Monde

La guerre imbécile de Poutine doit servir à nous ressaisir collectivement

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] L'autoritarisme forcené ne mène nulle part, si ce n'est à plus de morts, à d'infinies tragédies. Qu'on s'en souvienne à l'heure de voter.

Nul ne sait ce qu'il adviendra de cette guerre. | Taton Moïse via Unsplash
Nul ne sait ce qu'il adviendra de cette guerre. | Taton Moïse via Unsplash

Les guerres ont ceci de particulier qu'elles nous jettent dans un état de vulnérabilité et de sidération où ce qui hier encore nous semblait impossible le devient soudain. Celle qui a démarré en Ukraine n'échappe pas à la règle. Au cœur de l'Europe, l'impensable s'est produit. Une agression sauvage voulue par un dictateur qui s'essaye à reconstruire ce qui ne peut l'être, la grandeur passée d'un empire.

On ne sait jamais vraiment ce qui pousse le chef d'une nation à entrer en guerre. Il y a des rêves de conquête, il y a l'exaltation du sentiment national, il y a le désir de marquer l'histoire. Et puis il y a tout le reste, les humiliations passées dont on ne s'est jamais remis, l'affirmation de sa virilité qu'il faut sans cesse exhiber de peur de la voir disparaître, le besoin maladif de s'inventer des ennemis imaginaires, le fantasme d'un anéantissement voulu et conçu par des puissances étrangères ou cosmopolites.

La paranoïa n'est pas loin, la mégalomanie non plus, et quand ces deux sentiments s'associent, ils finissent par former une espèce de folie à laquelle l'esprit ne peut résister. Et dans cette maladie qui finit par corrompre l'âme, on en vient à concevoir des projets funestes, de ces grandes expéditions qui commencent un beau matin à l'aube glacée et se finissent dans la boue mauve du soir, quand un soleil ensanglanté se pare des couleurs de la mort.

Nul ne sait de ce qu'il adviendra de cette guerre. On devine juste qu'elle marque l'entrée dans une nouvelle ère, d'un monde de plus en plus incertain où, entre le réchauffement climatique et l'émergence d'un virus meurtrier, parmi des sociétés civiles de plus en plus fragiles, l'humanité, du moins dans sa déclinaison occidentale, apparaît comme à la croisée des chemins.

L'avenir devient contradictoire. Il se perd dans le brouillard de nos questionnements infinis. Ce qu'on considérait comme acquis, le principe d'autodétermination des peuples, l'aspiration à la liberté, la soif de progrès, la croyance en la science et la médecine, l'appétence pour le bien –la civilisation en elle-même– devient une donnée parmi d'autres, une donnée relative qu'il convient désormais d'interroger comme si elle n'allait plus de soi.

Ici et là, à travers l'Amérique et l'Europe, des vents populistes se lèvent. Ils ont l'accent des égarements du passé, de ceux qu'on pensait abolis à jamais. La mort habite ces mouvements politiques qui soufflent sur les braises pour mieux rétablir un principe d'autorité, le retour à une société de l'ordre où quiconque ne répondrait pas aux critères établis se verrait expulsé, emprisonné ou assassiné.

Le désespoir n'est pas une solution, le renoncement non plus.

Il n'empêche, collectivement nous sentons bien que l'Histoire grince à nouveau. Nous entendons ses gémissements, nous percevons ses râles, cette impression d'être à nouveau au bord du précipice. La guerre commencée jeudi agit comme une piqûre de rappel: si nous n'y prenons garde, elle frappera demain à nos portes.

La Deuxième Guerre mondiale, avec ses innommables meurtrissures, n'agit plus comme un paravent. Son souvenir est trop lointain pour que les crimes causés, les exterminations de masse, les fours crématoires –l'incandescence de la folie humaine portée à son paroxysme– officient comme un repoussoir. Et au milieu de cette grand nuit de l'oubli, parmi les fantômes du passé, on en vient à ressusciter des idées qui furent naguère la cause de toutes ces abominations.

L'oubli, voilà le grand danger.

En ce sens, Poutine et sa guerre imbécile nous auront rendu un fier service.

Celui de se tenir debout et prêt à en découdre devant la montée de l'extrémisme.

Quel que soit son visage.

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