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Une Amérique devenue nationaliste et conspirationniste pourrait-elle s'attaquer au Canada comme la Russie à l'Ukraine?

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Dans un futur plus ou moins lointain, le Canada sera une proie facile.

Ce sera la conquête la plus rapide de l'histoire. | Sebastiaan Stam via Unsplash
Ce sera la conquête la plus rapide de l'histoire. | Sebastiaan Stam via Unsplash

Ayant toujours eu un côté visionnaire –j'ai ainsi prédit avant tout le monde la chute de mes cheveux– j'annonce ici ce qui m'apparaît de plus en plus comme une évidence: la conquête prochaine du Canada par les États-Unis d'Amérique. Ce pourrait être une grossière plaisanterie, cela ne l'est pas si on considère comme probable l'hypothèse de voir l'Amérique devenir un pays gouverné par une bande d'illuminés venus tout droit des rangs de l'extrême droite conspirationniste.

Quiconque s'intéresse à l'Amérique contemporaine comprend vite que le mandat de Joe Biden pourrait bien être un dernier tour de piste avant l'extinction des feux de la raison. Le Parti républicain est devenu un tel ramassis de furieux réactionnaires qu'on peut parier que le prochain président américain –Trump ou un autre couillon dans son genre– ressemblera à une petite frappe fascisante, un individu prêt à toutes les fanfaronnades pour asseoir un régime autoritaire de la pire espèce.

Bon, eh bien, un beau matin, ce type, en se penchant sur la carte du monde, réalisera qu'il existe un pays tout proche du sien, un pays prospère et guère peuplé, une contrée pleine de terres agricoles particulièrement rentables, une nation où ressources gazières et pétrolières abondent, sorte de terre promise sur laquelle on pourrait faire main basse sans s'attirer trop d'ennuis.

Si aujourd'hui personne n'est prêt à mourir pour Kiev, demain personne ne sera prêt à mourir pour Montréal, Toronto ou Vancouver. Ce sera une conquête éclair, la plus rapide de toute l'histoire de l'humanité. Déclenchée le matin à l'aube, elle prendra fin le soir au crépuscule. À minuit, la capitulation sera signée, et le Canada deviendra ainsi officiellement le cinquante-et-unième état américain.

Certes le monde entier s'en émouvra, mais passés les grandes déclarations de principe, les coups de menton à la tribune de l'ONU et les manifestations de soutien où claqueront au vent les drapeaux rouges et blancs, soyons réalistes, aucun pays au monde n'enverra ses troupes pour défendre un pays dont la feuille d'érable est l'emblème national. D'ailleurs la tâche serait en elle-même impossible. Coincé entre deux océans, sans aucune frontière terrestre si ce n'est celle partagée avec l'Amérique, le Canada sera livré à lui-même.

Et que pourront faire 40 millions de Canadiens face à une population dix fois plus nombreuse et un milliard de fois plus armée –une famille américaine à elle toute seule, nourrisson et arrière-grand-mère comprise, doit disposer d'un arsenal plus complet que la population canadienne au complet? À part demander aux ours et autres caribous de venir en renfort, pas grand-chose.

Face à une colonie de chars qui s'avancent, une légion de crosses de hockey aussi affûtées soient-elles aura toutes les peines du monde à l'arrêter. Et si une boule de curling bien envoyée peut commettre un certain nombre de dégâts comme défoncer un plancher ou une toiture, elle s'avère d'une utilité limitée quand il s'agit de dégommer un avion dans le ciel.

Bref, ce sera un carnage sans nom. Le Canadien n'est ni batailleur, ni querelleur. Quand il manifeste dans les rues, il est si pacifique que la plupart du temps, personne ne s'aperçoit qu'une manifestation est en cours. Un Canadien, au moment de traverser une rue, même si aucune voiture ne se pointe à l'horizon, attendra toujours que le feu soit passé au rouge avant de s'engager. Autant dire que les GI auront la partie facile, trop facile.

Pour l'Amérique trumpienne ou post-trumpienne, ce ne sera ni l'Afghanistan et encore moins le Vietnam. À part une toujours possible indigestion de poutine, laquelle n'a rien à voir avec le président russe si ce n'est sa robustesse à toute épreuve, la campagne militaire sera une promenade de santé. Le pays est bien trop vaste, les populations trop disséminées, les villes trop éloignées les unes des autres pour que les 22.500 soldats qui composent l'armée canadienne régulière puissent opposer rien d'autre qu'une résistance symbolique.

Il y aura un mort du côté américain, un malheureux qui aura confondu un ours en train d'hiberner avec un monticule où s'asseoir pour commander une pizza. C'est tout. Le Canada aura beau demander l'application de l'article 5 de l'OTAN, il lui sera rétorqué que sa mise en place devient caduque dès lors que le pays concerné connaît un hiver qui dure plus de huit mois.

Sans coup férir, le Canada passera sous giron américain. Comme d'habitude, le Québec exigera une législation d'exception. Elle lui sera partiellement accordée. Ils pourront continuer à parler français tant que la viande servant à préparer des hamburgeois et autres chiens-chauds proviendra de bétails nés sur le continent américain. Par contre, il faudra dire au revoir à la gomme à mâcher. Ce sera du chewing-gum ou rien.

À bien y réfléchir, le seul événement à même de contrarier les plans américains serait de me voir devenir le prochain Premier ministre du Canada. Si Zelensky a tenu tête à Poutine, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas en faire de même. Après tout, nous avons bien des origines communes. Moi aussi, tout bouffon que je suis, à la surprise générale, je me révélerai être l'homme de la situation.

En attendant, je pars pour Kiev dès demain.

Histoire d'apprendre comment bien préparer un cocktail Molotov.

Tu peux trembler, Amérique de mes deux!

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