Médias / Monde

Le second tour vu par la presse étrangère: après le soulagement, la mise en garde

Temps de lecture : 3 min

Bien que rassurés par la victoire d'Emmanuel Macron, les journaux occidentaux appellent à la plus grande vigilance des politiques français face à une France fracturée.

Pour le Wall Street Journal, le président sortant devra «faire face au défi d'unir une nation profondément divisée». | Digital Buggu via Pexels
Pour le Wall Street Journal, le président sortant devra «faire face au défi d'unir une nation profondément divisée». | Digital Buggu via Pexels

«Ouf!» Voici ce qu'écrivait le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung deux heures après l'annonce des premières estimations du second tour de la présidentielle donnant Emmanuel Macron gagnant avec 58,54% des voix face à Marine Le Pen. Car si cette soirée électorale a bien évidemment été décortiquée par les rédactions françaises, elle n'a pas non plus manqué de faire réagir la presse étrangère.

Le «soulagement des alliés»

À l'image de l'interjection utilisée par le journal allemand, c'est d'abord un sentiment d'apaisement qui se fait ressentir au travers des pages des journaux étrangers. Outre-Manche, le Guardian parle d'une victoire qui a «déclenché le soulagement des alliés», énumérant par la même occasion tous les messages de félicitations envoyés par différents leaders politiques à l'attention du président français. Le journal britannique envisage par ailleurs la réélection du chef de l'exécutif comme une «victoire de la démocratie libérale» à plus grande échelle.

CNN va jusqu'à parler d'un «soulagement pour l'Occident».

Outre-Atlantique, on observe des réactions similaires. Le New York Times voit par exemple le résultat du scrutin comme «un soulagement pour les alliés en Europe et à Washington qui se méfiaient d'un challenger d'extrême droite hostile à l'Union européenne et à l'OTAN». La question de l'OTAN, comme celle de la guerre en Ukraine, revient également dans les pages du Los Angeles Times. Celui-ci rappelle que «Le Pen [...] avait suscité des interrogations pendant la campagne en raison de sa précédente amitié avec le Kremlin», et estime, non sans soulagement, que «la puissance nucléaire ne changera pas brusquement de cap au milieu de la guerre en Ukraine». Une victoire que CNN considère par ailleurs comme un «gros coup pour Poutine».

Un sentiment de victoire partagé

«L'enjeu d'une élection dans un pays européen n'a jamais été aussi élevé», écrit le quotidien italien le Corriere della Sera au lendemain de l'élection. «Et jamais, comme hier, ne nous a touchés d'aussi près, nous tous, Européens.» Cette idée de victoire européenne est également retranscrite dans les pages du journal espagnol El País, qui estime que la réélection d'Emmanuel Macron est «une bonne nouvelle pour la France et pour l'Europe», ajoutant par ailleurs que «les démocraties sont exposées à tomber entre les mains des extrêmes. Empêcher ceci est la tâche principale de Macron dans son second mandat. Pour la France, et pour l'Europe.»

El País se pose la question suivante: comment «gouverner sans être aimé»?

Nos voisins belges semblent également relâcher la pression dans La Libre: «On respire! C’est lui qui a gagné, pas elle. Quel soulagement, pour la France et pour l’Europe.» Dans les rédactions américaines, tandis que CNN va jusqu'à parler d'un «soulagement pour l'Occident», le New York Times félicite la France d'avoir «rejeté une candidate hostile [...] à l'Union européenne, aux États-Unis, et à ses valeurs fondamentales». «Les démocraties du monde ont évité une nouvelle crise majeure», conclut le journal new-yorkais.

Réparer la politique française

Mais si la presse étrangère semble être rassérénée par ce dénouement, une inquiétude subsiste, notamment parce que ce second tour a été révélateur des fractures idéologiques au sein de la société française. Face à ce que le Corriere della Sera considère comme une «longue marche de normalisation des extrêmes», le Wall Street Journal rappelle que le président sortant devra «faire face au défi d'unir une nation profondément divisée sur les lignes économiques et générationnelles». De la même manière, El País n'hésite pas à parler d'une «France fracturée», tandis que Süddeutsche Zeitung utilise le terme «déchirure».

De même, Politico alerte sur la nécessité de «réparer la politique française» face à la montée de l'extrême droite, et Vox estime que, malgré la victoire d'Emmanuel Macron, «la politique [française] reste toujours brisée». Enfin, face au grand nombre de Français ayant voté en faveur du président sortant pour faire barrage au Rassemblement national, El País se pose la question suivante: comment «gouverner sans être aimé»?

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