Santé

Le SPM, un calvaire mens(tr)uel encore mal connu

Temps de lecture : 5 min

Cette affection, qui touche un nombre conséquent de femmes, est pourtant méprisée par le corps médical et mal connue par les personnes susceptibles d'en souffrir.

«Des bouffées de chaleur pendant la nuit, des crampes insoutenables à en faire des malaises, des vertiges, des nausées, une perte d'appétit… Un vrai calvaire.» | Piqsels
«Des bouffées de chaleur pendant la nuit, des crampes insoutenables à en faire des malaises, des vertiges, des nausées, une perte d'appétit… Un vrai calvaire.» | Piqsels

«Chaque mois, c'est pareil: quelques jours avant le début de mon cycle, plus rien ne va, je suis au fond du trou, avec l'impression qu'il n'y a aucune issue. Comme j'ai déjà connu des épisodes dépressifs, c'est hyper angoissant car j'ai peur de replonger. Mais tout se dissipe avec l'arrivée de mes règles.»

Comme Élodie, 35 ans, ce sont entre 20 et 50% des personnes menstruées qui souffrent d'un syndrome prémenstruel (SPM) de sévérité variable, et 5% d'un trouble dysphorique prémenstruel, la forme la plus sévère. Pour beaucoup, c'est un véritable calvaire. «Je ne suis plus moi-même pendant une semaine», nous explique l'une d'elles.

Les symptômes sont multiples et variables selon les personnes. Leur point commun: ils apparaissent trois à sept jours avant l'arrivée des règles et disparaissent dès que celles-ci arrivent.

Calvaire

«Je souffre de syndrome prémenstruel depuis des années», raconte Mina, 48 ans. «Au programme chaque mois: crampes, nausées, douleurs jusque dans les jambes, arythmies, rétention d'eau…» Un SPM qui la mine, à tel point qu'elle affirme: «Je hais mon cycle hormonal, et mon regret c'est de ne pas m'être fait enlever les ovaires quand j'étais plus jeune.» De son côté, Lou, jeune homme trans de 24 ans non hormoné, rapporte: «Des bouffées de chaleur pendant la nuit, des crampes insoutenables à en faire des malaises, des vertiges, des nausées, une perte d'appétit… Un vrai calvaire.»

Les symptômes physiques sont les plus couramment évoqués et connus: maux de ventre, rétention d'eau, prise de poids, migraines, mal de dos, aggravation des allergies… et une immense fatigue. «Je peux avoir des coups de barre qui font que je suis obligée de m'allonger et dormir, car mon corps me le demande: il devient lourd et je suis subitement épuisée», témoigne Elsa, 39 ans.

«Cet épuisement me gagne d'un coup, et peut me conduire à dormir deux à quatre heures d'affilée en pleine journée sans que je puisse lutter», ajoute-t-elle. La jeune femme, qui travaille depuis son domicile, se demande comment font les personnes qui doivent gérer un SPM en allant travailler chaque matin dans un bureau.

Le SPM est longtemps resté un tabou, sinon un trouble mis sur le dos de cette hystérie supposée frapper quiconque possède un utérus.

Au-delà des manifestations physiques, les symptômes psychiques sont encore davantage tabous. Pourtant, ils peuvent être extrêmement lourds, avec même parfois des conséquences sur la vie sociale, professionnelle, amoureuse et familiale. «Au cours du SPM, mon humeur plonge, des pensées très négatives me viennent. J'ai également des crises d'hyperphagie. Et puis je perds toute motivation: même aller à mon cours de danse adoré me coûte énormément», raconte Marion, 29 ans.

«Je suis dans un état où je suis constamment excédée», explique Corinne, 50 ans. «Médecin, je me retrouve à être de très mauvaise humeur avec mes patients», déplore-t-elle. Quant à Louise, 43 ans, elle est frappée par des crises de larmes intempestives: «Je chiale. Mais vraiment. Je peux passer deux heures à pleurer sans m'arrêter pour un truc sans importance.» Tout comme Elsa qui explique pouvoir fondre en larmes parce qu'elle a «raté la cuisson des pâtes».

