Politique

Opposé à l'union PS-LFI, François Hollande tente de sauver le bilan de son quinquennat

Temps de lecture : 6 min

[Chronique #48] Président de la République de 2012 à 2017, il a fait reculer la France et détruit son parti. Comment prétendre défendre son identité et ses valeurs quand on n'a eu de cesse de les trahir?

François Hollande, venu soutenir Anne Hidalgo lors d'un meeting à Limoges, le 22 avril 2022. | Pascal Lachenaud / AFP
François Hollande, venu soutenir Anne Hidalgo lors d'un meeting à Limoges, le 22 avril 2022. | Pascal Lachenaud / AFP

François Hollande est de retour! Car l'heure est grave. Le Parti socialiste serait en voie de disparition. Lorsqu'il est question de disparition, il vaut mieux faire appel à un spécialiste, et Hollande en est un à sa manière. C'est une sorte de Georges Cuvier de la disparition de l'espèce PS, capable de distinguer la disparition des espèces fossiles de la survie des éléphants. N'a-t-il pas fait disparaître du spectre politique le premier parti de France qui contrôlait en 2012 l'Assemblée nationale, le Sénat, l'Élysée, une majorité de grandes villes, de régions et de départements?

Après avoir porté François Hollande à l'Élysée, les Français lui avaient donné une majorité absolue à l'Assemblée et les moyens de mener ses réformes. Mais de réformes, il n'y eut point. Et le gouvernement socialiste s'enferma dans l'impasse sociale-libérale qui lui vaut le discrédit que l'on sait et un score proche de l'extinction (1,75% des suffrages) au premier tour de l'élection présidentielle.

Pendant la campagne, il joua les stratèges ou les parrains selon ses interlocuteurs, alternant les avis et les intrigues, minant en secret la campagne de la candidate de son parti, allant jusqu'à donner des conseils à celle des Républicains, en fin connaisseur de la carte électorale. On eut dit qu'il visait la défaite de son parti pour mieux le reconstruire. Qui sait? Celui qui a démonté en cinq ans la maison socialiste connaît sans doute les plans.

Face au danger de voir ses camarades socialistes rejoindre la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), celui que Jean-Luc Mélenchon avait qualifié de «capitaine de pédalo» s'est mis en travers de la route, exigeant du haut de son embarcation qu'ils rebroussent chemin et rentrent au port social-libéral. L'ancien secrétaire national du PS, habitué à négocier jusqu'au bout de la nuit des compromis foireux lors des congrès du parti, leur refuse cette fois le droit de négocier avec son ex-opposant de la gauche socialiste.

Pas question pour lui d'aller se dissoudre dans la mer insoumise. Si les actuels dirigeants persistent dans cette voie, ils seront destitués. Et le général vaincu d'appeler à la rescousse ses grognards qu'on n'avait pas entendus pendant le quinquennat Macron. Les voilà qui convergent vers leur ancien parti, qu'ils ambitionnent de reconquérir ou de refonder, en tous cas de diviser si c'est encore possible, comme c'est toujours le cas dans les groupuscules politiques.

Énergie magnétique

Le hollandisme n'est ni une idéologie, ni même une pragmatique du pouvoir; c'est une sorte de champ magnétique. Tout au long de sa carrière, il ne s'est pas contenté d'attirer les ambitions: il les attisait, les aiguisait, les faisait jouer comme des pôles opposés, y trouvant sa propre énergie. Ce n'est donc pas un manque d'autorité ou de vision qu'il faut surtout déplorer chez François Hollande –c'est évident– mais plutôt une forme d'énergétique perverse qui se joue des ambitions rivales pour assurer la stabilité d'un non-choix.

L'habileté de François Hollande a toujours consisté à se servir de l'énergie des pôles opposés, d'en réguler les interactions, de se jouer de leurs forces et de leurs faiblesses. Car la multiplication des conflits sous son quinquennat ne reflétait pas l'intensité des discussions au sein de ce gouvernement, mais l'absence de délibération et surtout le refus de trancher entre deux conceptions de la politique.

D'un côté, celle qui s'efforce de déconstruire les fondamentaux de la droite en matière de sécurité, de transition écologique, d'éducation, de logement, de politique pénale, de santé publique, d'immigration. De l'autre, celle qui s'efforce de trianguler l'opinion en consolidant et en légitimant l'idéologie dominante, cette machine néolibérale à fabriquer des histoires de victimes et de vilains, de héros méritants et de vils fraudeurs, de courageux travailleurs et d'étrangers profiteurs.

Hollande ne s'est pas contenté de droitiser la gauche, il a blanchi le discours néolibéral.

Il faut s'en souvenir au moment où Hollande voudrait jouer les gardiens du temple. Il a dilapidé l'héritage idéologique de la gauche, il a démobilisé les forces de progrès. Comment prétendre défendre les valeurs ou l'identité du Parti socialiste quand on n'a eu de cesse de les trahir, en pratiquant la triangulation idéologique et un électoralisme décomplexé? Comment invoquer l'histoire du parti quand on n'a gardé du patrimoine génétique de la gauche que la défense pavlovienne de la laïcité?

