Que deviennent les animaux abandonnés dans les ruines de l'Ukraine?
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Que deviennent les animaux abandonnés dans les ruines de l'Ukraine?

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Jean-Baptiste Bornier Jean-Baptiste Bornier

Depuis que la Russie a envahi l'Ukraine le 24 février dernier, près de 700.000 animaux de compagnie ont été laissés sur place. Quelques jours après le début du conflit, l'ONG PETA a envoyé deux équipes, allemande et anglaise, pour s'occuper d'eux.

Samedi 27 mars, à minuit, trois membres de PETA Allemagne et quatre volontaires sont à table, dans leur gîte, à une quarantaine de kilomètres du poste frontière de Médyka, en Pologne. Ils se concertent autour de leurs assiettes pour trouver un nouveau chemin afin de conduire des animaux ukrainiens blessés plus à l'ouest de l'Europe.

«Passer le côté ukrainien n'est pas difficile, c'est juste long, ça peut prendre entre une et six heures. En revanche, les douaniers polonais n'apprécient pas de voir des dizaines de cages. Ils pensent qu'on ramène les animaux en Allemagne pour les revendre sur le marché noir. Et ils ont peur qu'ils ne soient pas vaccinés contre la rage», explique Max, qui a réalisé une vingtaine d'allers-retours depuis que le groupe s'est installé en Pologne.

Monic, au centre, prépare un plan pour que tous les membres de l'équipe puissent comprendre leur rôle et où ils doivent se rendre. | Jean-Baptiste Bornier / Collectif DR

Quelques heures auparavant, ils ont tenté de se rendre à Lviv, à soixante kilomètres de la frontière. Monic, Timothée et Maxime ont dû faire demi-tour à seulement quelques dizaines de minutes de la ville. «Nos contacts sur place nous ont prévenu que Lviv était en train de se faire bombarder par les Russes», soupire Timothée. En fait, Vladimir Poutine a ciblé un dépôt de carburant à l'est de la ville, faisant cinq blessés. Une nouvelle tentative aura lieu le lendemain, l'équipe devra prendre en charge près de trente chiens et quinze chats. En attendant, chacun finit son assiette préparée par Yann, un des volontaires chargé de l'intendance, avant d'aller se coucher. Le lendemain, une grosse journée les attend.

À travers l'Europe de l'Est

Le dimanche, comme chaque jour, le réveil se fait à 7h30, chacun déjeune et prépare son repas pour la journée: «On sait quand on part, mais jamais quand on revient», insiste Monic. Dans sa main droite, le plan réalisé la veille au soir indique à chaque équipe sa mission. L'objectif, aujourd'hui, est donc de passer le poste frontière de Médyka, et de récupérer les animaux quinze kilomètres plus loin dans un terrain vague, «pour éviter tout problème avec l'armée», ajoute Monic. Deux membres de l'association ukrainienne Animal Rescue Kharkiv acheminent les animaux jusqu'aux membres de PETA.

L'association bénéficie d'un lieu de stockage pour la nourriture et les cages à Przemysl. Timothée charge des caisses pour les chiens. | Jean-Baptiste Bornier / Collectif DR

Il faut environ une heure pour passer la frontière. Une fois arrivés au point de rendez-vous, les membres de l'association ukrainienne, Yarina et Oskar sont déjà là. Impossible de les louper, les chiens aboient à la mort: «Plusieurs étaient dans des refuges, sous les bombardements à Kiev et Kharkiv. On en a quelques-uns de brûlés, d'autres simplement traumatisés par la violence des combats», soupire Yarina.

L'odeur prend aussi à la gorge. Il a fallu plusieurs heures au duo pour arriver jusqu'ici avec les chiens et les chats, ces derniers se trouvant dans leurs excréments durant une bonne partie du trajet. «On n'a pas le choix, on ne peut pas faire autrement. C'est dur à voir, mais il faut se dire qu'après ils seront en sécurité et soignés», souligne-t-elle. «Ils peuvent faire jusqu'à 48 heures de route en quelques jours. C'est traumatisant pour eux, mais pas autant que les bombardements. C'est un petit prix que je suis prête à payer pour leur confort», explique Yarina.

Un chien brûlé après un bombardement à Kiev. | Jean-Baptiste Bornier

Il faut un peu plus d'une heure et demie pour transférer chaque animal dans une autre caisse propre, puis les installer tous dans les voitures. Il est 14h quand le convoi, composé de trois véhicules, prend la route pour longer la frontière ukrainienne en direction d'un poste frontière en Roumanie. «Nous avons un contact influent en Roumanie qui a appelé le poste pour qu'ils nous laissent passer, relève Yarina. Sinon, avec autant d'animaux, nous n'aurions jamais pu.»

