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Le «piège du dictateur» se referme sur Poutine

Temps de lecture : 2 min

De «génie» à ennemi public numéro 1, le président russe semble avoir mal calculé son coup.

Une affiche du président russe est utilisée comme cible près du village de Zolote, dans la région de Lougansk, le 21 janvier 2022. | Anatolii Stepanov / AFP
Une affiche du président russe est utilisée comme cible près du village de Zolote, dans la région de Lougansk, le 21 janvier 2022. | Anatolii Stepanov / AFP

En quelques semaines seulement, Vladimir Poutine a accompli bon nombre d'exploits qui ne sont pas à son avantage. Il a revitalisé l'OTAN, soudé un Occident jusqu'alors fragmenté, transformé son adversaire –Volodymyr Zelensky– en super-héros mondial, détruit l'économie russe et consolidé son héritage de criminel de guerre. Mais comment la situation a-t-elle pu autant se retourner contre lui?

Pour répondre à cette question, il faut d'abord comprendre les modes de fonctionnement des dictateurs. Dans ses recherches, Brian Klaas, professeur de politique mondiale au Collège universitaire de Londres, s'est rendu compte que les autocrates –souverains dont la puissance n'est soumise à aucun contrôle– comme Poutine finissent toujours par tomber dans le «piège du dictateur». Les stratégies que ces derniers mettent en place pour rester au pouvoir les poussent parfois vers la sortie.

Un piège inévitable

D'après le professeur, les dictateurs sèment les graines de leur propre perte dès le début de leur mandat. En troquant la liberté d'expression contre une politique de la peur, les despotes prennent un risque considérable.

Dans nos démocraties, il n'est pas interdit de critiquer la personne au pouvoir. Mais dans d'autres pays, émettre un jugement sur le chef de l'État peut vous coûter la vie. C'est finalement une énorme erreur. Si aucun conseiller ne peut dire au dictateur qu'une de ses idées est vouée à la catastrophe, comment éviter cette dernière? De plus, chaque dictateur a des collaborateurs loyaux, mais comment accorder sa confiance quand il est dans l'intérêt de l'autre de vous brosser dans le sens du poil?

Pour rester au pouvoir, les dictateurs ne doivent pas se soucier uniquement de leurs conseillers, ils doivent gagner, intimider et contraindre leur population. D'après Brian Klaas, c'est pourquoi ils investissent dans des médias financés par l'État. C'est encore une trappe du piège. Les citoyens dont le cerveau est «lavé» par la propagande apporteront leur soutien à Vladimir Poutine dans ses décisions, même si ces dernières se retourneront contre eux plus tard.

En vivant dans un monde faux assez longtemps, vous commencez à y croire aussi. Il en va de même pour les dictateurs. Pour le professeur de politique mondiale, ce phénomène pourrait expliquer les récents discours de Poutine. «Il est possible que son esprit ait succombé à sa propre propagande, créant une vision du monde déformée dans laquelle l'invasion de l'Ukraine a été, comme l'a dit Trump, un geste incroyablement “avisé”», assure-t-il.

Certains experts de la Russie, comme Fiona Hill, ont suggéré que Vladimir Poutine avait passé les confinements isolé et seul, examinant de vieilles cartes de l'«imperium» russe perdu. D'après les spécialistes, ces facteurs auraient pu le convaincre qu'envahir l'Ukraine était une bonne idée.

Malheureusement, le dirigeant russe semble être pleinement tombé dans le «piège du dictateur»: il est entouré de personnes qui le craignent et vit dans un monde où il est l'autocrate depuis deux décennies. «C'est pourquoi il est temps de larguer le mythe de l'homme fort “avisé”, ou du dictateur qui serait un “génie” géopolitique. Poutine a été victime du piège du dictateur et a prouvé qu'il n'est ni l'un ni l'autre», conclut le professeur.

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