Monde

Les animaux domestiques sont aussi des victimes de la guerre en Ukraine

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] On l'oublie souvent, mais lorsque surviennent les guerres, les animaux domestiques trinquent aussi. On le voit encore dans le conflit ukrainien.

L'idée qu'un chat souffre de la guerre m'est insupportable. | Oleksandr Tchernobai via Unsplash
L'idée qu'un chat souffre de la guerre m'est insupportable. | Oleksandr Tchernobai via Unsplash

L'autre jour, j'ai donné un peu d'argent pour une organisation qui s'occupait de recueillir des animaux victimes du conflit ukrainien. Rendus orphelins par l'arbitraire de la guerre qui tue civils comme soldats, ils n'avaient nulle part où aller et erraient comme des fantômes parmi les décombres de leur ancienne maison. Leurs maîtres ne reviendraient plus, la mort venait de les faucher comme elle avait déjà fauché des milliers d'animaux domestiques, et ils restaient là, brisés, le regard apeuré, si tristes que toute vie semblait les avoir désertés.

J'ignore pourquoi, mais il me fallait faire quelque chose. Soulager leur souffrance. Leur venir en aide. Essayer d'adoucir leurs peines. Alors j'ai donné. Sans réfléchir. Parce qu'il le fallait. Parce qu'un animal victime des agissements des hommes, de leur brutalité et de leur cruauté, m'apparaissait comme l'un de ces crimes qui plongent la conscience dans un océan de désolation. Parce que le sort des animaux par temps de guerre n'intéresse pas grand monde, si ce n'est ceux qui savent leur valeur, cette manière bien à eux de nous encourager sur le chemin de la vie.

Si on avait quelque sens éthique, à l'heure de dresser des bilans, après le bombardement d'un immeuble, il nous faudrait comptabiliser à la fois les victimes humaines et celles du monde animal. Après tout, d'une certaine manière, la vie d'un homme, d'une femme, d'un enfant ne vaut-elle pas celle d'un chien, d'un chat?

À cette question pourtant essentielle, je n'ai pas vraiment la réponse. Peut-être n'a-t-elle aucun sens. À moins qu'il ne nous faille considérer que notre cœur saigne pareillement quand la mort sauvage engendrée par la guerre emporte dans sa gueule les manifestations de la vie terrestre, celle du genre humain comme celui du règne animal.

J'ai vu des photos de réfugiés avec des chats dans leurs bras; dans leur regard, celui du chat comme celui de leur accompagnateur, on devinait l'attachement qui les liait, ce couple qu'ils formaient, cette manière bien à eux de dire que la guerre n'avait triomphé de rien puisque c'est ensemble qu'ils parcouraient les routes de l'exil. Ceux-là n'avaient plus rien à redouter. Leur affection réciproque veillait sur eux. Pour rien au monde, ils n'auraient admis qu'on les sépare.

J'ai vu des vieilles dames qui avaient tout perdu, sauf un chien que leurs pauvres mains toutes tremblantes tenaient au bout d'une laisse. On devinait que pour ces malheureuses, ce chien, c'était tout, à la fois le témoignage d'un passé qui venait de disparaître et la promesse d'un avenir qui à défaut d'être rose, serait rendu moins amer par la présence de cet animal –un sanglot de l'espoir.

J'ai vu une jeune fille qui fuyait les bombardements en emmenant avec elle des chiens handicapés. Solitaire et résolue, elle allait sur les routes et l'on sentait que rien ne l'arrêterait, ni les bombes dans le ciel ni les mines sur la terre. Soudain elle incarnait l'esprit humain dans ce qu'il a de plus grandiose: la dévotion, le désintéressement, l'abnégation quand le monde semble être enseveli sous les ténèbres.

C'est à tous ceux-là que j'ai pensé quand j'ai versé quelque maigre argent, trois fois rien. Afin de témoigner de ma solidarité. De leur dire combien je les admirais, combien je souffrais pour eux, les femmes, les hommes autant que leurs animaux. Je ne voulais pas faire de distinction ou établir une quelconque hiérarchie. Je désirais juste les aider, faire en sorte que leur vie à venir soit la moins compliquée possible.

L'affection qu'on porte aux animaux ne s'explique pas et n'a pas vocation à être discutée. Elle se suffit à elle-même. Elle est le témoignage d'une reconnaissance qui va bien au-delà de cette simple étiquette d'«animal de compagnie». Un animal ne nous accompagne en rien, il nous soulage d'être nous-même. Et nous donne à entrevoir ce que serait le monde si nous ne passions pas notre temps à nous quereller.

Un monde de lumière et de légèreté.

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