Monde

Il ne faut pas humilier Poutine, il faut le raisonner. De force si nécessaire.

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Ce qui se joue en Ukraine est une guerre de civilisation que l'Occident et l'Europe ne peuvent se permettre de perdre.

La guerre de Poutine n'a aucune justification. | Markus Spiske via Unsplash
La guerre de Poutine n'a aucune justification. | Markus Spiske via Unsplash

J'ignore s'il serait bon ou pas d'humilier la Russie. Ce que je tiens pour certain par contre, c'est que la guerre menée en Ukraine par son armée n'a aucune espèce de justification. Aucune. C'est une guerre rétrograde, imbécile au possible où, animé d'un désir de grandeur, d'un besoin quasi obsessionnel de restaurer un empire autrefois glorieux, on en vient à envahir une nation souveraine et indépendante.

Les guerres de ce genre sont les pires qui soient. Elles ne visent à rien d'autre si ce n'est à courir derrière le train de l'histoire dans une vaine tentative de refaire ce que l'écoulement du temps et l'éveil des peuples ont construit, elles sont des chimères auxquelles on s'accroche pour ressusciter des ferveurs nationalistes, agissements dont on sait trop sur quelles folies meurtrières ils finissent toujours par déboucher.

Ce qui se joue en Ukraine est une guerre de civilisation que l'Occident et l'Europe ne peuvent se permettre de perdre. Une victoire des armées russes appellerait non seulement d'autres annexions, d'autres massacres, mais elle réveillerait à travers le monde les vieilles démangeaisons nationalistes où pour de sordides histoires de territoire, de revanches à prendre, on se lance à corps perdu dans des batailles sanguinaires.

Il ne faut pas humilier Poutine, il faut le ridiculiser, lui montrer toute la vanité et l'absurdité de son projet. L'Europe a bien trop souffert de toutes ces guerres d'annexion, de toutes ces entreprises nationalistes, pour se permettre d'en laisser une se perpétrer à nouveau sur son sol. Le «plus jamais ça» édicté au lendemain de la découverte des camps d'extermination doit rester un adage auquel, sous aucun prétexte, on ne saurait déroger. C'est un absolu qui ne peut être remis en question, le socle même sur lequel l'Europe s'est construite au lendemain de la Seconde Guerre, le refus de la violence sous toutes ses formes.

La guerre que mène Poutine est à bien des égards une guerre d'extermination de la nation ukrainienne. Il ne cherche pas à annexer l'Ukraine pour en retirer un quelconque profit, du moins n'est-ce pas là son intention première. Non, ce que cherche Poutine, c'est à punir l'Ukraine d'être rentrée dans la modernité de son siècle, de s'être émancipée de sa relation équivoque avec la Russie. C'est au nom de cette insolence que l'Ukraine doit être mise à genoux. C'est pour payer cet affront que le sang est versé. Et tant que l'Ukraine ne ressemblera pas à une terre vaine où rien ne pousse jamais, Poutine continuera cette guerre insensée.

Aujourd'hui des gens meurent d'être ukrainiens. Demain, si l'on n'arrête pas cette folie criminelle à temps, ce sera au tour des Moldaves, des Estoniens, des Lituaniens, des Lettons, des Polonais –tous coupables d'avoir tourné le dos à la Russie– de subir un sort pareil. Il n'y aura ni répit, ni trêve, juste un désir effréné d'exercer un châtiment à la mesure de l'offense prétendument commise. Tuer au nom de Dieu ou au nom d'un passé autrefois prestigieux est du pareil au même, c'est toujours la victoire de l'irrationnel sur la raison, de l'obscurité sur la lumière.

Il faut arrêter Poutine maintenant. Aider sans compter l'Ukraine, lui fournir autant de chars, de missiles, d'avions que nécessaire. Lui permettre de se défendre et de repousser l'armée russe à l'intérieur de ses frontières. Il faut le faire sans ambiguïté, avec une détermination infaillible. Non point pour humilier Poutine mais pour l'amener à comprendre que ces guerres d'annexions vides de tout sens appartiennent aux vestibules de l'histoire. Que ces pulsions morbides ne doivent jamais s'extraire des lacs ensommeillés où elles gisent, au fin fond des consciences.

La civilisation ne peut pas se payer le luxe de revenir un siècle ou deux en arrière. Trop de sang a été versé dans le passé pour que nous laissions cours à de nouveaux délires marqués du sceau du nationalisme à même de nous mener tout droit à une troisième guerre mondiale. La force de l'interdit doit demeurer présente dans toutes les chancelleries du monde entier comme une frontière à ne jamais franchir au risque de tout perdre: son honneur, son rang, la vigueur de son économie, la confiance de sa population.

À défaut de l'humilier, il faut raisonner Poutine.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

Newsletters

La dépendance de l'Allemagne vis-à-vis de la Chine ne cesse de croître

La dépendance de l'Allemagne vis-à-vis de la Chine ne cesse de croître

Est-ce un phénomène transitoire, lié à la situation économique et géopolitique de l'Europe, ou un changement structurel?

Le naturisme en Allemagne doit beaucoup aux nazis

Le naturisme en Allemagne doit beaucoup aux nazis

D'abord considérée d'un mauvais œil car assimilée aux associations marxistes, la nudité devient pour Hitler un moyen de promouvoir la virilité et la supériorité physique de la race aryenne.

Venise rame pour imposer son idée d'entrée payante

Venise rame pour imposer son idée d'entrée payante

La mairie de la cité des Doges peine à mettre en place son projet de taxe d'entrée pour les touristes. Encore repoussée de six mois, elle ne permettrait de toute manière pas de réellement lutter contre les conséquences du tourisme dans la ville.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio