Société / Monde

À Milan, le grand défi des urbanistes face à la gentrification

Temps de lecture : 2 min

En raison de la hausse des prix, bon nombre d'ouvriers ont préféré vendre leur logement et déménager dans un lieu plus abordable.

Autrefois considéré comme un lieu dangereux, Isola est aujourd'hui «l'un des quartiers les plus attrayants de la ville». | Miguel Medina / AFP
Autrefois considéré comme un lieu dangereux, Isola est aujourd'hui «l'un des quartiers les plus attrayants de la ville». | Miguel Medina / AFP

Situé au nord de Milan, le quartier d'Isola est le parfait exemple du phénomène de gentrification qui touche de nombreuses métropoles européennes. Des friperies branchées aux petites boutiques bio à chaque coin de rue, en passant par un grand nombre de bars et de restaurants, ce village dans la ville est également une destination prisée des touristes. Mais avant sa rénovation dans les années 2000, c'était loin d'être le cas.

À l'origine, Isola était un lieu de vie pour les ouvriers d'une usine locale Pirelli, spécialisée dans la fabrication de pneus. Au cours des années 1960, la mafia milanaise en avait par ailleurs fait un terrain de choix pour son trafic de drogue. «Isola était considéré comme l'un des endroits les plus dangereux», raconte à Politico Liat Rogel, experte pour le programme européen Urbact et directrice de l'Impact Housing Foundation. «Mais aujourd'hui, c'est l'un des quartiers les plus attrayants de la ville.»

Toutefois, cette gentrification progressive vient avec son lot de défis. À l'image de beaucoup de villes sujettes à ce phénomène, Isola a vu sa modernisation rendre ses logements complètement inabordables pour une partie des ses anciens résidents.

«Rénover des bâtiments en mauvais état, faire venir de nouvelles personnes, rendre les quartiers plus mixtes, c'est quelque chose de positif, explique Antonella Bruzzese, professeure d'urbanisme à l'École polytechnique de Milan. «Le problème, c'est lorsque cette régénération exclut les personnes dans des situations économiques et sociales plus faibles.»

«En Italie, plus de 75% des gens vivent dans une maison qui leur appartient, et la hausse des prix peut donc les pousser à vendre, indique Liat Rogel. Les ouvriers voient inévitablement l'opportunité de gagner des revenus substantiels en vendant leurs appartements, ils finissent donc par le faire et par déménager.»

Le problème des sous-locations

Selon Pierfrancesco Maran, adjoint au maire de Milan pour le logement, la métropole aurait réservé près de 40% de tous les nouveaux appartements pour les transformer en logements sociaux. Mais c'est une solution à court terme. La population milanaise ne cesse de croître –de plus de 10% cette dernière décennie. Ainsi, «la demande continue de dépasser la disponibilité de logements abordables», souligne Politico.

Surtout, avec sa popularité nouvellement acquise, Isola doit faire face à un autre challenge, celui de la sous-location de logements pour les touristes. Comme à Paris ou Berlin, les Airbnb sont aujourd'hui légion dans la capitale de la mode.

«Pendant le temps qu'il nous a fallu pour créer 8.000 nouveaux logements sociaux, Airbnb a enregistré 16.000 appartements milanais sur sa plateforme, déplore Pierfrancesco Maran. Nous devons changer la façon dont nous gérons le système afin d'assurer un avenir à la ville. Je préfère avoir un demi-million de touristes en moins si cela signifie pouvoir fournir plus de logements aux étudiants et aux travailleurs.»

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