Politique

C'est décidé, je rends ma carte du PS même si j'en ai pas

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Le ralliement d'Olivier Faure à Jean-Luc Mélenchon signe une défaite morale qui ne cicatrisera pas de sitôt.

Le Parti socialiste n'aura que la défaite et le déshonneur. | vx_lentz via Flickr
Le Parti socialiste n'aura que la défaite et le déshonneur. | vx_lentz via Flickr

Pour moi qui ambitionnais de me présenter à la députation, c'est râpé, je passe mon tour. J'avais pourtant obtenu l'appui du Parti socialiste. Mon bouquet de roses était même prêt. Mes affiches aussi. Je désirais mener une campagne dynamique basée autour de deux axes forts: l'arrêt de la discrimination contre les chauves et l'instauration d'une sécurité sociale pour les animaux de compagnie.

J'étais sûr de mon triomphe quand j'ai appris le ralliement d'Olivier Faure à la soi-disant union populaire dirigée par Jean-Luc Mélenchon. Ah Le traître. Ah Le brigand. Ah le félon. Quarante années de militantisme, de collage d'affiches, de distribution de tracts, pour en arriver à ce résultat, à cette alliance contre-nature auprès d'un mouvement avec qui je n'ai rien en commun, si ce n'est la volonté de réduire par la loi ce que les circonstances de la vie ont pu engendrer comme inégalités.

Pour le reste, tout me sépare des Insoumis. Je n'ai pas le culte du peuple ni l'amour de la violence. Je ne ressens aucune animosité particulière envers ceux qu'on nomme les possédants ou les représentants de l'élite dont j'imagine que je dois faire partie. Je ne raisonne pas en termes de dominants/dominés. Le terme même de «wokiste» et l'idéologie afférente me donne des haut-le-cœur. Et jamais il ne me serait venu à l'idée de soutenir un mouvement dont les revendications et le mode d'action s'inspiraient d'un poujadisme de bon teint, d'une envie d'en découdre avec les fondements même de notre démocratie.

Surtout, d'associer mon nom à une union qui entend cesser la livraison d'armes à Ukraine, à renvoyer dos à dos OTAN et Russie, à se complaire dans un tiers-mondisme imbécile et daté, à trahir le projet européen, m'apparaîtrait comme un acte d'une lâcheté insoutenable. Qu'un premier secrétaire ait pu s'entendre avec des personnes prêtes à abandonner l'Ukraine à son triste sort est une infamie qui à mes yeux signe la fin du Parti socialiste en tant que tel, le renoncement à toutes ses valeurs.

J'entends bien que l'union vaut tous les sacrifices mais encore faut-il pouvoir continuer de se regarder dans la glace. Je n'ai aucune espèce de fascination pour les révolutions sud-américaines, envers les enfermements arbitraires, le goût des mesures autoritaires où, pour défendre la cause du peuple et de ses souffrances, on est prêt à renoncer à la liberté, à la démocratie, à l'existence même d'une opposition.

Je n'aime rien chez les Insoumis, ni leur comportement braillard ni encore moins leur rhétorique adolescente où l'on représente à foison le peuple comme un corps social empiriquement oppressé sans accorder aucune valeur à la responsabilité individuelle de chacun. Je ne suis pas dans la déification du peuple pas plus que dans la dénonciation des élites, cette rhétorique partagée avec jalousie et éclat avec l'extrême droite.

Le socialisme est un compromis. Une manière raisonnée d'user de la politique, de l'intervention de l'État, pour tenter de corriger autant que possible les inégalités nées des circonstances de sa naissance, du milieu où l'on a grandi. D'être aux côtés de ceux que la vie a abîmés. De réparer les injustices par une redistribution plus égalitaire de l'argent public. D'œuvrer pour le bien de tous sans distinction de classe ou de race. Et sans s'illusionner sur l'incroyable complexité de la tâche dès lors qu'on se refuse à adopter des mesures si radicales qu'au bout du compte, elles contribueraient à appauvrir encore un peu plus les classes défavorisées.

Sans recourir à l'invective perpétuelle. Sans sombrer dans le manichéisme, le populisme, l'idéologie à outrance où, obnubilé par la justesse de son combat, on est prêt à toutes les compromissions, à tous les renoncements pour arriver à ses fins. À hystériser sans fin le débat. À exalter cette part de violence qui sommeille en chacun de nous afin de prendre par la rue ce que l'expression démocratique, le vote, a refusé de nous concéder.

C'est pour toutes ces raisons et bien d'autres encore que je n'aurai de mots assez durs pour qualifier l'attitude d'Olivier Faure. Comme Chamberlain en son temps, il n'aura que la défaite et le déshonneur comme récompense. Avec une incroyable légèreté, guidé par le seul impératif de sauver quelques misérables sièges, il aura insulté le passé, bafoué le futur, compromis le présent, piétiné les valeurs mêmes qu'il était censé incarner.

Aussi, vous comprendrez mieux pourquoi j'ai décidé de renoncer à la députation.

C'est affaire de conscience.

Et tant pis pour les chauves et le remboursement des soins vétérinaires!

Ce sera pour la prochaine législature.

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