Société / Monde

Au vu du monde qui se dessine, je serais presque heureux de ne pas avoir d'enfants

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] On souhaite bon courage aux générations à venir. Les défis à relever seront innombrables.

Difficile de rester optimiste face au spectacle du monde. | Gehrard Reus via Unsplash
Difficile de rester optimiste face au spectacle du monde. | Gehrard Reus via Unsplash

À ma connaissance, je n'ai pas d'enfants. Malgré les suppliques répétées de mes innombrables partenaires (deux) je n'en ai jamais voulu. Je n'avais pas la tête à cela. J'étais bien trop dissipé, trop à l'écoute de mes propres angoisses pour me désigner un héritier ou une descendance. Et je n'étais pas certain –je ne le suis toujours pas– que la vie valait la peine d'être vécue.

C'était à mes yeux trop de responsabilités. De quel droit allais-je imposer à une innocente créature le fardeau de vivre, d'embrasser une existence qui finirait forcément dans le pré carré d'un cimetière municipal où depuis la nuit des temps on entasse jusqu'à l'écoeurement des morts par milliers? La joie de sa naissance aurait été assombrie par la certitude de sa disparition. Ainsi raisonnais-je comme le grand optimiste que je n'ai jamais cessé d'être tout au long de mon existence.

J'insiste, si j'agissais de la sorte, ce n'était point pour ne pas accabler la planète d'une naissance supplémentaire. Je n'étais motivé par aucune idéologie si ce n'est celle de préserver ma santé mentale et de vivre en accord avec ce qui me semblait être une philosophie de l'existence. Les tourments de vivre dans un monde livré à lui-même où Dieu se dérobe à la raison nous laissant seuls et désarmés face aux insondables mystères de l'univers m'apparaissaient comme autant de raisons pour refuser la procréation.

Quand je regarde le spectacle offert par le monde ces derniers temps, je suis soulagé d'avoir agi de la sorte. Je ne sais comment je me sentirais aujourd'hui si d'aventure un enfant ou deux m'avait accompagné sur le chemin de la vie. Probablement serais-je terrifié. Pétrifié d'angoisse. Pris de vertige devant les obstacles qui se seraient dressés devant eux. Ravagé de tristesse et de culpabilité à l'idée de leur laisser un monde dépourvu de boussole.


Innombrables sont les défis pour ceux qui nous survivront. Il leur faudra non seulement composer avec des dérèglements climatiques d'une ampleur inédite –réchauffement des températures, montée des eaux, déplacements de populations, sécheresses à répétition, incendies gigantesques– auxquels s'ajouteront les dangers de guerres résiduelles susceptibles à tout moment de dégénérer en conflits nucléaires.

Le tout sur le fond de sociétés civiles profondément divisées où s'opposent sans relâche valeurs progressistes et replis nationalistes, combats titanesques dont nul ne peut prédire à cette heure le vainqueur. Pour un nombre conséquent d'individus et notamment les plus jeunes d'entre eux, l'idée même de démocratie a perdu de son évidence, remplacée par un besoin éperdu d'autorité, un désir de chef, d'homme providentiel capable du meilleur mais plus certainement du pire.

On s'en voudrait de noircir encore un peu plus le tableau mais l'évidence est là: le monde de demain n'aura rien d'une partie de plaisir. Il faudra lutter contre l'obscurantisme, le complotisme, le retour du nationalisme et de toutes ses folies identitaires.

La nécessité de procéder à des changements de comportements radicaux afin de contenir les effets du dérèglement climatique entraînera toute une kyrielle de contrariétés qui viendront heurter de plein fouet les libertés individuelles causant des désordres en tout genre, du refus de se plier à la loi commune, au désir de nier l'évidence avec le risque d'aggraver encore un peu plus la crise environnementale.

La guerre menée actuellement par la Russie laisse entrevoir un monde livré à lui-même où l'idée même d'une apocalypse nucléaire semble être devenue une possibilité comme une autre. Ce qui hier nous apparaissait comme inconcevable –une guerre d'annexion aux frontières de la zone euro– se déroule sous nos yeux avec la possibilité qu'elle ne soit qu'un prélude à d'autres conquêtes.

Le tout au sortir d'une pandémie qui nous aura vu nous confiner, nous vacciner, nous obliger à porter des masques, compter des morts par millions sans être assurés que d'autres virus encore plus meurtriers ne viennent à nouveau perturber le cours de nos vies.

N'en jetez plus, la coupe est pleine.

Sur ce, je vais me coucher.

Silence les enfants, Papa dort.

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