Santé

Assumons nos déprimes passagères

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Cela arrive à tout le monde, cette fatigue qui nous accable. Autant la partager plutôt que de la garder pour soi.

On se sent comme écrasé de fatigue. | Jamey Cassell via Flickr
On se sent comme écrasé de fatigue. | Jamey Cassell via Flickr

C'est un sentiment vague qui naît parfois au réveil d'un jour nouveau. Une sorte de fatigue, de lourdeur, d'accablement dont on peine à comprendre l'origine. Tout à coup les gestes de la vie quotidienne nous demandent des efforts infinis. Et dans cette mélancolie qui nous saisit tout entier, on se demande à quoi rime toute cette comédie de la vie.

C'est comme s'il pleuvait à l'intérieur de nous. Notre âme est mouillée de chagrin. C'est officiel, on est déprimé et pourtant on aurait presque honte à le dire, comme s'il s'agissait d'une maladie déshonorante, d'un état susceptible de nous valoir l'opprobre de la société. Tout juste si on ne se sent pas coupable d'être ainsi fatigué. Après tout, nous avons tout pour être heureux, non?

Alors on ne dit rien à personne et on s'efforce de donner le change. Quiconque vous côtoie ne se douterait jamais du poids de votre tristesse. De cette envie qui est la vôtre de garder le lit pour oublier la rumeur du monde, la folie des hommes, le bourdonnement de l'actualité, l'impitoyable mastication de la vie au quotidien.

Comme si de rien n'était, on sourit, on rit, on mange, on échange quelques paroles avec ses collègues de travail, on salue le conducteur du bus, on joue avec le chat, on prépare le dîner, on feint d'aller au mieux. Mais quand au détour d'un couloir, dans le miroir de la salle de bains, on se regarde dans la glace, on a juste envie de se serrer entre ses propres bras pour se redonner un peu de courage.

On n'a envie de rien. Tout nous dégoûte. Ce n'est pas du désespoir, oh non, c'est autre chose de bien plus vague, de moins imposant, un désir de se retirer à l'intérieur de soi, une envie de se mettre à l'abri comme on tend un drap au-dessus de sa tête quand le temps vire à l'orage.

Le monde nous échappe, il nous devient étranger comme si on ne le comprenait plus, comme s'il se dérobait à notre entendement. On se sent orphelin d'un bonheur qui nous a quitté sans prévenir, nous laissant seul et désemparé comme jamais.

On aimerait se trimballer dans la rue avec une pancarte autour du cou où seraient inscrits ces simples mots: «Hors service». «En congé pour une durée indéterminée». Les heures sont lourdes, nos pas sont lents, notre démarche incertaine et hagarde. De toutes parts, les passants nous débordent et on se demande où ils courent de la sorte. Ne voient-ils pas que tout cela ne sert à rien, qu'il n'y a nulle part où aller, que la vie n'a aucun sens si ce n'est celui de nous éprouver sans raison?

On s'essaye à trouver une explication à cet abattement soudain; en vain. Il n'y a pas de raison, c'est juste comme ça. Pourquoi diable faudrait-il toujours trouver une justification à nos comportements singuliers? Non, nous ne sommes pas malades. Non, personne ne nous a quittés. Non, nous n'avons pas de problèmes d'argent. Non, on ne vient pas d'apprendre une mauvaise nouvelle. Mais alors de quoi te plains-tu?

De rien. D'ailleurs, je ne me plains pas, je ne dis rien, je garde juste le silence. Ce n'est pas un crime tout de même. J'ai juste envie qu'on me fiche la paix, tu comprends? La paix. Je suis fatigué d'être fatigué. Si je m'écoutais, je me mettrais à pleurer. Sans raison. Parce que. La vie en demande trop parfois. Tout ce qui hier nous apparaissait comme parfaitement naturel se teinte désormais d'une charge émotionnelle qui pèse sur nos épaules comme si on cherchait à nous enfoncer dedans le ventre de la terre.

La journée s'en vient, la journée s'en va, on reste à quai. On écoute en boucle un nocturne de Chopin, une sonate de Beethoven, un lieder de Mahler, une chanson de Leonard Cohen. D'un coup, on se sent moins seul, comme consolé. C'est doux et tendre à la fois, triste mais sans aucune amertume. Placide comme une pluie d'été quand le ciel enterre le soleil sous une fine couche de nuages. Et qu'on la regarde tomber subjugué par son éternelle beauté.

Voilà, on se sent déjà un peu mieux. Ce n'était donc rien, juste une tristesse passagère, une mélancolie vagabonde, une lassitude éphémère. Une déprime saisonnière. Un coup de moins bien. Comme il peut en arriver à chacun d'entre vous. Comme il en arrive à chacun d'entre nous. Mais alors pourquoi cette honte, cette gêne, cette manière de nous excuser d'être un peu absent au monde?

C'est peut-être par pudeur.

Comme ces animaux blessés qui s'en vont se cacher le temps de guérir.

Pour ne point exposer ses faiblesses.

Le monde est cruel, il paraît…

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