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Les «fermes de sang» islandaises, nouvelle polémique de maltraitance animale

Temps de lecture : 2 min

L'extraction d'hormones à des juments enceintes est dans le viseur de l'Union européenne.

Une fois prélevée sur les juments enceintes durant l'été, l'hormone est réduite en poudre puis distribuée dans d'autres pays. | Lucia Macedo via Unsplash
Une fois prélevée sur les juments enceintes durant l'été, l'hormone est réduite en poudre puis distribuée dans d'autres pays. | Lucia Macedo via Unsplash

Dans les élevages intensifs, c'est la quantité qui permet la rentabilité. À cette fin, il existe plusieurs techniques pour essayer d'augmenter le nombre d'animaux d'une exploitation. Parmi elles: une hormone prélevée sur des juments dans des fermes islandaises est ensuite redistribuée au Royaume-Uni et dans toute l'Europe chaque année afin d'augmenter le taux de reproduction des cochons, vaches, et autres animaux fermiers. Le Guardian s'est rendu en Islande, pour en apprendre plus sur ces «fermes de sang».

L'hormone se nomme «gonadotrophine chorionique équine». Une fois prélevée sur les juments enceintes durant l'été, elle est réduite en poudre puis distribuée à d'autres pays pour gonfler les effectifs des exploitations fermières et rendre plus fertiles certaines femelles animales.

Des images prises en caméra cachée par des activistes du bien-être animal semblent montrer des chevaux en détresse, frappés, se débattant dans des sortes de box et dont le sang est prélevé à l'aide d'une canule insérée dans la jugulaire. L'Union européenne exerce une pression sur l'Islande pour interdire cette pratique. La Commission se déclare très concernée et le Parlement appelle à l'interdiction de l'export de cette hormone.

Des organisations tirent la sonnette d'alarme

Fin mars, pas moins de dix-sept ONG internationales se sont rassemblées pour soumettre une plainte contre l'Islande à l'autorité de la surveillance de l'Association européenne de libre-échange (EFTA), chargée de surveiller l'Espace économique européen (EEE) en Islande, au Lichtenstein et en Norvège.

À l'intérieur même de l'Islande, le sujet est aussi à l'agenda. Le Parti du peuple a déposé au parlement un projet de loi visant à interdire les fermes de sang, projet soutenu par l'association islandaise du tourisme notamment. Un groupe de travail du ministère islandais de la Pêche et de l'Agriculture doit rendre ses conclusions cet été.

La société pharmaceutique Isteka, qui possède une partie de ces fermes, a déclaré que cinq litres de sang étaient prélevés sur des juments enceintes chaque semaine pendant huit semaines consécutives par an. C'est environ quatre fois plus que la quantité spécifiée dans les directives internationales. Bien que l'Autorité alimentaire et vétérinaire islandaise ait estimé que rien n'indique que ces quantités soit trop élevées pour garantir la bonne santé des animaux, ce n'est pas un avis consensuel. Ingunn Reynisdóttir, vétérinaire dans le nord de l'Islande, affirme: «C'est trop de sang et si vous prenez trop de sang [à des équidés], ils tremblent et ont du mal à marcher.»​​​​​​

L'Islande abrite environ 80.000 chevaux islandais, dont 5.383 sont utilisés comme «juments de sang». Il y aurait 119 fermes de sang opérant dans le pays. Une enquête menée en décembre a révélé que la majeure partie de la population islandaise était opposée à cette pratique. Rósa Líf Darradóttir, médecin et propriétaire de chevaux, espère: «Je voudrais que les gens sachent que l'Islande poignarde des juments gestantes, semi-sauvages, à des volumes et des fréquences extrêmes... juste pour faire en sorte que les porcs aient plus de porcs.»

Au Royaume-Uni, cette hormone peut être obtenue légalement auprès de vétérinaires agréés. Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que le dialogue avec les pays non membres de l'UE était «crucial pour apporter des changements positifs sur les questions du bien-être animal».

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