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Les personnes à mobilité réduite, grandes oubliées de la lutte contre le changement climatique

Temps de lecture : 2 min

De nouvelles recherches dévoilent qu'elles sont «systématiquement ignorées» dans les politiques climatiques de la plupart des pays du globe.

Le fauteuil roulant d'une victime du tsunami ayant touché les Samoa américaines en octobre 2009. | Torsten Blackwood  / AFP
Le fauteuil roulant d'une victime du tsunami ayant touché les Samoa américaines en octobre 2009. | Torsten Blackwood  / AFP

En août 2005, l'ouragan Katrina ravageait une partie du sud-est des États-Unis, faisant près de 1.830 morts. En 2012, c'était au tour de l'ouragan Sandy de s'abattre sur la côte est du pays. Le bilan s'élevait alors à 233 décès. Dans les deux cas, de nombreuses personnes en fauteuil roulant se sont retrouvées bloquées chez elles, sans pouvoir être secourues par les véhicules qui leur étaient inadaptés, raconte le Guardian.

Face à ce manque de considération flagrant, des personnes à mobilité réduite s'étaient rassemblées à New York en 2013 afin d'exhorter le gouvernement à trouver des solutions adaptées, dont des abris publics accessibles, en cas de catastrophes naturelles. Mais malgré les manifestations et les poursuites judiciaires, cette réalité accablante est encore d'actualité.

Pour Sébastien Jodoin, professeur spécialiste de l'environnement et des droits humains à l'Université McGill et coauteur d'une récente étude intitulée «Disability Inclusion in National Climate Commitments and Policies», les besoins des personnes à mobilité réduite sont presque toujours négligés. Surtout, ces dernières sont «systématiquement ignorées» par les gouvernements du monde entier dans leur lutte contre le réchauffement climatique. «J'ai été très déçu par nos découvertes, confie-t-il au Guardian. Les pays n'ont pas réfléchi à la manière dont les personnes handicapées peuvent être incluses dans les plans climatiques.»

Des manquements édifiants

Avant de tirer leurs conclusions, les chercheurs de l'Université McGill ont passé au peigne fin les politiques climatiques de chaque pays, dont certaines connues sous le nom de «contributions déterminées au niveau national» (CDN). Depuis l'accord de Paris de 2015, les pays sont tenus de se soumettre à ces CDN, et ces dernières doivent contenir «des exigences de prise en compte des personnes handicapées», explique le journal britannique.

Mais dans les faits, la réalité est tout autre. Les chercheurs ont découvert que seulement 35 des 192 parties de l'accord de Paris prennent en compte les personnes à mobilité réduite dans leurs CDN. De la même manière, seuls 45 pays font référence aux personnes handicapées «dans les politiques ou programmes nationaux d'adaptation». Ces manquements ont par ailleurs été observés dans les programmes de certaines grandes puissances mondiales comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou encore le Japon.

Si ce manque de considération est grandement perceptible pour les personnes à mobilité réduite, il l'est également pour celles souffrant de troubles psychiatriques. Le Guardian prend l'exemple des personnes atteintes de schizophrénie, qui ont un taux de mortalité 50 fois plus élevé que la population générale lors des vagues de chaleur intenses. En cause: leur traitement les rend plus sensibles aux changements de température.

Les chercheurs tirent donc la sonnette d'alarme: il est grand temps que tous les gouvernements du monde redéfinissent leurs politiques climatiques et prennent en compte les personnes jusqu'ici marginalisées à cause de leur handicap.

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