En cheville avec le Medef

Jusque-là, la gauche au gouvernement pouvait compter sur le soutien des syndicats et la mobilisation des forces de progrès pour mener à bien ses grandes réformes et arracher à un patronat rétif des concessions minimales. Des congés payés à la retraite à 60 ans, des lois Auroux aux trente-cinq heures, le combat politique s'appuyait sur les luttes sociales dans l'entreprise et lui servait de débouchés. François Hollande a rompu ce lien historique qui reliait entre elles les différentes expériences de la gauche au gouvernement.

Pour la première fois dans l'histoire, un gouvernement socialiste s'appuyait exclusivement sur le patronat. C'est avec lui, sans même consulter les syndicats de salariés, qu'il avait passé son pacte de responsabilité. Le président du Medef s'en réjouissait ouvertement en précisant «qu'il était inspiré, je ne le dis pas trop fort, du pacte de confiance que nous lui avons apporté sur un plateau».

Hollande ne s'est pas contenté de droitiser la gauche, il a blanchi le discours néolibéral. À l'automne 2013, l'introduction dans le débat public de l'expression «pause fiscale» a rendu manifeste l'influence des thèses néolibérales sur le gouvernement, une version française du fameux tax relief, littéralement «soulagement d'impôts», formule utilisée par les Républicains après l'élection de George W. Bush en 2001.

Si l'on entend «soulager» la nation des impôts, cela signifie implicitement que la fiscalité est identifiée à un fléau ou à une maladie et que le président Bush se présentait tel un médecin capable de guérir la nation de ses maux. En parlant de «pause fiscale», le gouvernement Hollande a accrédité l'idée d'une pression excessive de l'impôt et a donné une connotation négative à la fiscalité, au lieu d'insister sur son rôle redistributif.

Quel chemin parcouru depuis le discours du Bourget! Ne faisait-il pas écho à celui de Roosevelt à Madison Square Garden, le 31 octobre 1936: «Nous savons désormais qu'il est aussi dangereux d'être gouverné par l'argent organisé que par le crime organisé»? Au Bourget, les socialistes se prenaient à rêver d'un Roosevelt du XXIe siècle, l'homme qui allait mettre au pas la finance, briser le mur d'argent, lancer des grands travaux. On imagine que les plus cyniques en riaient dans les coulisses. Car l'élection acquise, le ton changea.

Socialisme de droite

Dès les premiers mois de son mandat, François Hollande adopta le lexique de la droite et du néolibéralisme: «coût du travail», «compétitivité», «charges sociales», «attractivité des investissements étrangers». Un ralliement à l'idéologie néolibérale que le ministre de l'Économie Pierre Moscovici qualifia de «révolution copernicienne». En effet, les électeurs de gauche en furent tout retournés. Il reprennent à peine leurs esprits. Il faut s'en souvenir au moment où Hollande vient leur faire la morale. Cela ne prend plus.

«Des conservateurs malavisés [...] ont appliqué leur politique, mais ils n'auraient pas pu le faire sans la complicité des politiciens mous et confus d'une gauche modérée.»
Paul Krugman, prix Nobel d'économie

Le grand saut, ils l'ont déjà fait. Un saut hors de la politique qui a consisté à réduire les problèmes politiques à des problèmes de gestion et les problèmes de gestion à des problèmes de comptabilité. À faire de la politique un théâtre moral où s'affrontent des valeurs. À donner des signes aux fractions éclatées d'un électorat volatil, mais aussi aux faiseurs d'opinion et à tous ceux qui peuvent donner du crédit ou de la popularité à un pouvoir discrédité; des signes d'optimisme en pleine crise de confiance, des signes de volontarisme en situation d'insouveraineté, des signes de sérieux et de rigueur à l'intention des marchés...

S'il fallait enfoncer un dernier clou dans le cercueil du hollandisme, cédons le marteau à Paul Krugman, prix Nobel d'économie, un démocrate modéré qui a qualifié (dans un éditorial du New York Times publié en 2014) la politique suivie par Hollande de «scandale» et de «reculade» sur des positions idéologiques discréditées depuis longtemps. Bref, une défaite en rase campagne. Une «faillite intellectuelle»!

En annonçant que «l'offre crée la demande», faisait observer Paul Krugman, Hollande se rallie «à un sophisme depuis longtemps démystifié, et qui a pour nom la loi de Jean-Baptiste Say. Tout montre au contraire que la France a des ressources productives qui sont au ralenti parce que la demande est insuffisante.»

«On ne peut donc plus attribuer les difficultés économiques persistantes de l'Europe aux mauvaises idées de la droite, concluait Paul Krugman. Certes, des conservateurs insensibles et malavisés ont appliqué leur politique, mais ils n'auraient pas pu le faire sans la complicité des politiciens mous et confus d'une gauche modérée.»

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