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En Afghanistan, des écoles secrètes pour filles

Temps de lecture : 2 min

Ouvrir un tel lieu est un acte de défiance envers les talibans.

Des adolescentes en classe, juste après la réouverture des écoles pour filles à Kaboul en Afghanistan, le 23 mars 2022. Les talibans ont finalement annoncé la fermeture des établissements le jour même. | Ahmad Sahel Arman / AFP
Des adolescentes en classe, juste après la réouverture des écoles pour filles à Kaboul en Afghanistan, le 23 mars 2022. Les talibans ont finalement annoncé la fermeture des établissements le jour même. | Ahmad Sahel Arman / AFP

«On sait les menaces que cela représente et ça nous inquiète, mais l'éducation des filles vaut le coup qu'on prenne tous les risques», affirme l'unique professeure d'une école illégale pour filles, cachée dans un quartier résidentiel d'Afghanistan. Ce jour-là, une douzaine d'adolescentes y sont réunies pour suivre un cours de mathématiques. La BBC s'est rendue dans l'une de ces écoles secrètes, qui apparaissent en plusieurs lieux dans le pays depuis la fermeture des écoles pour filles le 23 mars 2022.

Dans toutes les provinces, sauf à de très rares exceptions, les écoles du secondaire pour filles doivent rester fermées. Cet ordre avait été donné par les talibans seulement une heure après la réouverture des établissements scolaires, laissant un vif souvenir chez la plupart des adolescentes. «C'était il y a deux mois et les écoles n'ont toujours pas rouvert, ça me rend si triste», témoigne une jeune fille de 19 ans en retenant ses larmes.

Une autre élève, d'environ 15 ans, ne cache pas sa détermination à défier le pouvoir autoritaire des talibans: «Soyez courageuses, lance-t-elle à toutes les filles du pays. Si vous êtes courageuses, personne ne pourra vous arrêter.» Les écoles primaires pour filles ont rouvert, mais le pouvoir n'est pas clair sur la date de réouverture des écoles secondaires. Si les talibans ont déclaré publiquement que cela finirait par arriver, ils affirment aussi que l'éducation des femmes est à leurs yeux «un sujet sensible».

Des tensions internes

Plusieurs sources ont affirmé à la BBC qu'une poignée d'hommes au pouvoir, pas si nombreux mais très influents, s'opposent à cette réouverture. D'autres talibans ont exprimé en privé être déçus par cette décision et il semblerait que certains envoient même leurs filles étudier au Qatar ou au Pakistan. Ces dernières semaines, des érudits religieux se sont positionnés en faveur de l'éducation des filles, à l'instar du cheikh Rahimullah Haqqani, un clerc afghan résidant au Pakistan. Il a publié une fatwa (une consultation juridique sur une question religieuse) à ce sujet.

Rahimullah Haqqani explique à la BBC: «Il n'y a pas de justification dans la charia pour interdire l'éducation aux femmes. Il n'y en a aucune. Tous les livres sacrés ont statué que l'éducation des femmes est admise et obligatoire: par exemple, si une femme tombe malade et a besoin de traitements, c'est bien mieux si elle est soignée par une femme docteure.»

D'autres fatwas similaires ont été émises par des religieux dans les provinces de Hérat et de Paktiya, symboles que le soutien à l'éducation des femmes est répandu même dans certains cercles conservateurs. Malheureusement, personne ne sait l'impact que ces décrets auront.

Pendant ce temps, les militantes afghanes pour les droits des femmes mettent tout en œuvre pour ne pas laisser une génération entière de jeunes filles sur le bas côté. Dans l'école secrète visitée par la BBC, elles donnent une à deux heures de cours par jour, se concentrant principalement sur les mathématiques, la biologie, la chimie et la physique. L'enseignante responsable de l'établissement clandestin sait que de nombreuses autres filles aimeraient y assister, mais elles sont contraintes par le manque d'espace, de ressources et l'obligation de rester discrètes.

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