Politique

De Lalanne à Philippot, le flop politique des covido-sceptiques

Temps de lecture : 4 min

S'ils étaient nombreux dans la rue à l'été 2021 et très actifs sur les réseaux sociaux, ils n'ont pas réussi à transférer leur mouvement sur la scène politique. Dernier exemple: les législatives de juin 2022.

Florian Philippot, arrivé sixième au premier tour des élections législatives 2022 dans la sixième circonscription de la Moselle (4,62%). | Stéphane de Sakutin / AFP
Florian Philippot, arrivé sixième au premier tour des élections législatives 2022 dans la sixième circonscription de la Moselle (4,62%). | Stéphane de Sakutin / AFP

Francis Lalanne? 2,12%. Martine Wonner? 5,38%. Olivier Rohaut alias «Oliv Oliv»? 3,37%. Florian Philippot? 4,62%. Qu'ils soient chanteur, députés sortante, ex-«gilet jaune» ou ancien cadre d'un parti politique de premier plan, les influenceurs de la sphère anti-restrictions ont tous pris une claque électorale dès le premier tour des législatives.

Cette déconvenue succède à d'autres échecs de politisation du mouvement. «Un nôtre monde», une liste soutenue par le controversé docteur Louis Fouché, n'a pas réussi à dépasser 0,6% lors des régionales 2021. Rebelote quelques mois plus tard. À la présidentielle, Florian Philippot jette très tôt l'éponge dans la course à l'Élysée. En cause: ses difficultés à obtenir le soutien de 500 maires.

Alors que ses meetings rassemblaient des dizaines de milliers de personnes à l'été 2021, Florian Philippot n'obtient qu'une seule signature de maire. Une situation qui le pousse à se rapprocher de Nicolas Dupont-Aignan, aux discours sanitaires pas si lointains. Cette alliance n'a, elle non plus, pas le succès escompté. Au premier tour, la candidature de Nicolas Dupont-Aignan ne rassemble que 2,06% des suffrages exprimés, loin des 4,70% qu'il avait recueillis en 2017.

Une méfiance des institutions peu favorable à la participation

Le principal obstacle à l'émergence sur la scène politique d'un mouvement issu de la sphère anti-restrictions, ou, même, plus largement, de la sphère complotiste, pourrait être le flou autour de son positionnement. Si Martine Wonner, Francis Lalanne ou «Oliv Oliv» sont tous opposés au pass sanitaire, difficile pour autant de les englober dans un tout homogène réclamant la même chose, hormis leur opposition à la politique sanitaire liée au Covid-19.

«Ils proposent très rarement des alternatives», met en avant Julien Giry, chercheur en sciences politiques à l'Université de Tours. «En politique, il faut avoir des propositions; or ce mouvement se construit largement en opposition et moins dans la construction. La fin du pass sanitaire, c'est une proposition politique, mais c'est loin de constituer un programme.»

«Quand vous êtes un petit candidat, il est intéressant de capitaliser sur cette contestation. Un candidat d'un grand parti n'a pas intérêt à le faire.»
Julien Giry, politologue

Sans programme abouti, le mouvement est également parti en ordre dispersé dans la bataille des législatives sous des étiquettes très diverses: Ensemble pour les libertés, France Libre… Autant de structures qui ne permettent ni un rassemblement, ni une dynamique électorale, et qui révèlent la diversité de cette tendance au sein de laquelle peuvent cohabiter libertaires et militants d'extrême droite.

Qu'ils soient simplement opposés aux vaccins, sceptiques face à la dangerosité du Covid ou convaincus que tout est sous le contrôle de l'État profond, les mouvements de contestation apparus lors de la crise sanitaire possèdent un deuxième désavantage en vue d'une éventuelle récupération sur la scène politique: celui d'être particulièrement méfiants envers les institutions.

«Pour eux, les élections peuvent apparaître comme un repoussoir, analyse le politologue. Un certain nombre d'entre eux ne veulent tout simplement pas aller voter. Quand vous êtes un petit candidat, vous pouvez vous dire qu'il est intéressant de capitaliser sur cette contestation. À l'inverse, un candidat d'un grand parti n'a pas intérêt à le faire: il a plus intérêt à être consensuel. Marine Le Pen s'est, par exemple, très vite éloignée des discours antivax radicaux.»

«On a parfois l'impression que l'ampleur du phénomène est plus grande qu'elle ne l'est.»
Julien Giry, politologue

Sur les boucles Telegram covido-sceptiques, il n'est pas rare de voir des membres des groupes de discussion affirmer l'inutilité du vote, voire évoquer des triches visant à maintenir au pouvoir une élite voulant vacciner à tout va. Une autre catégorie plus radicale et donc, plus minoritaire, estime même que les personnalités se présentant sont en réalité des «agents du système», qui émergeraient pour discréditer leur combat et n'auraient d'autre but que d'affaiblir celui-ci. Face à cette méfiance, difficile d'investir la scène politique, d'autant plus que cette partie radicale du mouvement peut être défiante envers la démocratie représentative.

Suractivité numérique en trompe-l'œil

Cet échec à convaincre les électeurs dans les urnes est une piqûre de rappel quant à l'ampleur supposée de cette dynamique de défiance. D'une part, le peu de voix récoltées par le mouvement tend à prouver que le bruit numérique est décorrélé de la réalité électorale.

Sur Facebook, Florian Philippot ou Nicolas Dupont-Aignan ont une communauté mobilisée qui permet à leurs vidéos et à leurs tweets d'atteindre une forte audience. Mais cet auditoire, aussi actif soit-il, ne représente qu'une petite partie de la population. «En miroir, cela montre qu'on en fait beaucoup, alors qu'il s'agit d'un problème surévalué», constate Julien Giry.

Pour le politologue, cela permet de dédramatiser certains discours: «C'est important de souligner cette faiblesse électorale, parce qu'on a parfois l'impression que l'ampleur du phénomène est plus grande qu'elle ne l'est. Or, il y a une panique morale autour de cette contestation.»

D'autre part, ces résultats viennent montrer les différences entre les scènes politiques française et américaine. L'élection de Donald Trump a permis aux discours antivax les plus radicaux d'être normalisés, et l'assaut du Capitole a prouvé que les États-Unis étaient perméables aux discours complotistes.

«Les complots font partie intégrante de la culture politique américaine, pointe Julien Giry. Il existait, très tôt dans l'histoire politique des États-Unis, un parti antimaçonnique. Puis, après la prise de pouvoir de Lénine en URSS, il y a eu une panique générale autour du fait que les communistes avaient infiltré la société américaine. Le complot est une idée acceptée outre-Atlantique. Là-bas, il n'y pas de honte à être complotiste.»

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