Politique / Économie

Inflation, pénurie, finances publiques… tous les défis économiques qui attendent Macron et son gouvernement

Temps de lecture : 7 min

Le premier mandat du président n'a pas été simple, le second s'annonce extrêmement compliqué sur le plan économique.

Emmanuel Macron, en 2017. | Ludovic Marin / AFP
Emmanuel Macron, en 2017. | Ludovic Marin / AFP

Baisse surprise du PIB des États-Unis au premier trimestre, Chine empêtrée dans sa politique «zéro Covid», croissance faible dans la zone euro et nulle en France, inflation à un niveau inconnu depuis des décennies... Le contexte économique des cinq prochaines années ne va pas faciliter la tâche du président réélu et de son gouvernement.

Le moins que l'on puisse dire est que le premier mandat présidentiel d'Emmanuel Macron n'a pas été un long fleuve tranquille: mouvement des «gilets jaunes», pandémie, guerre en Ukraine, les difficultés n'ont pas manqué. Mais le second s'annonce encore plus compliqué.

Les effets de la pandémie sont toujours là: difficultés d'approvisionnement et rupture des chaînes, tensions sur les prix, etc. Et ce n'est pas terminé: la politique «zéro Covid» à laquelle s'accrochent les dirigeants chinois conduit à de nouvelles mesures de confinement et des arrêts de production. Au cours des derniers mois, ces mesures ont touché les grandes zones industrielles du pays, Shenzhen et Shanghai.

Officiellement, l'objectif d'une croissance de 5,5% du PIB est toujours d'actualité, mais les économistes doutent fortement qu'il puisse être atteint. En janvier, le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà ramené sa prévision à 4,8%. Dans ses Perspectives de l'économie mondiale publiées en avril, il a encore abaissé sa prévision à 4,4%.

La pénurie touche tous les secteurs

Pour l'Europe, ce n'est pas sans importance, compte tenu de la place occupée désormais par la Chine dans le commerce international. Elle est depuis plusieurs années la première destination des exportations allemandes et représente environ 6% des nôtres. En sens inverse, les Européens se trouvent dans une situation délicate lorsque le flux des importations est interrompu, soit parce que les usines chinoises ont dû fermer, soit parce que les ports sont embouteillés.

Les fermetures totales ou partielles d'entreprises en manque de composants sont largement annoncées et commentées quand il s'agit de l'automobile. On en a parlé sur la période récente à propose de Renault au Mans, à Douai et à Maubeuge, et de Stellantis qui limite sa production de Peugeot à Mulhouse; tous les producteurs européens s'attendent encore à une année difficile en raison de la pénurie de semi-conducteurs. Mais ces problèmes se retrouvent dans beaucoup de secteurs dont on parle moins: pour les artisans du bâtiment ou les commerçants de l'électroménager, le grand souci est la longueur des délais d'approvisionnement.

La guerre en Ukraine aggrave encore la situation. Il a été beaucoup question, et avec raison, des effets que le conflit risque d'avoir sur le marché mondial des céréales et l'alimentation dans les pays les plus pauvres dépendant des importations agricoles. Les risques de pénurie de certains métaux précieux importés d'Ukraine ou de Russie ont été abondamment soulignés. Et on découvre aussi maintenant que le secteur automobile allemand souffre de ne plus être approvisionné en pièces détachées fabriquées en Ukraine.

Le grand retour de l'inflation

Mais l'élément crucial reste la dépendance à l'égard du pétrole et du gaz russes. Pour l'instant, la seule vraie question est celle du prix. À l'automne prochain, surtout pour le gaz, la question pourrait se poser de savoir s'il sera possible de disposer des quantités nécessaires sans faire appel à la Russie. Le gouvernement allemand est vivement critiqué pour ses atermoiements et son refus de se rallier tout de suite à la solution d'un embargo, mais il faut reconnaître que la dépendance du pays au gaz russe est telle qu'il sera difficile de trouver dans un délai très court des fournisseurs alternatifs.

Pour toutes ces raisons –rupture des approvisionnements en raison du Covid et guerre en Ukraine–, les prix partent à la hausse à un rythme inconnu depuis des décennies. En France, l'indice des prix à la consommation a enregistré en avril une progression annuelle de 4,8%. Le mouvement de hausse, que l'on doit d'abord à l'énergie (+ 26,6%), gagne l'alimentation, avec une hausse de 6,6% des produits frais.

Il faudra faire des choix: celui de l'investissement devrait logiquement l'emporter sur celui de la consommation.

Pour trouver des chiffres plus élevés, il faut retourner à la fin de 1985. Autrement dit, aucun moins de 37 ans n'a vécu cela et pratiquement aucun moins de 45 ans ne peut s'en souvenir. Plusieurs générations découvrent ainsi ce qu'est vraiment l'inflation. Encore faut-il rappeler que la France affiche l'un des chiffres les plus faibles de la zone euro, où, selon les premières estimations d'Eurostat, la hausse des prix s'est établie à 7,5% en avril . Et aux États-Unis, elle a atteint 8,5% en mars (le chiffre d'avril ne sera disponible que le 11 mai).

