Culture

«Top Gun Maverick»: «Top Gun», mais en bien

Temps de lecture : 4 min

Trente-six ans après la sortie du film originel, Joseph Kosinski réalise un nouveau divertissement qui surpasse en tous points le premier.

Le film de Joseph Kosinski multiplie les rappels appuyés au long métrage de 1986, comme la course à moto de Tom Cruise avec un avion. | Capture d'écran YouTube via Paramount Pictures France
Le film de Joseph Kosinski multiplie les rappels appuyés au long métrage de 1986, comme la course à moto de Tom Cruise avec un avion. | Capture d'écran YouTube via Paramount Pictures France

Trente-six ans après le film qui l'a propulsé vers la célébrité, Tom Cruise revient narguer l'autorité de ses supérieurs et piloter des navions dans Top Gun: Maverick, un sequel ébouriffant qui rend hommage au film de 1986 tout en le surpassant.

Si les suites de films ne donnent le plus souvent que des résultats mitigés, l'idée de donner une nouvelle chance à Top Gun n'aura sans doute offensé personne, tant ce classique des années 1980 a mal vieilli. Malgré le flair de Tony Scott, difficile aujourd'hui de feindre le moindre intérêt pour les daddy issues à peine creusées du héros, son histoire d'amour sirupeuse avec Kelly McGillis (alors que la future star de la romance Meg Ryan était juste là!), ou encore l'utilisation à outrance de «Take my breath away», capable de pousser n'importe quelle personne saine d'esprit au suicide.

Le même, mais en mieux

Que les choses soient claires, Top Gun: Maverick, c'est Top Gun. À tel point que lors des premières secondes, avec la même musique eighties, le même texte blanc sur fond noir et les mêmes plans de tarmac au crépuscule, l'autrice de ces lignes a brièvement paniqué, pensant qu'elle s'était rendue par erreur à une projection du long métrage de 1986. Mais le film réussit l'exploit de se calquer très fidèlement sur l'original, tout en le surpassant en tous points. Romance, humour, action: tout est mieux dans Maverick.

Dans ce nouvel opus, notre héros se retrouve instructeur à Top Gun, l'école de la Navy censée entraîner les meilleurs pilotes du pays. Son objectif? Former une équipe de jeunes recrues pour une mission extrêmement dangereuse et complexe –on pourrait même dire... impossible. Top Gun: Maverick renouvelle ainsi son intrigue et son casting d'origine avec une jeune relève incarnée par un casting alléchant: Miles Teller, Glen Powell en encore Jay Ellis, que l'on est ravis de retrouver après Insecure.

Malgré ce reboot narratif à l'enjeu resserré, le film de Joseph Kosinski multiplie les rappels appuyés à l'original. Mêmes plans (Tom Cruise à moto faisant la course avec un avion), mêmes répliques aussi («don't give me that look» «what look?» «that one»). Miles Teller, qui incarne le fils de Goose, est une copie conforme du personnage joué par Anthony Edwards, jusqu'à la moustache.

Le twist de l'instructrice, d'abord rencontrée au bar dans des circonstances douteuses, est également rejoué par Maverick lui-même, devenu prof, même si ici, il est dénué de tout conflit d'intérêt sexuel: après tout, nous sommes en 2022. Quant à la scène de sport sur la plage, elle refait aussi son apparition, mais cette fois-ci, son rôle dans le récit est plus clair, point de bascule pour la cohésion des jeunes recrues. On remercie aussi la scène d'avoir réparé des décennies d'injustice cinématographique, en filmant une équipe entière de pilotes masculins torse nu, tandis que les femmes sont en tenue de sport.

Réussite technique

La musique aussi trouve un équilibre habile entre coup de neuf salutaire et références à l'original. Exit Berlin, place à une musique originale composée par Lorne Balfe, Hans Zimmer, Lady Gaga et Harold Faltermeyer, le compositeur originel de Top Gun. Mais que les nostalgiques se rassurent: certains des morceaux de guitare les plus inoubliables du film de 1986 sont utilisés à bon escient et vous replongeront immédiatement dans l'ambiance kitsch et exaltée de l'original.

Enfin, alors que les scènes d'avion de Top Gun ont aujourd'hui perdu de leur tranchant, les nouvelles séquences d'action pourraient rivaliser avec celles de n'importe quel Fast and Furious. Focalisée sur sa mission presque pas possible, la nouvelle équipe fait face à un enjeu bien plus urgent que les personnages du film original: s'infiltrer sur une base ennemie, détruire une cible avec précision et échapper à la mort malgré des conditions physiques éprouvantes. Le dernier tiers du film est ainsi une succession de scènes ahurissantes et immersives, qui font un parfait usage des techniques modernes.

Émotion méta

Mais le meilleur changement, c'est Tom Cruise lui-même. En 2022, Maverick est évidemment toujours un maverick, une tête brûlée qui cherche sans cesse à dépasser ses limites, ignorant sciemment les règles et les lois. Mais dans cette nouvelle version, ce n'est plus Mav que l'on regarde, mais bien Cruise lui-même. Dans Top Gun, il incarnait un petit péteux sans relief et se faisait régulièrement voler la vedette par Val Kilmer ou même Anthony Edwards (si voulez notre avis, Goose aurait dû être le héros de Top Gun).

Aujourd'hui, l'acteur a non seulement gagné en stature, en profondeur et en talent, mais il est aussi devenu la plus grande star d'action de son époque. Top Gun: Maverick est donc autant un hommage à son personnage phare qu'à l'acteur qui l'incarne: à plusieurs reprises, les personnages du film le contemplent avec le même air ébahi et admiratif que le public bien installé dans son siège de cinéma.

«C'est l'homme le plus rapide du monde», murmure, émerveillé, l'un de ses collègues au début du film. Quelques scènes plus tard, Maverick est admonesté par son supérieur, qui semble presque s'adresser à Ethan Hunt, le héros de la franchise Mission Impossible: «Malgré tous vos meilleurs efforts, vous refusez tout simplement de mourir.»

Les plus grands moments d'émotion de cette suite reviennent cependant à Val Kilmer, qui fait une courte apparition dans le rôle d'Iceman. Il y a un an, dans Val, un documentaire projeté en avant-première à Cannes, l'acteur dévoilait sa rémission difficile d'un cancer de la gorge, qui entravait sa parole et l'avait poussé à se retirer des plateaux. C'est donc avec une immense émotion qu'on voit l'acteur reprendre le rôle qui l'a transformé en icône.

Top Gun: Maverick

de Joseph Kosinski

avec Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly

Séances

Durée: 2h11

Sortie: 25 mai 2022

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