouvés pour une bonne raison: leurs dépouilles auraient été utilisées pour fabriquer de l'engrais.

Engrais napoléonien

Grâce à des récits de l'époque, des dessins et d'autres témoignages de personnes présentes sur les lieux de l'affrontement peu de temps après le drame, Tony Pollard a mis en évidence la présence de fosses communes autour du champ de bataille, où les soldats morts étaient bel et bien entassés par milliers. Une seule raison peut alors expliquer leur disparition aujourd'hui: ils ont été déterrés.

Dans ses recherches, il est tombé sur des coupures de journaux de l'époque qui l'ont mené sur cette drôle de piste, rapporte Discover Magazine. Au XIXe siècle, il semblait courant de piller des ossements humains pour les vendre sous forme de farine d'os, un engrais particulièrement apprécié jadis. Un charnier aussi important que celui de Waterloo s'apparentait ainsi à une véritable mine d'or.

Une coupure de presse du London Observer datant de 1822 (sept ans après la bataille) montre l'ampleur des transactions d'ossements. Cette même année, le journal indiquait que «plus d'un million de boisseaux d'“os humains et inhumains” ont été importés du continent européen dans le port de Hull», à l'est du Royaume-Uni.

Avec leur lot de cadavres, nul doute que les champs de bataille se voyaient aussitôt fouillés et labourés par des chercheurs d'ossements, sûrement aidés par les populations locales, qui connaissaient l'emplacement exact des fosses communes. Waterloo n'a donc pas dû échapper à ces funèbres transactions .

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