Santé / Sciences

La pandémie de Covid-19 est-elle responsable d'une augmentation des allergies aux pollens?

Temps de lecture : 4 min

Depuis 2020 et le confinement, nous sommes de plus en plus nombreux à devoir avoir recours aux antihistaminiques au printemps. Et cela ne devrait pas s'arranger...

Mouchoirs et antihistaminiques ne sont pas près d'arrêter de servir: les spécialistes notent un net allongement des saisons pollinitiques. | Alex Jones via Unsplash
Mouchoirs et antihistaminiques ne sont pas près d'arrêter de servir: les spécialistes notent un net allongement des saisons pollinitiques. | Alex Jones via Unsplash

Mi-mai, au sein d'une rédaction parisienne. Une bonne moitié des rédacteurs et secrétaires de rédaction déboule au bureau en éternuant et en abhorrant un regard que ne renierait pas un lapin atteint de myxomatose. Moi-même, depuis mon ordinateur à la maison, je n'ai pas l'air très fraîche et chaque sortie est synonyme d'éternuement.

Pas de fièvre ni de courbatures, tests Covid négatifs et mouchages clairs... Il s'agit sans aucun doute d'allergies. Et vu la saison, vraisemblablement d'une allergie aux pollens. D'ailleurs, les bulletins émis par le Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) sont dans le rouge et pointent un impact sanitaire prévisionnel des pollens élevé. Autant dire que nous ne sommes pas les seuls à avoir fait le plein de mouchoirs et d'antihistaminiques.

Parmi nous, certains en souffrent depuis des années, mais beaucoup n'ont jamais éprouvé le moindre symptôme avant 2020, 2021, voire avant cette année. Et ça, ça pose franchement question, parce que les dates correspondent au moment où la pandémie de Covid, les gestes barrières et le masque sont entrés dans nos vie. Faut-il y voir une simple corrélation ou une vraie relation de causalité?

Une allergie héréditaire

Pour la Dre Catherine Quéquet, allergologue et autrice de Les nouvelles allergies – Comment les reconnaître? Comment les combattre? aux Éditions du Rocher, la réponse est à la fois simple et complexe.

Simple, parce que ni le Covid ni les mesures sanitaires ne sauraient être tenus responsables d'une augmentation des allergies aux pollens. «Pour qu'il y ait une allergie, il faut une conjonction entre un terrain génétique qui prédispose à l'allergie et un environnement où se déploie l'allergène responsable», affirme la Dre Catherine Quéquet. En somme, si vos parents sont allergiques, il y a de fortes chances que vous le soyez aussi. Pour être précis, vous avez 12% de risque si aucun des parents n'est allergique, 20% si un parent est allergique, 43% si les deux parents sont allergiques et 72% si les deux parents ont les mêmes manifestations allergiques.

En outre, l'allergologue précise que si certaines personnes ont l'impression de devenir allergiques du jour au lendemain (coucou la rédaction!), il s'agit en fait d'un long processus: «Il y a toute une phase asymptomatique durant laquelle la personne fabrique des IgE [anticorps appelés immunoglobulines E (IgE), dirigés contre des protéines (allergènes) contenues dans les acariens, les animaux, certains aliments, les pollens, ndlr]. Pendant cette phase, la personne ne se rend évidemment compte de rien et pourtant, le mécanisme de l'allergie est déjà en route! Cette phase peut durer quelques mois ou plusieurs années, durant lesquels l'exposition à l'allergène va se répéter. Et c'est au bout de ce laps de temps que surviennent les symptômes.»

Pour la Dre Quéquet, on peut donc mettre de côté l'hypothèse selon laquelle une infection au Covid rendrait allergique. On peut aussi mettre de côté l'hypothèse d'inspiration hygiéniste selon laquelle le port du masque nous aurait subitement rendus plus fragiles. En effet, ces pistes ne prennent pas en compte le terrain qui prédispose à l'allergie ni la phase asymptomatique du mécanisme allergique.

Les effets du confinement

Et puis, il nous manque le facteur «environnement» et c'est là que tout devient un peu plus complexe. Ici, le Covid a peut-être joué un rôle indirect, tout particulièrement en 2020. L'allergologue explique: «Du fait du confinement, les espaces verts, le bord des routes et les terrains vagues n'ont pu être défrichés, augmentant ainsi les sources de pollinisation allergisantes. Il suffit de regarder la cartographie du site pollens.fr pour observer à cette époque de l'année un risque majeur de pollinose sur toute la France.»

Est-ce que cela a notablement pu augmenter notre exposition et créer un emballement dans la production d'IgE des personnes avec un terrain atopique? Difficile à dire. D'autant que du côté de l'environnement, de nombreux facteurs qui n'ont rien à voir avec le Covid rentrent en ligne de compte.

Une nuance toutefois, sur notre «rien à voir». En effet, une pandémie d'origine zoonotique et des facteurs environnementaux récents ont bien des points communs et s'inscrivent tous les deux dans les conséquences directes de ce que l'on appelle parfois l'anthropocène, soit l'époque géologique caractérisée par l'avènement des hommes comme principale force de changement sur Terre…

Car le problème est bien là: si les pollens sont présents chaque année, les spécialistes notent un net allongement des saisons pollinitiques, auquel s'ajoute une virulence accrue. À cela, le réchauffement climatique n'est pas étranger. Car, selon la Dre Catherine Quéquet, «en raison des températures plus clémentes, les pollens comme ceux du cyprès peuvent être transportés géographiquement plus loin par temps venteux. Ainsi, le potentiel de population sensibilisée s'accroît.»

Météo et pollution atmosphérique

En outre, comme le signale le RNSA dans son bulletin du 6 mai 2022, les «épisodes de pollution atmosphérique pourront exacerber les symptômes des allergiques». En effet, les particules fines et le diesel exercent une double action: ils augmentent le potentiel allergique des pollens et fragilisent les muqueuses, les rendant ainsi plus sensibles.

Il faut, enfin, prendre en considération les événements météorologiques de ces mois d'avril-mai –de nombreux changements de températures, ainsi que des orages. «Les pollens éclatent sous l'effet des orages et dès lors qu'il fait de nouveau beau, leur concentration augmente notablement», précise ainsi la Dre Quéquet. Le RNSA confirme: «Le temps ensoleillé et les températures estivales annoncées [...] favoriseront l'émission et la dispersion de fortes concentrations de pollens de graminées dans l'air. Les allergiques doivent se préparer à des semaines compliquées.»

Alors, que faire? Notre allergologue invite les personnes allergiques à bien prendre leur traitement et aux asthmatiques à être vigilants et à bien suivre les prescriptions médicales. Elle conseille également aux personnes qui portent des lentilles de remettre leurs lunettes durant les épisodes de forte concentration en pollen afin d'éviter de contracter une kératite.

«Il est également recommandé d'aérer de bonne heure le matin et tard le soir, de ne pas suspendre son linge à l'extérieur, de vérifier les filtres de la voiture et de se rincer ou se laver les cheveux le soir», ajoute-t-elle. Et, bien sûr, de consulter un allergologue pour entamer une désensibilisation, afin d'être paré pour l'année prochaine.

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