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Un oligarque a-t-il financé des peintures de croix gammées en Ukraine?

Temps de lecture : 2 min

Selon une enquête du magazine Rolling Stone, un homme d'affaires ukrainien a orchestré une campagne pour renforcer l'affirmation de Poutine selon laquelle l'Ukraine est un foyer nazi.

Une école de Kharkiv détruite par un bombardement russe le 23 mars 2022. | Sergey Bobok / AFP
Une école de Kharkiv détruite par un bombardement russe le 23 mars 2022. | Sergey Bobok / AFP

Le magazine Rolling Stone a recoupé plusieurs sources indiquant qu'un businessman ukrainien, Pavel Fuks, aurait participé à une opération sous fausse bannière diligentée par la Russie.

Dans les mois qui ont précédé l'invasion de l'Ukraine, Pavel Fuks aurait payé des citoyens ukrainiens pour peindre des croix gammées dans les rues de Kharkiv et de Kiev, dans le but d'accréditer l'idée d'une large présence nazie sur le territoire ukrainien, au moment où celle-ci servait la propagande de Vladimir Poutine.

Selon plusieurs sources –dont les renseignements et un haut responsable américains, des citoyens anonymes ainsi qu'un informateur en contact avec le gouvernement ukrainien– le magnat de l'immobilier et du pétrole aurait été coopté par les forces russes. Via des intermédiaires, il aurait offert entre 500 et 1.500 dollars (entre 450 et 1.350 euros environ) à des individus pour vandaliser les rues avec des graffitis pro-nazis en décembre, janvier et février.

Oleg Plyush, un ancien kickboxer ukrainien, aurait confronté Pavel Fuks en lui disant que, en tant que juif et contributeur au Centre de commémoration de l'Holocauste de Babi Yar à Kiev, il avait d'autant moins de raisons d'agir ainsi. «Je n'avais pas le choix», aurait simplement répondu l'homme d'affaires. Ce dernier a refusé de faire des commentaires ou de répondre aux mails de Rolling Stone. Oleg Plyush, qui affirme avoir connaissance d'au moins trois graffitis différents financés par Pavel Fuks, a fourni une copie de son passeport et a témoigné sous serment, clamant: «Je n'ai pas peur, je n'ai peur de personne.»

Concernant les graffitis néonazis, ils sont malheureusement courants en Ukraine et ce depuis bien avant l'invasion. «Une croix gammée ici, une là, un appel à tuer des étrangers ailleurs», écrivait Vgorode, un journal local, en 2011. La présence de néonazis en Ukraine, notamment au sein du bataillon Azov, est connue de longue date.

Mais le gouvernement ukrainien n'est pas intrinsèquement nazi, comme aimerait le faire croire Vladimir Poutine: Volodymyr Zelensky a perdu de nombreux proches durant l'Holocauste et l'antisémitisme a été criminalisé en Ukraine l'année dernière.

Mesures actives

Utiliser des symboles nazis et profaner des sites juifs pour semer le trouble est une tactique subversive des renseignements russes bien connue, appelée «mesures actives». Un ancien agent du KGB, Oleg Kalouguine, a révélé dans ses mémoires que les espions soviétiques avaient vandalisé des synagogues à New York et Washington pendant la Guerre froide. Il a confirmé à Rolling Stone: «On l'a fait partout, dès qu'on pouvait, à l'époque.»

Pavel Fuks est un homme d'affaires très lié à la Russie et au passé trouble. Pendant cinq ans, il était soumis à une interdiction de voyager aux États-Unis. Olga Lautman, chercheuse associée au Center for European Policy Analysis, réagit ainsi quand on lui parle de lui: «Honnêtement, c'est la mafia, c'est le moyen le plus simple de le dire.»

La réputation de Fuks en Ukraine est celle d'un «mercenaire» (c'est même son surnom), et plusieurs intermédiaires ont voulu rester anonymes car l'homme d'affaires serait connu pour se venger de ceux qui se mettent en travers de son chemin. Un jour, il a expliqué à la télé qu'il faisait manger leurs mégots de cigarettes à ses employés qui refusaient d'arrêter de fumer.

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