Santé / Sciences

On ne devient pas automatiquement une meilleure personne après un traumatisme

Temps de lecture : 2 min

Selon un chercheur en psychologie, le concept très en vogue de «croissance post-traumatique» pourrait avoir des effets négatifs sur la santé mentale.

Certains rescapés ressentent une pression à devenir une meilleure version d'eux-mêmes après un traumatisme | Anemone123 via Pixabay
Certains rescapés ressentent une pression à devenir une meilleure version d'eux-mêmes après un traumatisme | Anemone123 via Pixabay

«Ce qui ne me tue pas me rend plus fort.» Cet aphorisme n'est pas seulement le refrain de la chanson «Stronger» de Kelly Clarkson. Écrit la première fois par Friedrich Nietzsche et désormais ancré dans la culture populaire, il renvoie à ce qu'on appelle la «croissance post-traumatique», et pourrait bien être partiellement faux selon une nouvelle étude américaine présentée par la BBC.

Développé dans les années 1990, ce concept de psychologie désigne la capacité pour les humains à devenir une meilleure version d'eux-mêmes après un traumatisme. Ainsi, des études pionnières menées par Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun, deux psychologues américains, mènent à la conclusion que la perte d'un être cher, une rupture, ou encore un accident, peuvent provoquer chez certaines personnes une amélioration positive des comportements et des valeurs. 70% des survivants de traumatismes seraient ainsi en capacité d'expérimenter cette «croissance post-traumatique» (ou CPT). Seulement, ces études sont aujourd'hui remises en cause: elles pourraient contribuer à empirer l'état psychologique de certaines victimes de traumatismes, en leur intimant une pression à la résilience et à l'amélioration de soi.

Une idée oppressante

Eranda Jayawickreme, professeur de psychologie à Wake Forest University en Caroline du Nord, a beaucoup étudié ce phénomène. Il s'est intéressé à la manière dont les médias ont parlé de la CPT en ne disant parfois pas tout, et à la façon dont certaines études contiennent des défauts d'interprétation. Pour lui, «ces narratifs autour de l'idée de développement après un traumatisme peuvent devenir oppressants pour les survivants».

Dans la plupart des études sur la CPT, on demande aux personnes d'évaluer sur une échelle de 1 à 5 la récurrence avec laquelle elles ont observé des changements positifs dans leurs comportements après un traumatisme. Aucune question n'est posée à propos de potentiels changements négatifs. Eranda Jayawickreme, qui a lui-même expérimenté le traumatisme de la guerre civile au Sri Lanka dans son enfance, pointe notamment le fait que d'autres études qui prennent en compte des changements négatifs rendent beaucoup moins évidente la prévalence de la CPT chez les survivants.

Il met aussi en garde sur d'autres biais: la mémoire humaine n'est pas fiable et a tendance à ne retenir que le positif. La plupart des gens ont, de toute manière, tendance à améliorer leur personnalité dans le temps.

Il n'est pas impossible de s'améliorer après un épisode traumatique. En revanche, ces changements ne vont pas de soi, et surestimer la CPT pourrait avoir, au contraire, des effets négatifs sur la santé mentale des survivants.

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