Sciences

Après la guerre, ce sont les réservistes qui ont le plus de risques de sombrer dans l'alcoolisme

Temps de lecture : 2 min

Avec un risque plus élevé dans l'année suivant le retour au bercail.

L'étude analyse les réponses à une enquête menée auprès de 4.500 soldats de la Garde nationale américaine. | Filip Andrejevic via Unsplash
L'étude analyse les réponses à une enquête menée auprès de 4.500 soldats de la Garde nationale américaine. | Filip Andrejevic via Unsplash

Une consommation excessive d'alcool pour faire face à des émotions négatives est un phénomène plus que connu. En cause, le fait que l'alcool est un très efficace stimulant du système endorphinique –du nom des endorphines, ces substances, chimiquement semblables à la morphine, que l'organisme (du côté du système nerveux, mais aussi du digestif) sécrète en réponse à toute douleur et tout stress et qui procurent un sentiment de détente, de bien-être, voire d'euphorie. À ce titre, les abus d'alcool sont très courants chez les militaires en service actif lors de leur retour d'opération, et pas seulement à cause des traumatismes de guerre, mais aussi parce que le cerveau «compense» la disparition du rush du champ de bataille.

Publiée le 9 mars, une étude montre que ces risques sont d'autant plus élevés chez les réservistes. Menée par James Griffith, professeur et chargé de recherche au National Center for Veterans Studies de l'Université de l'Utah, elle montre que le fait d'avoir participé directement aux combats peut précipiter un grand malaise personnel (que Griffith qualifie de «blessure morale»), nécessitant une certaine forme d'apaisement que la consommation excessive d'alcool permet temporairement de trouver.


Bataillons américains

En l'espèce, ce travail analyse les réponses à une enquête menée auprès de soldats de la Garde nationale américaine au retour en 2010 de l'opération «Liberté irakienne», soit des données de plus de 4.500 soldats. Ce sondage, anonyme, comprend quatre-vingt questions sur la consommation d'alcool et de drogues, ainsi que sur d'autres aspects de la vie des soldats de retour au bercail –comportement criminel, relations interpersonnelles, soutien social ou encore symptômes de détresse psychologique. Des réponses que Griffith a comparées avec celles des militaires de carrière, ainsi qu'à des recherches antérieures sur la Garde nationale et le personnel militaire actif.

Il en ressort que les réservistes récemment déployés sur le terrain et rentrés au pays présentaient des taux de forte consommation d'alcool plus élevés que les soldats non déployés ou affectés à un rôle de garnison (29,9% contre 24,1% pour la forte consommation d'alcool, et 33,9% contre 31,8% pour la consommation excessive d'alcool). Le taux de consommation d'alcool chez ces soldats était également supérieur à celui du personnel militaire de carrière déployé et tel que consigné dans plusieurs études antérieures. Un risque qui est le plus élevé dans l'année suivant le retour.

Selon Griffith, la nature du service militaire de réserve peut contribuer à ce que ses membres soient plus exposés au risque de consommation d'alcool. La plupart du temps, les réservistes servent un week-end par mois et reçoivent deux semaines de formation annuelle en service actif. Une fois appelés, ils sont alors contraints à un service à plein temps pendant une période d'environ un an. Et lors des récentes guerres d'Irak et d'Afghanistan, les réservistes américains ont constitué près de 40% des bataillons américains.

Une amélioration de la formation avant le déploiement, et un meilleur suivi psychologique ensuite pourrait, selon le chercheur, contribuer à atténuer le problème.

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