Un torrent de non-dits

Comme de nombreuses affections dites féminines, le SPM est longtemps resté un tabou, sinon un trouble mis sur le dos de cette hystérie supposée frapper quiconque possède un utérus. Certes, les choses ont évolué, notamment avec l'inscription du trouble dysphorique pré-menstruel dans le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques, édité par l'Association américaine de psychiatrie). Celui-ci aura eu le mérite d'attire l'attention des chercheurs et chercheuses et des médecins sur le SPM. Mais il n'en reste pas moins que les personnes qui en souffrent se retrouvent bien souvent dans une impasse thérapeutique.

Le Pr Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de l'Unité de médecine sexuelle et sexologie aux Hôpitaux universitaires de Genève, raconte: «Je reçois très régulièrement des personnes désespérées, en grande souffrance physique et psychologique. Elles viennent parfois de loin parce que les médecins généralistes et les gynécologues sont souvent très mal formés et n'ont aucune solution à apporter.»

«Il s'agit véritablement d'un trouble neurobiologique causé par les variations hormonales au cours du cycle.»
Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de l'Unité de médecine sexuelle et sexologie aux Hôpitaux universitaires de Genève

Il déplore également la tendance des psychologues et même des psychiatres à user «d'explications psychanalytiques supposant que le syndrome prémenstruel correspondrait à un refus de la féminité» ou à traiter ce trouble comme une dépression alors qu'il n'en est rien. «On a même souvent dit aux personnes qui souffrent de SPM qu'elles inventaient leurs symptômes!» s'insurge le spécialiste. Alors, à force de sous-estimer, de nier ou de mal comprendre le phénomène, elles se retrouvent pour le moins méprisées par la médecine.

Pourtant, comme l'explique le Pr Francesco Bianchi-Demicheli, on comprend de mieux en mieux les mécanismes du SPM: «Il s'agit véritablement d'un trouble neurobiologique causé par les variations hormonales au cours du cycle. Il semblerait notamment que le pic de progestérone qui survient après l'ovulation engendre des dérèglements de la sérotonine et de la mélatonine.»

Parades

Alors que faire? Dans un premier temps, il convient de tenir sur deux ou trois cycles un carnet de bord pour noter ses symptômes. Cela permettra au médecin consulté de pouvoir évaluer le trouble. Ensuite, le Pr Francesco Bianchi-Demicheli propose de s'attaquer au problème par paliers. Tout d'abord, il invite à travailler sur l'hygiène de vie: «Ce qui marche, explique t-il, c'est de pratiquer un exercice physique intense avec un vrai plan d'entraînement. Il faut vraiment que ce soit sportif!»

En outre, il conseille de «réduire le stress, limiter sa consommation d'alcool, de caféine et de sucres rapides, et faire en sorte de bien dormir». Toujours dans le registre des traitements non-médicamenteux, le spécialiste incite à consulter un ou une psychologue et à s'initier à des méthodes de relaxation. Il propose également d'essayer de se supplémenter en magnésium et en calcium, seuls compléments alimentaires qui semblent avoir un véritable effet sur les symptômes du SPM –méfions-nous des promesses des laboratoires de parapharmacie adeptes du «cherry picking».

Dans le cas où les symptômes résistent, Francesco Bianchi-Demicheli prescrit des antidépresseurs de la famille des sérotoninergiques, soit en continu, soit de manière plus atypique, par phases, afin de réguler les niveau de sérotonine. Enfin, il déconseille les traitements et interventions visant à supprimer le cycle menstruel, qu'il s'agisse de pilule prise en continue, ou, de manière plus radicale, l'ovariectomie.

Aujourd'hui, il importe que le corps médical conscientise les troubles péri-menstruels, qu'il écoute les personnes concernées en mettant de côté les stéréotypes hérités de conceptions biaisées, et qu'il se forme. Il importe également que les personnes qui souffrent de SPM osent pousser la porte de spécialistes et qu'elles puissent évoquer leur trouble auprès de leurs proches.

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