Société / Monde

Quand l'éco-anxiété mène au suicide

Temps de lecture : 2 min

Pour certains experts, il est urgent de créer des espaces de discussion pour tenter de gérer le sentiment grandissant d'angoisse face à la crise climatique.

Aux États-Unis, près des trois quarts des jeunes déclarent être éco-anxieux. | Martin Bureau / AFP
Aux États-Unis, près des trois quarts des jeunes déclarent être éco-anxieux. | Martin Bureau / AFP

Le 22 avril 2022, Wynn Bruce, photographe et activiste climatique de 50 ans, s'immolait par le feu à Whashington, DC, devant la Cour suprême américaine. Malgré les efforts de la police et des secours, l'homme a succombé à ses brûlures le lendemain. Pour son père, cela ne fait aucun doute: cet acte perpétré lors de la Journée mondiale de la Terre était «lié à son inquiétude pour l'environnement», rapporte The Guardian.

Cet événement fait par ailleurs tristement écho au suicide de David Buckel, avocat des droits civils, qui s'était également auto-immolé en 2018 dans un parc new-yorkais. Avant de partir, l'homme de 60 ans avait rédigé une lettre dans laquelle il déclarait que sa «mort prématurée est le reflet ce que nous sommes en train de nous faire à nous-mêmes».

Suicides politiques

Ces suicides s'inscrivent dans un climat grandissant d'éco-anxiété, face à une crise de l'environnement dont les répercussions se font déjà ressentir depuis plusieurs années –déforestation, fonte des glaces, mais aussi feux dévastateurs ou pollution intense de l'air. Si les scientifiques tirent la sonnette d'alarme depuis un moment, pour de nombreux activistes rien n'y fait, notre planète est condamnée.

Mais Terry Kaelber, veuf de David Buckel, estime que ces actes tragiques de détresse n'auront malheureusement aucun effet face à des gouvernements habitués à faire la sourde oreille: «Ils pensaient que cela galvaniserait les gens, et peut-être que ce sera le cas pour quelques-uns, mais ma première pensée à propos de Wynn a été que personne à la Cour suprême ne s'en souciera, confie-t-il au journal britannique. Ce sera juste un événement passager dans les médias. C'est tragique.»

La nécessité d'en parler

Selon le Guardian, l'un des phénomène qui vient exacerber ce sentiment d'éco-anxiété est que peu de personnes parlent ouvertement de leur mal-être. Le quotidien avance que des études menées aux États-Unis ont démontré que même si certains semblent visiblement inquiets face au dérèglement climatique, «nous sommes peu nombreux à discuter de notre angoisse climatique avec les autres».

Les personnes qui en parlent le plus sont principalement des jeunes, qui se sentent fortement concernés par les questions climatiques. Aux États-Unis, ce sont ainsi près des trois quarts des 14-24 ans qui déclarent une anxiété face à la détérioration de l'environnement. Les chiffres sont similaires en France, au Royaume-Uni ou en Finlande, où près de «45% [des jeunes sondés] affirment que l’anxiété climatique affecte leur vie quotidienne de manière négative», rapporte Le Monde.

Mais, insistent de nombreux scientifiques, il est nécessaire de ne pas laisser ce sentiment d'impuissance nous paralyser. Pour Susan Clayton, professeure de psychologie et d'études environnementales à l'université de Wooster, dans l'Ohio, l'activisme crée d'ailleurs un espace de discussion et d'échange fortement bienvenu.

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