Santé

Faut-il médicaliser la ménopause?

Temps de lecture : 6 min

Les femmes se retrouvent souvent seules face aux changements que connaît leur corps: un accompagnement médical permet d'ouvrir le dialogue, de répondre à des interrogations et d'envisager un traitement médicamenteux s'il s'avère nécessaire.

Mais si les personnes ménopausées ne produisent plus d'œstrogènes, la ménopause n'est pas pour autant une pathologie. | Francisco Venâncio via Unsplash
Mais si les personnes ménopausées ne produisent plus d'œstrogènes, la ménopause n'est pas pour autant une pathologie. | Francisco Venâncio via Unsplash

Dans une interview accordée à Femme actuelle avant le premier tour de l'élection présidentielle, le président alors candidat Emmanuel Macron avait annoncé que s'il était réélu, il mettrait en place une consultation gratuite sur la ménopause: «Le bilan de santé à 45 ans sera pour les femmes l'occasion de faire un diagnostic large, incluant la prise en charge de la ménopause et ce qu'elle charrie de changements physiologiques et psychologiques.»

Est-ce vraiment nécessaire? Après tout, la ménopause n'est-elle pas un changement physiologique normal survenant chez toutes les personnes menstruées, sinon une invention culturelle? Récapitulons.

Quelques bases

Selon la définition donnée par l'Inserm, la ménopause correspond «à l'arrêt du fonctionnement ovarien, donc des règles. En général, elle survient entre 45 et 55 ans, avec une moyenne autour de 50 ans.» Cet arrêt, qui est parfois accompagné de symptômes tels que les bouffées de chaleur, survient du fait d'un arrêt progressif de la production des hormones progestérone et œstrogène. Cette période de transition hormonale, appelée «périménopause», peut, elle aussi, être source de différents symptômes plus ou moins invalidants, comme une exacerbation du syndrome prémenstruel ou des sueurs nocturnes.

En outre, l'arrivée dans la cinquantaine apporte son lot d'autres changements qui, s'ils sont concomitants à l'arrêt des règles, n'en sont pas la conséquence, comme une baisse de la libido ou un syndrome dépressif.

Mais si les personnes ménopausées ne produisent plus d'œstrogènes, la ménopause n'est pas pour autant une pathologie. «C'est une erreur de considérer que la ménopause est une maladie de carence hormonale comme l'est l'hypothyroïdie», insiste la gynécologue-obstétricienne Danielle Hassoun.

Faut-il alors consulter quand on n'est pas malade mais que l'on affronte une période de changement hormonal ou que l'on s'apprête à le faire?

Consulter pour s'informer

Pour toutes les personnes que nous avons interrogées, la réponse est «oui». «Je suis pour à 100%», déclare Sophie Kune, autrice du livre Ménopausée et libre! et du compte Instagram Menopause Stories, où elle propose des discussions débridées sur la ménopause. «De nombreuses femmes se prennent la ménopause en plein dans la gueule sans trop savoir ce qui leur arrive. Elles sont, par exemple, confrontées à des sautes d'humeur ou à un trouble dépressif sans savoir pourquoi. Il faut qu'elles puissent en parler et être écoutées.»

Même son de cloche du côté des professionnelles: «Cette consultation me paraît plus que nécessaire», affirme Brigitte Letombe, gynécologue et membre du comité scientifique du Groupe d'étude sur la ménopause et le vieillissement hormonal (GEMVI). Elle explique: «Les femmes ont souvent une certaine angoisse lorsqu'elles s'approchent de cette période. C'est important de les laisser s'exprimer et poser des questions, d'autant que l'information sur la ménopause sur le plan sociétal est absolument déplorable.»

Danielle Hassoun abonde dans son sens, tout en nuançant: «L'idée n'est pas tant de médicaliser la ménopause que d'offrir un temps d'écoute aux femmes.»

En effet, la ménopause draine, en plus des modifications physiologiques, son lot de préjugés et de représentations négatives. «Il y a un héritage de la domination masculine qui suppose qu'une femme qui n'a plus ses règles ne serait plus une femme, qu'elle ne serait plus féminine», déplore Danielle Hassoun. Et d'ajouter: «Certaines femmes trouvent que vieillir est simplement inacceptable!» Car la ménopause marque aussi dans l'esprit de beaucoup l'entrée dans le vieillissement, qui peut être difficile à gérer compte tenu de l'âgisme de notre société.

«C'est parfois une période difficile pour les femmes qui auraient voulu des enfants et qui n'en ont pas eu», remarque Brigitte Letombe. En outre, la cinquantaine est souvent un âge charnière, celui où ses propres parents déclinent et décèdent, et où les enfants quittent le foyer. Un accompagnement psychologique pourrait alors être pertinent.

Accompagner les changements

Enfin, en lui-même, l'âge est un facteur de modifications physiologiques qui exigent une vigilance accrue concernant l'hygiène de vie. «C'est le bon moment pour rediscuter des règles hygiéno-diététiques, et promouvoir l'importance de l'activité physique et d'une alimentation équilibrée», souligne Danielle Hassoun.

