Politique

Si Mélenchon n'est pas au second tour, c'est un peu à cause de moi

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] J'avais voté pour lui aux deux dernières élections. Cette fois, non.

Il n'a jamais cherché à rassembler. | Pierre-Selim via Flickr
Il n'a jamais cherché à rassembler. | Pierre-Selim via Flickr

Aux deux dernières élections présidentielles, si mes souvenirs sont exacts, j'avais voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. C'est que le personnage ne m'était pas indifférent. Je le trouvais –je le trouve encore– intellectuellement plus intéressant que tous les autres candidats réunis. Plus profond. Plus riche de connaissances diverses et variées.

Doté d'une vraie culture littéraire, à son aise quand il s'agit de manier la langue française avec éclat, souvent drôle et inspiré, mordant autant que farouche, il était le candidat dont humainement je me sentais le plus proche sans pour autant adhérer à ses idées. En fait, si je lui accordais mon suffrage, j'espérais dans le même temps ne pas le retrouver au second tour de l'élection. Bref, je lui reconnaissais mille qualités sauf celle de diriger un pays.

Comprenne qui pourra.

Si dimanche dernier, je me suis abstenu de glisser un bulletin de vote à son nom, c'est que je considérais qu'il ne le méritait pas. J'entends qu'il avait eu cinq années pour rassembler une gauche en miettes et devenir son candidat naturel. Mais pour cela, il lui aurait fallu adoucir son discours, cesser avec cette manière d'haranguer à tout va le premier contradicteur venu, faire de la politique, c'est-à-dire accomplir l'effort nécessaire pour réunir sous son nom des sensibilités divergentes.

De tout cela, il n'a rien entrepris. Entouré de chiens de garde qui au lieu de le tempérer l'ont conduit à aller de surenchères en surenchères, il n'a montré à aucun moment la tempérance nécessaire pour prétendre à la fonction suprême. Cédant à toutes sortes de provocations, il est allé de pitreries en soutiens douteux, de déclarations à l'emporte-pièce en engouements stériles, l'apanage d'un homme si fougueux que bien souvent il en perdait le sens des réalités.

Comme si quelque part, il considérait que c'était à l'électeur de venir le rejoindre et non point le contraire. À aucun moment il n'a tendu la main à ceux qui, à tort ou raison, se méfiaient de ses foucades intempestives. Il a été dans l'excès permanent, un tribun sans discernement, prompt à épouser n'importe quelle cause au point de se couvrir parfois de ridicule. Sur les vaccins. Sur les «gilets jaunes». Sur la Russie. Sur tout et n'importe quoi.

Il a été tempétueux là où on le voulait plus mesuré, plus maître de ses émotions. Je le répète, durant ces cinq dernières années, à aucun moment il n'a semblé intéressé à l'idée de rassembler la gauche, toute la gauche, sous sa bannière. Il a foncé bille en tête, soutenu par une bande de braillards dont peu suscitaient la sympathie, si sectaires dans leur dénonciation du pouvoir actuel qu'ils finissaient par devenir des caricatures d'opposants, de simples gueulards tout juste bons à faire la claque dans des amphithéâtres d'université.

Il n'a pas été au rendez-vous de l'histoire, de son histoire. Un destin, cela se travaille, se forge à force de d'abnégation, d'intelligence, d'intuition, de rapprochements et de calculs. Je crois qu'au fond, il lui était impossible de changer. C'est tout le malheur des individus qui ont hérité dans leur jeunesse d'une structure intellectuelle très forte, d'un militantisme avéré. D'un cadre de pensée rigide dont finalement ils ne parviennent jamais à s'émanciper. Et qui les condamnent à être plus un chef de clan que d'un parti politique voué à gouverner un jour.

Il est bon de rester fidèle à ses idéaux de jeunesse mais quand on aspire aux plus hautes responsabilités, il faut tôt ou tard s'en éloigner quitte à y revenir une fois installé au pouvoir. De cela, Mélenchon s'est montré incapable. C'est à la fois le charme du bonhomme et sa limite. Mélenchon demeurera jusqu'à la fin de ses jours un opposant qui s'épanouit dans la confrontation et beaucoup moins dans la conciliation.

C'est la principale raison de son relatif échec à cette élection. Il avait un boulevard devant lui. Avec un peu de tact et beaucoup de souplesse, un zeste de pragmatisme, un soupçon de malice, une vraie envie de fédérer, il aurait pu prétendre, sinon à la victoire finale, du moins à figurer au second tour. Il a préféré l'invective de comptoir, la dénonciation tous azimuts qui à force de répétition devient une seconde nature. Comme si au fond l'idée même de rassemblement lui apparaissait comme une trahison à ses penchants révolutionnaires, un prix trop lourd à payer pour y céder.

Et quand il s'est aperçu que pour triompher et accéder au second tour, il fallait réunir au lieu de diviser, c'était trop tard. Il m'avait perdu et avec moi de nombreux autres.

Je n'ai pas de regret.

Et de remords encore moins.

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