Santé / Sciences

On ne sait toujours pas vraiment expliquer le mal des transports, mais on sait comment le limiter

Temps de lecture : 4 min

Deux théories tentent d'expliquer la cinétose et de proposer quelques conseils pour minimiser les risques…

Se concentrer sur le paysage qui défile peut réduire les symptômes. | Feliphe Schiarolli via Unpslash
Se concentrer sur le paysage qui défile peut réduire les symptômes. | Feliphe Schiarolli via Unpslash

Si vous souffrez du mal des transports (ou cinétose), ce n'est souvent pas que dans un unique type de véhicules… Alors que certains peuvent lire des magazines ou cartes routières et jouer sur leur téléphone, d'autres passent le voyage à essayer désespérément de surmonter vertiges, étourdissements, nausées et vomissements.

Autant de symptômes qui transforment les longs trajets en cauchemar, sans qu'on sache vraiment pourquoi quelques privilégiés s'en tirent sans encombre –ou pourquoi l'on peut parfois être malade en voiture, mais pas en avion, en train, en bateau, etc.

Il existe deux théories qui tentent d'expliquer ce qui se passe.

La théorie du conflit sensoriel avance que le système d'équilibre joue un rôle clé dans le mal des transports. Elle s'appuie sur le fait que l'équilibre n'est pas maintenu par un seul organe sensoriel: il combine en fait ce que nous voyons et ressentons avec les informations fournies par l'organe de l'équilibre situé dans notre oreille interne –un ensemble de données variées qui nous permet de déterminer exactement où nous nous trouvons.

Si les informations provenant de nos yeux, de nos oreilles internes (structure profonde de l'oreille, réunissant organes de l'audition, la cochlée, et de l'équilibre, le système vestibulaire) et de nos sens du toucher ou de la pression ne concordent pas, nous pouvons nous sentir déséquilibrés ou instables.

Concernant le mal des transports, on pense qu'il peut être causé par un décalage entre les différentes informations fournies par nos sens: nos yeux et notre oreille interne indiquant à notre corps que nous sommes en mouvement, alors que nous sommes en réalité assis à l'arrêt.

C'est également la raison pour laquelle moins nous subissons de décalage sensoriel dans un véhicule, moins nous risquons d'être affectés. Par exemple, voyager en voiture sur une route lisse et droite provoquera moins de décalage sensoriel qu'un trajet sur une route sinueuse parsemée de nids de poule.

Cette explication est actuellement considérée comme la plus solide, même si nous essayons toujours de comprendre les mécanismes cérébraux à l'origine du mal des transports.

Mais il existe une autre théorie apparentée qui suggère un rôle du contrôle de la posture. En l'occurrence, elle propose que le mal des transports ne se produirait pas tant en raison du décalage dans nos informations sensorielles, mais plus de notre incapacité à ajuster notre posture pour le réduire. D'où la nausée résultante. Bien que cette théorie soit logique (nous ne pouvons en effet pas toujours compenser les aléas d'un voyage), elle n'est pas encore étayée par beaucoup de travaux.

Raisons multiples à un mal (pas si) universel

Le mal des transports affectant les gens différemment, il n'y a pas de raison unique à sa survenue –qui plus est, plus ou moins prononcée et fréquente. Mais les différences dans le fonctionnement des systèmes de vision et d'équilibre d'une personne influent sur ce qu'elle peut ressentir dans l'un ou l'autre type de véhicules.

Certains troubles (les migraines, les maladies de l'oreille interne comme la maladie de Ménière) augmentent la probabilité de souffrir du mal des transports. L'âge et le sexe peuvent également jouer: certaines recherches suggèrent que le phénomène est à son apogée vers 9 ou 10 ans et qu'il est plus fréquent chez les femmes. Cependant, on ne sait pas encore vraiment pourquoi…

Le type de véhicule a également une certaine influence sur le degré de nausée qu'une personne peut éprouver. De manière générale, tout facteur qui augmente le décalage entre les informations fournies par ceux de nos sens participant à notre équilibre augmentera également le risque de mal des transports. Plus l'expérience dure et plus le décalage est important, plus les symptômes sont graves.

Par exemple, voyager sur un petit bateau dans une tempête pendant huit heures provoquera des symptômes lourds, alors qu'un voyage d'une heure en train aura probablement peu d'effet, même si la voie n'est pas parfaitement lisse.

De nombreuses personnes déclarent également avoir le mal des transports lorsqu'elles sont passagères, mais pas lorsqu'elles conduisent. Cela s'explique sans doute en partie par le fait que les conducteurs sont (sans surprise) bien plus à même d'anticiper les mouvements du véhicule et de réagir en conséquence, d'adapter leur propre posture.

Par exemple, si une voiture prend un virage serré, le conducteur regardera devant lui et anticipera la déportation ressentie au moment du virage, tandis que le passager réagira probablement dans un second temps en se penchant dans la direction opposée.

Le mal des transports ne se limite pas non plus au «monde réel». Le cybersickness (ou cybercinétose) est un autre type de mal des transports que les gens ressentent dans les environnements virtuels, par exemple lorsqu'ils jouent à des jeux vidéo ou explorent un monde 3D.

Ce phénomène est probablement dû là encore au conflit sensoriel que représente le fait de voir l'environnement bouger sur l'écran ou dans un casque alors que le corps reste immobile. Regarder des films en 3D au cinéma peut provoquer le mal des transports pour la même raison.

Quelques conseils pour limiter les dégâts

Si vous souffrez du mal des transports, la meilleure chose à faire la prochaine fois que vous risquez la nausée est d'essayer de réduire ce fameux décalage des informations sensorielles. Évitez de lire par exemple, car cela provoque un décalage entre ce que vous voyez et ce que vous ressentez: regardez plutôt par la fenêtre. Cela peut contribuer à réduire les nausées, car les informations visuelles correspondront alors mieux aux informations relatives à l'équilibre dans votre oreille interne.

Il en va de même pour les bateaux et les trains: se concentrer sur le paysage qui défile peut réduire les symptômes.

Autres conseils: éviter de prendre un repas copieux avant un voyage, mais aussi aérer le véhicule ou l'habitacle, et faire des arrêts réguliers (si possible).

Si cela ne suffit pas à combattre les symptômes, l'utilisation d'un médicament contre le mal des transports peut être utile. Ces traitements réduisent l'activité du système d'équilibre du cerveau ou réduisent le nombre de signaux que le cerveau envoie à l'intestin, ce qui peut contribuer à stopper les nausées et les vomissements.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.The Conversation

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