Politique / Culture

Présidentielle 2022: où sont passés les intellos?

Temps de lecture : 2 min

Les intellectuels sont relativement absents des campagnes des différents candidats à la présidentielle de 2022, contrastant avec 2017.

Année après année, Éric Zemmour s'est érigé en «intellectuel», sinon en historien. | Sébastien Salom-Gomis / AFP
Année après année, Éric Zemmour s'est érigé en «intellectuel», sinon en historien. | Sébastien Salom-Gomis / AFP

Il y a cinq ans, la politique élective et partisane semblait renouer avec le monde des intellectuels. Benoît Hamon attirait intellectuels et journalistes aux idées nouvelles. On se souvient de l'usage abondant des thèses d'Ernesto Laclau et Chantal Mouffe par la campagne de Jean-Luc Mélenchon qui, à l'époque, traversait Bastille-Nation-République bras dessus bras dessous avec la théoricienne du «populisme de gauche».

Il faut reconnaitre que ni Hamon ni Mélenchon n'ont à l'époque rechigné sur l'appel au renfort des intellectuels, dont ils ont su utiliser les travaux et l'image. On a alors pu croire au grand retour des intellectuels dans la vie partisane et électorale. Tous deux voyaient sans doute dans ces compagnonnages ce qui leur avait manqué dans le passé, et une manière de sortir des impasses héritées des trois décennies de fonctionnement de la gauche partisane telle qu'influencée par les ressorts partisans du PS notamment. 2017 fut à gauche marquée par le grand retour de «l'intellectuel collectif» comme idée.

Zemmour, unique objet des mobilisations d'intellectuels?

Cette année, c'est face à Éric Zemmour que les intellectuels se sont auto-organisés et qu'ils ont contribué, par des ouvrages individuels ou collectifs, à invalider les thèses du polémiste-candidat, à les remettre dans une perspective historique et à intervenir dans l'arène politique pour donner au citoyen et à leurs lecteurs, les fondations sérieuses et étayées. Parmi eux, Laurent Joly a dénoncé la «falsification de l'Histoire» par Zemmour.

Le candidat s'est, année après année, érigé en «intellectuel», sinon en historien. Cécile Alduy a, dans son domaine, œuvré pour décrypter les mots du discours zemmourien. En solo ou en équipe, les intellectuels du monde académique les plus versés dans l'intervention dans le débat public n'ont pas fait défection face à l'offensive zemmourienne.

La pensée critique en exil intérieur?

À la gauche de la gauche, penseurs, cercles et revues sont encore bien vivants, de même qu'une galaxie de maisons d'édition foisonnantes et productives, mais dont la substance imposante peine à imprégner la gauche des urnes alors qu'elle irrigue encore les cénacles militants. Il y a bien une mobilisation des tenants de la pensée critique soit pour Fabien Roussel soit pour Jean-Luc Mélenchon, mais cette année ne voit pas ces bataillons d'intellectuels affichés en première ligne.

Au mitan des années 2010, Podemos revendiquait cette fonction de défendre politiquement, électoralement, la matrice commune des nouvelles gauches radicales qu'est la pensée critique. Jean-Luc Mélenchon rassemble un «parlement» de gens de haute qualité mais qui n'imprègnent pas le débat.

Cette campagne est au moins aussi inquiétante par l'absence des intellectuels que par les sondages scrutés de façon obsessionnelle.

Contretemps ou Mouvements comme revues dynamiques intellectuellement, La Fabrique ou Agone comme maisons d'édition, et tant d'autres, produisent un matériau intellectuel souvent novateur et stimulant. Mais tout semble indiquer que la période ouverte en Europe avec les mouvements des places se referme.

À trop river les yeux sur les «rollings», sans doute a-t-on oublié qu'une campagne présidentielle est aussi une campagne nationale qui diffuse une vision du monde, des ouvrages, qui dépasse le programme électoral pour ancrer dans la société, des références intellectuelles articulées à l'existant, l'expérience du quotidien, la condition matérielle de chacun.

Cette campagne est au moins aussi inquiétante par l'absence des intellectuels dans les campagnes des candidats que par les sondages scrutés de façon obsessionnelle. La tripartition du paysage politique se précise; mais la gauche, notamment celle des idées, des débats théoriques et de ce qui nourrit la stratégie politique d'un camp, est partie pour être reléguée durablement dans son archipel de revues, médias et maisons d'édition, coupée du débat national quoique foisonnante intellectuellement. Une conséquence durable non entrevue de cette campagne.

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