Société

Faire la queue contre de l'argent, le nouveau job qui monte

Temps de lecture : 2 min

Révélateur du développement de l'uberisation du travail, ce type de services à la demande est aussi la conséquence de fortes inégalités socio-économiques.

Robert Samuel se rappelle d'une attente ayant «duré quatre, ou peut-être cinq jours». | Niklas Halle'n / AFP
Robert Samuel se rappelle d'une attente ayant «duré quatre, ou peut-être cinq jours». | Niklas Halle'n / AFP

Il y a neuf ans, Robert Samuel décidait de quitter son emploi de vendeur de téléphone pour devenir un professionnel des files d'attente. Ce quadragénaire originaire de Brooklyn passe dorénavant ses journées –et parfois ses nuits– à faire la queue à la place des autres, et surtout de ceux qui peuvent se le permettre financièrement, commente le Guardian.

Moyennant paiement, le New-Yorkais peut patienter pendant des heures, voire des jours, assis, debout ou dans une tente à l'abri des intempéries, pour tenter de mettre la main sur des billets de spectacle, un smartphone dernier cri, ou encore des vêtements en édition limitée. En fonction de ses missions, explique le média britannique, «Robert Samuel cède alors sa place à son client ou lui achète des tickets pour des événements très demandés».

Si certaines personnes sont prêtes à payer des sommes astronomiques pour s'assurer d'obtenir un ticket pour une représentation ou la dernière paire de sneakers en vogue, les conditions de travail de Robert Samuel sont très souvent mauvaises, révélant un système capitaliste poussé à l'extrême. «Un jour, il faisait 0°C, raconte-t-il, et l'intérieur de ma tente était gelé. [...] C'était, je pense, le jour plus froid lors duquel j'ai dû attendre.» Mais cette attente pénible valait le coup, selon lui.

Ce soir-là, il faisait la queue pour Hamilton, la très acclamée comédie musicale de Lin-Manuel Miranda. Le jour où le dramaturge a annoncé le départ de certains membres du casting original, certains aficionados de Broadway, parmi les plus aisés, ne purent résister à l'envie de les voir une dernière fois sur scène. «L'attente a duré quatre, peut-être cinq jours, se rappelle Robert Samuel. On facturait 5.000 dollars [soit environ 4.700 euros] pour deux billets. Mais par rapport au prix d'un billet en revente, nous étions la meilleure offre en ville.»

Une place en plus aux frais de l'acheteur

Pour Sarah Damaske, professeure de sociologie et spécialiste de l'histoire du travail à l'Université d'État de Pennsylvanie, ce phénomène est intimement lié aux inégalités socio-économiques. «À mesure que nous constatons des inégalités de revenus vraiment extrêmes, cette capacité à sous-traiter les tâches personnelles devient de plus en plus possible, déclare-t-elle au Guardian. Lorsque le salaire minimum stagne depuis aussi longtemps, il devient alors concevable pour quelqu'un qui se trouve à une extrémité [du système] d'acheter la force de travail de quelqu'un qui se trouve à l'autre extrémité.»

Toutefois, Robert Samuel ne voit pas que des inconvénients à ce travail laborieux. «L'un des avantages de la file d'attente a été de me faire redécouvrir un amour pour le théâtre», se souvient-il. Originaire de Brooklyn, rares étaient les occasions où il pouvait se permettre d'aller voir une comédie musicale à Broadway.

Ceci a notamment été rendu possible lorsque certaines salles ont décidé de changer leur politique face au nombre croissant de professionnels des files d'attente, exigeant que l'acheteur du billet soit présent lors de la représentation. Le New-Yorkais prévenait alors ses clients qu'il devrait se joindre à eux. Cela ne semblait pas déranger ces derniers, qui payaient donc une place en plus.

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