Les routes sont en mauvais état. Par endroit, il faut pratiquement quarante-cinq minutes pour faire dix kilomètres. «On ne peut pas se permettre de rouler vite avec toutes les bêtes à l'arrière», commente Yarina. Le petit groupe passe donc par la Roumanie, la Hongrie et enfin la Slovaquie avant de revenir en Pologne. Il aura fallu pratiquement quinze heures de route pour revenir à Médyka, alors que cela n'aurait pris que deux heures en passant par le poste frontière Ukraine/Pologne. Chacun a pris le volant à tour de rôle pour ne faire que quelques pauses, le temps de manger et de se reposer une dizaine de minutes. Mais une fois arrivés sur place, la fatigue et la tension laissent place à la joie. Tous sont heureux d'avoir pu réaliser la mission.

Trois véhicules sont nécessaires pour transporter les animaux. Chacun a été mis dans une cage propre pour un minimum de confort. | Jean-Baptiste Bornier / Collectif DR

Il est 9h du matin quand trois membres de l'association lituanienne LionHeart arrivent afin de prendre en charge les animaux et les conduire dans leur refuge. «Une fois sur place, on les soigne, on prend soin d'eux et on leur trouve une nouvelle famille», explique Ingrè, à la tête de l'association. Neuf heures de route supplémentaires attendent encore ces animaux venus du cœur de l'Ukraine, mais ils voyageront dans des caisses plus grandes, et surtout propres. Le reste de la journée, chacun peut faire ce qu'il veut: le plus souvent une douche et une sieste avant la réunion du soir pour programmer les opérations des jours suivants. «On doit faire un maximum avant samedi puisque nous revenons tous en Allemagne dimanche. En un mois, on a sauvé pratiquement 1.000 chiens et chats», sourit Monic.

Les sirènes retentissent

Le mardi 29 mars, la mission s'annonce relativement simple. Faire un aller-retour entre Médyka et Lviv pour récupérer sept chats. L'équipe arrive aux alentours de 15h dans un des quartiers au sud de la ville. Les chats sont dans une cave. C'est Yustina, une jeune Ukrainienne, qui a décidé de rendre service en les accueillant. À peine quelques minutes après l'arrivée des membres de PETA, les sirènes pour prévenir des bombardements sonnent. «Il ne manquait plus que ça», soupire Youstina alors qu'elle tente de récupérer un chat caché. Finalement, les sept félins sont placés dans les voitures en quelques minutes et le convoi repart. «On va tenter un nouveau poste frontière, plus au nord de Prezmysl et Médyka», explique Yan.

Il faut une heure et demie pour y arriver. Une fois sur place, le stress est présent, mais la première voiture passe. La deuxième, qui contient seulement trois chats, est bloquée. «Le problème, c'est que les passeports sont aux noms des propriétaires ukrainiens et comme nous sommes allemands ça ne passe pas.» Les décisions sont assez aléatoires à la frontière. Une voiture peut passer, mais la deuxième non. Max et Marie doivent donc faire demi-tour pour essayer de franchir un autre poste frontière. Ils devront rouler toute la nuit, faire demi-tour à Lviv, trouver un hôtel. Le lendemain, ils ont confié les chats à des réfugiés ukrainiens. Ces derniers ont pu passer la frontière, puis redonner les chats une fois en Pologne.

«Un havre de paix»

Quand ils ne sont pas emmenés par une autre association, les chats et chiens sont pris en charge en Pologne dans une clinique, puis transférés dans des refuges. Joanna a décidé de créer le sien à quelques kilomètres de Przemysl: «Un petit havre de paix où nous prenons soin de ces pauvres bêtes.» Près de 120 chiens et 60 chats sont accueillis avant de trouver une nouvelle famille. «Je m'assure de rencontrer les personnes intéressées et de me rendre chez elles pour m'assurer que les animaux auront une vie agréable», précise Joanna.

Joanna, propriétaire du refuge, a employé douze salariés pour s'occuper des animaux et réaliser des aménagements. | Jean-Baptiste Bornier / Collectif DR

«Il s'agit de l'opération la plus importante jamais organisée en Europe par PETA», insiste Dan, l'homme derrière toute l'organisation logistique et opérationnelle du petit groupe. C'est lui qui a mis tout en place, trouvé le gîte, les voitures et les lieux de stockage pour les cages et la nourriture. «Mais comme il est de plus en plus difficile de traverser la frontière polonaise avec des animaux, nous devons partir», déplore-t-il. La majorité des membres du groupe est donc rentrée en Allemagne, tandis qu'une autre opération a pris place en Hongrie, où il est plus facile d'organiser le sauvetage des animaux.

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