Les banques centrales durcissent le ton

Ces hausses des prix promettaient déjà quelques difficultés pour les prochains mois. Les banques centrales pouvaient-elles laisser l'inflation gonfler ainsi sans réagir? Aucune d'entre elles dans les grands pays industrialisés ne montrait un grand enthousiasme pour agir. Face à la chute de l'activité provoquée par les mesures de confinement prises un peu partout dans le monde, leur principal souci au cours des deux dernières années avait été de soutenir l'économie et d'aider les États à se refinancer à un coût très faible voire nul en maintenant autour de zéro les taux d'intérêt à court terme comme à long terme. Il n'était pas question pour elles d'intervenir trop tôt et trop brutalement au risque de casser la reprise.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale a tout de même commencé à durcir sa politique monétaire et le discours de ses dirigeants laisse penser que les décisions à venir pourraient être plus sévères qu'on ne l'avait pensé. En Europe, la BCE durcit son discours, mais reste prudente. Face aux incertitudes actuelles, le conseil des gouverneurs n'écarte aucune option, explique Christine Lagarde. Il s'attend à ce que le taux d'inflation reste élevé au cours des prochains mois, mais constate que les anticipations d'inflation à plus long terme restent ancrées, pour le moment, autour de 2%, conformément à son objectif, ce qui justifie le refus de toute décision précipitée. Mais cela pourrait changer dès cet été.

Baisse de la production et flambée des prix

Problème: les hausses de taux vont intervenir à un moment où la croissance est déjà menacée. Au États-Unis, la première estimation de l'évolution du PIB au premier trimestre a surpris tout le monde, avec un recul de 1,4%. Beaucoup d'économistes essaient de se rassurer en soulignant que la demande reste forte, mais qu'elle n'a pu être satisfaite par la production nationale: c'est principalement la vigueur des importations qui expliquerait ce mauvais chiffre ainsi que l'incapacité des entreprises à reconstituer leurs stocks en raison des problèmes d'approvisionnement.

Quelle que soit l'évolution de la situation en Ukraine, les relations avec la Russie vont être durablement affectées.

Il n'empêche que cette publication a jeté un froid et renforcé le point de vue des plus pessimistes qui n'excluent pas une phase de récession dès cette année. Les marchés financiers, toujours décidés à n'accorder qu'une modeste attention aux mauvaises nouvelles depuis deux ans, ont réagi cette fois très négativement: en avril, aux États-Unis, l'indice Dow Jones a cédé 2,77%, le S&P 500 3,63% et le Nasdaq Composite 4,17%.

En France, on a été désagréablement surpris par l'annonce d'une croissance nulle au premier trimestre, du fait notamment d'un recul de 1,3% de la consommation des ménages. Dans la zone euro dans son ensemble, le ralentissement se confirme, avec une progression du PIB de seulement 0,2% après 0,3% au quatrième trimestre 2021; outre la stagnation française, on remarque un recul de 0,2% du PIB en Italie. Chris Williamson, chief business economist à S&P Global résume ainsi la situation dans l'industrie: «Le secteur manufacturier de la zone euro s'apprête à traverser une période difficile de baisse de la production et de flambée des prix.»

Vers des années difficiles

Face à ces chiffres, on peut considérer qu'il s'agit d'un passage à vide, d'une conjonction temporaire de facteurs négatifs. Mais si l'on regarde la réalité en face, force est d'admettre que les prochaines années risquent d'être difficiles.

La hausse des prix s'explique d'abord par celle de l'énergie et il est vain d'espérer une détente rapide. Quelle que soit l'évolution de la situation en Ukraine, les relations avec la Russie vont être durablement affectées par le conflit et l'Europe va rompre plus ou moins vite la totalité de ses liens avec elle concernant son approvisionnement en hydrocarbures. Les autres producteurs vont être fortement sollicités et les tensions sur les prix vont perdurer.

Cet épisode tragique va peut-être avoir une conséquence positive: l'accélération du développement des énergies renouvelables. Mais cette politique a un coût: il va falloir investir massivement pour créer de nouvelles unités de production d'énergie et transformer les installations qui utilisaient les énergies fossiles. À moins d'avoir une croissance extraordinaire du PIB permettant de financer à la fois une forte hausse de l'investissement et de la consommation, il faudra faire des choix: celui de l'investissement devrait logiquement l'emporter sur celui de la consommation.

Il ne sera pas possible de faire plaisir à tout le monde

Toutes ces difficultés à venir ont été complètement occultées pendant la campagne pour l'élection présidentielle et même si ce ne sont pas les plus démagogues qui l'ont emporté, les attentes sont fortes en matière de pouvoir d'achat, de dépenses dans l'éducation, la santé, etc. Or l'état des finances publiques n'est pas des plus brillants. En 2021, les dépenses publiques représentaient en France 59,2% du PIB, soit le pourcentage le plus élevé de toute l'Union européenne; il paraît difficile d'aller beaucoup plus haut.

Pour les recettes publiques, la France est également en pointe, au deuxième rang derrière le Danemark: les marges de manœuvre pour augmenter les prélèvements fiscaux et sociaux sont quasiment nulles. Pour la dette publique, la France n'est certes qu'au cinquième rang, avec 112,9% du PIB, il est encore possible de faire pire; mais, avec des taux d'intérêt qui repartent à la hausse, il serait tout de même plus raisonnable d'amorcer une lente décrue.

Bref, il faudra faire des arbitrages: pour les dépenses, toute hausse devra être compensée par des baisses, et une démarche parallèle s'imposera pour les recettes, les éventuelles baisses d'impôt devant être compensées par des hausses au détriment d'autres acteurs économiques ou d'autres catégories sociales.

Résumé de la situation: au cours des cinq prochaines années, il ne sera pas possible de faire plaisir à tout le monde. Il y aura forcément des gagnants et des perdants. Et même ceux qui ne perdront pas seront déçus parce qu'ils ne gagneront rien… On peut souhaiter beaucoup de courage au prochain gouvernement.

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