La revanche des dragons
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La revanche des dragons

Temps de lecture : 4 min
Slate.fr

Si vous aviez dit à un joueur de Dungeons & Dragons de 1980 que son loisir préféré deviendrait un jour le comble du cool dans la pop culture, il vous aurait probablement regardé avec de grands yeux. Et pourtant, ces dernières années, le premier jeu de rôle de l’histoire s’est imposé comme un des piliers de la pop culture.

«Something is coming…» Dans une scène qui aura mis la larme à l’œil de tous les rôlistes vieux de douze ans dans les années 80, la série s’ouvre en tout cas sur un pur moment de culture geek: une petite bande de mômes confrontée à l’un des plus puissants démons qu’on puisse croiser dans une campagne de Donjons & Dragons, le Démogorgon, incarnation même du chaos, de la folie et de la destruction. Question nostalgie, l’épisode devient instantanément culte parce que tout y est, de l’irruption parentale au beau milieu d’une scène à la table dressée dans la cave en passant par les fameux dés bizarres qui vous faisait à coup sûr passer pour un original dans la cour du collège.

En quelques plans et pour des centaines de milliers de joueurs à travers le monde, Stranger Things devient instantanément culte par la grâce d’une Madeleine de Proust, version démon du Chaos. Pour eux, D&D aura toujours ce drôle de parfum d’enfance et d’âge d’or, d’avant Internet et d’avant les consoles.

D’un coup d’un seul, la série imaginée par Matt et Ross Duffer en 2016 donnait ses lettres de noblesse à un vieux plaisir coupable, qui plus est sur Netflix, la plus grande plateforme de streaming du monde. Leur vieux loisir clandestin, celui qu’on pratiquait plus ou moins en douce pour ne pas inquiéter des parents parfois affolés par la considérable quantité d’âneries qu’on a pu entendre sur le jeu de rôle dans les années 80. Né en 1974 de l’imagination fertile de Gary Gygax et Dave Arneson, D&D devenait soudain mainstream.

Pilier pop

Si Stranger Things a incontestablement mis un coup de projecteur façon DCA sur D&D, le plus vieux et le plus fameux des jeux de rôle n’avait pourtant pas attendu la série des frères Duffer pour se glisser petit à petit dans la pop culture. Pourquoi? D’abord parce que les rôlistes des temps héroïques ont grandi, et que certains sont à leur tour devenu des auteurs respectés dans tous les domaines, de la littérature au cinéma en passant par le monde des séries ou celui des grands show télés américains.

Stephen Colbert, du «Late Show» ? Fan de D&D. Georges R. R. Martin, l’auteur de Game of Thrones où il n’aura échappé à personne qu’on croise ici ou là quelques dragons? Idem. Matt Grœning, le créateur des Simpsons? Pareil, au point qu’Homer y fait allusion dans un épisode (saleté d’elfes, Homer, on est d’accord).

Chanteur, acteurs, réalisateurs… La liste est longue de Mike Myers (Austin Powers) à Vin Diesel (Fast & Furious), en passant par Weezer , Joseph Gordon-Levitt (Inception, The Dark Night Rises) ou Deborah Ann Woll, la Karen Page de Daredevil, grande fan de D&D devant l’éternel.

Référence incontournable

Mais au-delà de l’émergence de deux générations d’artistes marqués par leurs souvenirs de rôlistes, D&D a réussi un exploit encore plus impressionnant: devenir une référence incontournable, un passage obligé dans un nombre infini de films et de séries. Timidement d’abord, comme lorsque Spielberg y va de son hommage dans E.T où Michael, le grand frère d’Elliot, joue à D&D, puis de plus en plus ouvertement au point qu’une page Wikipedia entière y est consacrée (très incomplète, d’ailleurs. Vous savez ce qui vous reste à faire.) On exagère? Vous l’aurez voulu.

Outre les Simpsons, déjà évoqués, Dungeons & Dragons est littéralement chez lui sur le petit écran, au point que «l’épisode D&D» est devenu un point d’étape incontournable pour toute série qui se respecte. Parfois de manière allusive d’ailleurs, mais transparente: c’est le cas dans Riverdale dont la saison 3 se concentre sur les conséquences dramatiques d’un jeu baptisé Griffons & Gargouilles –G&G pour D&D, on fait difficilement plus clair.

Mais la série n’en a pas fini avec les clichés longtemps attachés au jeu de rôle: mystères, drames, disparitions et emprise démoniaque… Dans Riverdale, G&G ne renvoie pas tant D&D qu’à l’image sulfureuse que s’en faisaient les parents inquiets dans les années 80.

Heureusement, Riverdale est à peu près le seul récit récent à donner dans le cliché. Buffy, How I Met Your Mother, Community, South Park, American Dad, Futurama, My Little Pony (si si) et bien d’autres. Chacune de ces séries a SON épisode D&D, parfois plus: dans la très géniale et très geek Big Bang Theory, D&D vire même au running gag, avec une foule de parties commencées et jamais finies, soit dit en passant. Le 16e épisode de la dernière saison porte même le nom du jeu: dans «The D&D Vortex», toute la petite bande cherche à taper l’incruste dans une partie menée par Will Wheaton (Star Trek: La Nouvelle Génération) et sa petite bande de joueurs célèbres, William Shatner (idem), Kevin Smith (Clerks), Joe Manganiello (True Blood), et Kareem Abdul-Jabbar, légende du basket des Lakers de Los Angeles.

Le jet de sauvegarde du siècle

Au milieu des années 90, D&D aurait pu ne rester qu’un jeu confidentiel, pratiqué par ses seuls fidèles. La pop culture en a fait autre chose au terme d’un renversement de tendance qui sent son D20 naturel à 300 mètres. Première victime de la panique morale qui cibla le monde des rôlistes dans les années 80, D&D a survécu à tous les obstacles, de l’essor du jeu vidéo et du web au rabaissement de ses pratiquants, longtemps résumés à une bande de geeks réunis dans un garage.

Pas complètement faux, le cliché, mais le fait est là: adoptés par toute la pop culture, les nerds ont pris une sacrée revanche. Geek is the new cool.

Pour acheter le jeu : Amazon Essentials Kit
Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site officiel de D&D, en français

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