Culture

L'or scythe d'Ukraine, cible des pilleurs russes

Temps de lecture : 2 min

Depuis le début de la guerre, les collections artistiques ukrainiennes ont fait l'objet de nombreuses dégradations et pillages. L'art scythe semble être particulièrement visé par les troupes russes.

Peigne en or scythe avec l'image d'une scène de bataille, provenant du kourgane de Solokha, 430-390 avant J.-C. | Levan Ramishvili via Wikimedia Commons
Peigne en or scythe avec l'image d'une scène de bataille, provenant du kourgane de Solokha, 430-390 avant J.-C. | Levan Ramishvili via Wikimedia Commons

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les forces armées russes ont causé la destruction ou de grave dommages à plus de 250 institutions et musées ukrainiens. Des œuvres ont été détruites, comme une série de peintures de l'artiste Maria Primatchenko, figure marquante de l'art naïf ukrainien; des monuments ont été rasés ou endommagés (dont 111 mémoriaux dès début avril); et près de 2.000 œuvres ont été volées. Parmi ces artefacts, l'art scythe semble être particulièrement visé.

Selon une équipe internationale de chercheurs et d'experts en technologie numérique qui tâchent de traquer les vols commis lors de cette guerre, une équipe de pilleurs se serait organisée afin d'acheminer clandestinement des pièces historiques de grande valeur depuis l'Ukraine jusqu'en Russie.

«Il existe maintenant des preuves très solides qui indiquent qu'il s'agit d'une action russe délibérée, avec des peintures et des ornements spécifiques ciblés et emmenés en Russie», a ainsi déclaré à The Observer Brian Daniels, un anthropologue travaillant avec des archéologues, des historiens et des spécialistes de l'imagerie numérique.

L'or scythe

Une tendance ressort particulièrement: le vol de l'or scythe. Datant du IIIe au VIIe siècle avant J.-C., l'art scythe, produit par d'anciennes tribus nomades d'Asie centrale et d'Europe de l'Est, est principalement constitué d'objets décoratifs, dont de nombreux bijoux en or, représentant souvent des scènes avec des animaux et des humains, et dont la valeur est considérable.

À Melitopol, la directrice du Musée d'histoire local, Leila Ibrahimova, avait été kidnappée et interrogée par les forces russes pour divulguer l'endroit où elle avait caché la collection d'or scythe du musée, qui constitue l'une des plus importantes et des plus chères d'Ukraine. Son refus de coopérer, de même que celui du gardien du musée, menacé d'une arme, n'auront toutefois pas suffit à sauver la collection, récupérée par un expert russe, avec l'aide du nouveau directeur du musée nommé par l'armée russe, Evgeny Gorlachev. Au moins 198 objets en or ont ainsi été volés.

Détruire une culture

Pour Brian Daniels, le nombre de rapports concernant des vols d'art scythe en Ukraine rend désormais «évident [le fait] qu'il s'agit d'une stratégie». Quant aux motivations de ces pillages, l'expert considère que la valeur culturelle attachée à ces objets pourrait bien prévaloir sur leur valeur monétaire: «Il est possible que tout cela fasse partie d'une stratégie visant à saper l'identité de l'Ukraine en tant que pays indépendant, en faisant en sorte que toutes leurs expositions soient la propriété des Russes.»

De fait, le conflit de propriété en matière d'objets d'art scythes n'est pas nouveau. En 2014, alors que quatre musées ukrainiens de Crimée venaient de prêter des artefacts au musée Allard Pierson d'Amsterdam, l'invasion et l'annexion de la Crimée par les troupes de Poutine avait posé la question du retour des objets, côté russe ou ukrainien. Une bataille juridique fut engagée, et ce n'est qu'en octobre 2021 qu'un juge a statué en faveur du Fonds national des musées d'Ukraine –l'or reste à ce jour à Amsterdam.

Pour Leila Ibrahimova, c'est l'effacement de l'identité ukrainienne qui est visée à travers cette arrogation de l'or scythe: «Peut-être que la culture est leur ennemie. Ils disent que l'Ukraine n'a pas d'État, pas d'histoire. Ils veulent simplement détruire notre pays. J'espère qu'ils ne réussiront pas», avait-elle déclaré au New York Times, peu après le vol de la collection du musée de Melitopol.

Depuis l'invasion de l'Ukraine, d'autres collections d'art ont été stockées hâtivement dans des coffres de la capitale, à Kiev, dans l'espoir d'être protégées.

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