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Pourquoi l'Inde ne condamne-t-elle pas l'invasion russe en Ukraine?

Temps de lecture : 2 min

New Delhi semble avoir des intérêts à privilégier sa longue relation avec la Russie.

Manifestation de l'Hindu Sena, un groupe hindou de droite, en soutien à la Russie, le 6 mars 2022 à New Delhi. | Sajjad Hussain / AFP
Manifestation de l'Hindu Sena, un groupe hindou de droite, en soutien à la Russie, le 6 mars 2022 à New Delhi. | Sajjad Hussain / AFP

L'Inde s'est abstenue, le 2 mars, lors du vote de la résolution condamnant la Russie pour l'invasion de l'Ukraine à l'ONU. Vox a décrypté la position d'équilibriste de la plus grande démocratie au monde face à cette guerre.

New Delhi cherche à garder des relations commerciales avec la Russie et à maintenir sa relation privilégiée avec celle-ci, tout en se rapprochant toujours des États-Unis et leurs alliés. En tant qu'État post-colonial, le pays veut définir ses intérêts stratégiques propres. Ainsi, le Premier ministre indien Narendra Modi s'est successivement entretenu avec les présidents Poutine et Zelensky en prônant le retour au dialogue, nécessaire également pour permettre l'évacuation de milliers de citoyens indiens de l'Ukraine.

L'armée indienne est équipée en grande partie par la Russie (entre 65 et 85%), et le pays a besoin d'entretenir sa relation avec celle-ci pour dissuader la puissance grandissante de la Chine, sa plus proche ennemie. Mais c'est précisément cette même raison qui l'a poussé à se rapprocher des États-Unis et des membres de l'alliance informelle Quad. Le pays se retrouve alors dans une position inconfortable, mais à laquelle il s'est habitué depuis la Guerre froide et sa politique de non-alignement: l'autonomie continue d'être le principal moteur de sa politique étrangère.

Nandan Unnikrishnan, travaillant à l'Observer Research Foundation de New Delhi résume, la position indienne jusqu'ici: «Nous comprenons certains aspects et positions des États-Unis, comme certaines inquiétudes de la Russie, et nous ne voulons nous opposer à aucun des deux. Ce n'est pas une situation facile, mais c'est ainsi.»

Des partenaires de longue date

L'amitié entre les deux pays date officiellement de la signature d'un «traité de paix, d'amitié et de coopération» en 1971. Selon Sumit Ganguly, professeur de science politique à l'Université de l'Indiana à Bloomington, les deux puissances avaient à cette époque un intérêt commun: s'allier contre la Chine qui, aidée par le Pakistan, se rapprochait des États-Unis. L'Inde qui se voulait alors leader des «non-alignés» pouvait osciller vers Moscou quand cela servait ses intérêts. À partir des années 1970, la Russie a aussi commencé à équiper l'armée indienne à bas prix, et l'Inde reste le premier pays importateur d'armes russes à ce jour. Depuis, New Delhi a essayé de diversifier cet approvisionnement mais sans grande réussite, et face à la montée en puissance de la Chine et du Pakistan, le moment semble mal choisi.

L'Inde est par ailleurs une ancienne colonie de l'empire britannique, ce qui peut aussi expliquer sa réticence à suivre les Occidentaux. Ses liens avec Moscou sont très amicaux, Poutine ayant décrit l'Inde comme «un grand pouvoir, une nation amicale et une amitié qui ne vieillit pas».

L'Inde n'a pas d'intérêt immédiat à condamner fermement l'invasion russe. Mais il reste un détail capable de changer cet état de fait: le rapprochement accéléré de la Russie avec la Chine depuis le début de la guerre, parce qu'il signifie l'accroissement de la valeur du soutien des États-Unis dans la stratégie indienne.

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