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Ces Ukrainiens qui ont noyé leur propre village pour repousser l'armée russe

Temps de lecture : 2 min

L'eau a été libérée depuis un barrage dans le but de stopper l'avancée des troupes ennemies, noyant Demydiv au passage.

Deux mois après l'inondation, les habitants de Demydiv sont toujours en train de réparer les dégâts. | Capture d'écran Starlight News via YouTube
Deux mois après l'inondation, les habitants de Demydiv sont toujours en train de réparer les dégâts. | Capture d'écran Starlight News via YouTube

Imaginez un village aux prises avec les conséquences d'une inondation désastreuse, essayant de récupérer tout ce qui peut l'être –de la boîte de cornichons aux tapis trempés– dans un pays déjà ravagé par la guerre. À Demydiv en Ukraine, les habitants semblent pourtant assez satisfaits de la situation: «On a sauvé Kiev», clame l'une d'entre eux. Le New York Times s'est intéressé à l'inondation intentionnellement provoquée pour ralentir un assaut de chars russes dans ce village proche de la capitale.

C'était deux jours après le début de la guerre en Ukraine, le 25 février 2022. La tactique qui a consisté à noyer Demydiv et ses alentours afin de ralentir l'avancée de l'armée de Vladimir Poutine s'est révélée plutôt efficace, car elle a donné à l'armée ukrainienne un temps précieux pour préparer sa défense. Antonina Kostuchenko, une habitante du village, l'affirme: «Tout le monde comprend et personne ne regrette un instant.»

Depuis le début de la guerre, le pays a sacrifié son propre territoire pour essayer de ralentir l'invasion, parfois en détruisant d'importantes infrastructures, comme des ponts ou des aéroports. À Demydiv, c'est un barrage hydroélectrique qui a été ouvert pour piéger les colonnes de chars ennemies.

Politique de la terre brûlée

La politique de la terre brûlée (une tactique de destruction de l'environnement et des ressources pour empêcher l'ennemi d'avancer) a joué un rôle très important dans la protection de Kiev, selon plusieurs experts militaires. D'après le ministre des Infrastructures Oleksandr Kubrakov, plus de 300 ponts ont été détruits en Ukraine jusqu'à maintenant. Dans les premiers jours de l'invasion, quand les Russes ont tenté de prendre un aéroport proche de Kiev, l'armée a bombardé les pistes d'atterrissage pour les rendre impraticables.

«Notre armée a très bien utilisé l'ingénierie du pays, déclare le ministre. Cela s'est fait partout dans les premiers jours, et maintenant, ça se passe dans le DonbassMalheureusement, cette tactique, aussi efficace soit-elle, a un coût immense pour le pays. L'armée russe détruisant elle aussi une partie du territoire, la reconstruction nécessaire d'après-guerre s'annonce très coûteuse: au bout de deux mois de guerre, elle est déjà estimée à 85 milliards de dollars (environ 80,8 milliards d'euros) par le gouvernement ukrainien.

Deux mois après l'inondation, les habitants de Demydiv sont toujours en train de réparer les dégâts. Certains se déplacent sur des canots pneumatiques et la boue a envahi une grande partie de leurs terrains.

Les forces russes ont tenté une demi-douzaine de fois de traverser la zone devenue marécageuse, sans succès. La tactique a permis de protéger Kiev, mais aussi Demydiv qui n'est jamais devenu une ligne de front, bien qu'occupé par les Russes. Si certains habitants se plaignent de la lenteur du nettoyage, de nombreux autres se sont réunis pour assécher les maisons, faisant preuve d'une étonnante bonne humeur. Beaucoup, à l'instar de Roman Bykhovchenko, un homme d'une soixantaine d'années, soutiennent: «Ça en valait la peine.»

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