C'est aussi le bon moment pour parler sexualité puisque si le désir ne disparaît pas –contrairement à la terrible idée reçue qui voudrait qu'une personne ménopausée n'ait plus aucune vie sexuelle–, il évolue et est parfois modifié par des perturbations physiologiques comme la sécheresse vaginale. «Il faut pouvoir en parler ouvertement», suggère Danielle Hassoun.

Ainsi donc, on pourrait espérer une consultation ménopause qui aborde autant la possible symptomatologie (rappelons que seules 20% des personnes en périménopause et en ménopause éprouvent des symptômes qui affectent franchement leur qualité de vie) que l'hygiène de vie et la sexualité. On pourrait alors rêver que les personnes concernées puissent échanger avec cinq professionnel·les de santé: médecin généraliste, gynécologue, nutritionniste, psychologue et sexologue.

Mais restons raisonnables et imaginons déjà une consultation longue et gratuite, construite comme un rendez-vous où la personne se sent libre de poser toutes les questions qu'elle souhaite. Le fait est que les femmes CSP+ ont d'ores et déjà accès à tous ces spécialistes mais que les plus précaires, les moins informées mais aussi celles qui vivent dans des déserts médicaux en sont exclues de fait. C'est bien là que ces consultations gratuites et proposées à toutes les personnes en périménopause prendraient tout leur sens.

Et les médicaments?

Un point reste en suspens: faut-il traiter la ménopause par des médicaments, et tout particulièrement par des traitements hormonaux? «C'est le seul traitement efficace contre les bouffées de chaleur et dans une moindre mesure, contre les douleurs articulaires –et uniquement sur ces symptômes précis: ils sont inefficaces pour les troubles de l'humeur», explique Danielle Hassoun. Reste qu'il existe des inconvénients associés à ce type de traitement et qu'il convient de chercher la balance bénéfices/risques la plus favorable.

Sur ce point, les avis médicaux divergent. Certains médecins, parfois ouvertement attachés aux laboratoires pharmaceutiques par des liens d'intérêt, se montrent assez prosélytes, estimant que l'on ne prescrit pas assez alors que de nombreuses femmes pourraient voir leurs symptômes supprimés. D'autres se montrent extrêmement méfiants envers les traitements en raison notamment d'une hausse du risque du cancer du sein, de phlébite et d'embolie pulmonaire (risque thromboembolique).

Du côté des personnes en périménopause, on observe une même polarisation: «Une minorité trouve insupportable le fait de vieillir et voit dans les traitements hormonaux une panacée pour rester jeunes. D'autres refusent inexorablement tout traitement alors même qu'elles souffrent de bouffées de chaleur très prononcées», décrit Danielle Hassoun. «C'est difficile d'y voir clair», estime Sophie Kune, qui nous confie elle-même hésiter depuis un moment sans trop savoir comment se positionner sur la question.

Pour faire le point, le mieux est de se fier aux études scientifiques les plus solides. Agnès Fournier, épidémiologiste à l'Inserm et à l'Institut Gustave-Roussy, développe: «Les traitements hormonaux de la ménopause donnés aux femmes qui ont toujours un utérus contiennent des œstrogènes et un progestatif afin de diminuer le risque de cancer de l'utérus. Mais ils augmentent le risque de cancer du sein. Toutefois, ce risque diminue très fortement dès l'arrêt du traitement. Les chercheurs ont nettement constaté une diminution des cancers du sein dès lors que les médecins ont cessé de prescrire massivement des traitements hormonaux de la ménopause aux femmes de plus de 50 ans.» Concernant le risque thromboembolique, en privilégiant une administration par patchs et en initiant le traitement assez jeune, on parvient largement à le diminuer.

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Alors, que faire? «Ce n'est en aucun cas notre rôle de médecin que de donner un traitement lorsque la patiente n'en a pas besoin», assure Danielle Hassoun. Haro, donc, sur la médicalisation et la prise d'hormones systématique. La gynécologue préfère s'en tenir aux recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS): «Je n'hésite pas à prescrire des traitements hormonaux aux femmes dont les bouffées de chaleur gâchent la vie. Nous n'avons que cela à proposer, de toute façon. On donne la dose minimale, le moins de temps possible. La balance bénéfices/risques est alors plus que favorable.»

Ce sont là également les recommandations de la revue médicale indépendante Prescrire: «Si un traitement hormonal est envisagé, il est préférable qu'il soit le plus court possible et à la dose efficace la plus faible.» L'idée est toujours de privilégier la mise en place de mesures non médicamenteuses et hygiéno-diététiques, et de ne recourir aux traitements hormonaux qu'en dernier lieu.

À noter, enfin: les pilules miracles, infusions et autres granules qui fleurissent en rayon parapharmacie n'ont que peu (sinon pas) d'efficacité. Comme l'indique Prescrire, certains compléments alimentaires à base de bêta-alanine peuvent même exposer à des paresthésies, quand ceux contenant de la cimicifuga racemosa exposent à des atteintes hépatiques graves, des réactions allergiques et des troubles digestifs. Prudence, donc.

Alors, verdict? On dit «oui» à une consultation ménopause qui ouvre le dialogue et laisse les personnes abordant cette période poser leurs questions et exprimer leurs inquiétudes, mais «non» à une médicalisation systématique.

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