Politique

Valérie Pécresse, en attendant Sarko

Temps de lecture : 6 min

Derrière le non-candidat Macron, à moins de cinquante jours du premier tour de l'élection présidentielle, la candidate LR est en position délicate face à Le Pen et Zemmour. L'ex-président Nicolas Sarkozy va-t-il la sauver?

Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy lors du conseil national de Les Républicains, le 7 novembre 2015 à Paris. | Alain Jocard / AFP
Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy lors du conseil national de Les Républicains, le 7 novembre 2015 à Paris. | Alain Jocard / AFP

En politique, rien n'est jamais écrit à l'avance. Tous les scénarios les plus élaborés peuvent s'effondrer comme un château de cartes avec l'irruption d'une personnalité non attendue ou d'un événement imprévu. La campagne de l'élection présidentielle de 2017 et son dénouement en sont l'exemple historique le plus récent. La campagne de l'élection présidentielle 2022 va-t-elle en offrir un remake partiel ou total, avec acteurs et actrices partiellement ou totalement différents?

Depuis des mois et des mois, la répétition du duel final de la précédente «mère des batailles» était installée dans les enquêtes d'intentions de vote de tous les instituts de sondage. L'issue semblait même inéluctable, malgré le souhait de huit Français sur dix, selon un sondage Elabe de février 2021, de ne pas le voir se reproduire. Et pourtant, les mêmes plaçaient systématiquement les deux protagonistes, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, en tête des votes au premier tour.

Marine Le Pen, cible principale d'Éric Zemmour

Et puis le scénario s'est enrayé. Un premier trublion est venu perturber cet ordonnancement: Éric Zemmour. Entré en campagne sans s'être déclaré officiellement, le polémiste d'extrême droite des plateaux de la chaîne de télévision CNews est devenu le candidat d'extrême droite concurrent de l'ancienne présidente du Rassemblement national (RN) qui, elle, a cédé la tête de son parti à Jordan Bardella, le moins encombrant des prétendants, à la mi-septembre.

Dans la foulée, la candidate d'extrême droite a enregistré un recul significatif au cours de la seconde quinzaine de septembre. À sept mois du premier tour de la présidentielle, elle chutait sous la barre de 20% d'intentions de vote, selon plusieurs instituts de sondages, alors que depuis de nombreux mois elle rivalisait avec Emmanuel Macron dans un tête-à-tête situé largement au-dessus de ce cap symbolique.

Le décrochage lepéniste s'est trouvé confirmé avec l'annonce-confirmation de la candidature de Zemmour, le 30 novembre. Il s'est amplifié après la victoire de Valérie Pécresse dans la primaire interne de la droite face à Éric Ciotti, qualifié aussi inattendu qu'elle-même au second tour. Jusque-là, les instituts et les analystes donnaient Xavier Bertrand, sinon champion de ce camp, au moins prétendant à la joute finale... D'emblée, la présidente de la région Île-de-France s'est installée comme rivale de la candidate d'extrême droite dans les intentions de vote. L'Ifop leur attribuait 17% au premier tour à toutes les deux.

La candidate LR prise entre deux feux

Contrairement à l'annonce de candidature de Zemmour le 30 novembre, qui n'avait provoqué aucun effet significatif dans les enquêtes d'opinion (celui-ci était intervenu en octobre alors qu'il n'était pas encore candidat, avant de s'essouffler dans la seconde quinzaine de novembre), la désignation de Pécresse avait eu un effet immédiat en terme d'intentions de vote lui faisant gagner de sept à onze points, selon les instituts de sondage.

La difficulté pour la candidate de la droite parlementaire est d'éviter un double écueil.

Mais cet effet de souffle dû à la surprise et à la nouveauté pour l'électorat de droite ne s'est pas amplifié dans les semaines suivantes, ce qui aurait permis à la candidate LR de se dépêtrer du compagnonnage encombrant de la candidate RN. Au contraire, les deux femmes sont restées globalement au coude-à-coude tout au long du mois de décembre, dans une fourchette comprise entre 16% et 18%.

D'un côté, Le Pen était entravée par Zemmour, et de l'autre, Pécresse ne parvenait pas à décoller malgré ses efforts pour ramener au bercail une partie de l'électorat de 2017 de François Fillon, qui avait migré vers l'ex-polémiste médiatique d'extrême droite.

La difficulté pour la candidate de la droite parlementaire est d'éviter un double écueil. Le premier est celui qui consisterait à trop raidir son discours au risque de faire fuir la fraction la plus centro-libérale de son propre camp, c'est-à-dire celle qui avait fait le choix d'Alain Juppé en 2017 mais qui est restée fidèle à LR (une frange a rejoint Emmanuel Macron). Le second serait de trop l'adoucir au risque de perdre une partie de la droite dure (celle qui a voté Ciotti à la primaire) et de ne pas gagner celle qui lui fait en partie défaut –son entourage minimise le basculement d'anciens cadres LR dans l'escarcelle de Zemmour.

Et Macron ne s'est toujours pas déclaré

Pour sa part, l'ancienne présidente du Rassemblement national est lourdement handicapée dans les intentions de vote depuis que Zemmour est entré en scène. Alors qu'elle faisait jeu égal avec le président de la République, bien avant le début de l'année 2021, elle a subitement enregistré un décrochage brutal en septembre, passant au-dessous de la barre des 20% qu'elle n'a toujours pas réussi à franchir dans l'autre sens depuis le début de l'année. À moins de cinquante jours du premier tour de l'élection présidentielle (qui se tiendra le 10 avril), Macron, qui ne s'est pas encore déclaré candidat, est pour le moment seul au-dessus de ce seuil.

Tiraillée entre l'aile la plus droitière du parti incarnée par Ciotti et les libéraux macron-compatibles de l'ex-tendance Juppé, Pécresse n'est pas encore parvenue à incarner une ligne claire.

Face au président sortant, une bataille féroce oppose pour l'instant deux figures de l'extrême droite, Le Pen et Zemmour, ainsi que la représentante de la droite parlementaire, Pécresse. Cette dernière est la seule des trois personnalités à disposer à ce jour des 500 parrainages validés par le Conseil constitutionnel, sésame indispensable pour pouvoir entrer dans la vraie course élyséenne. Et paradoxalement, c'est elle qui semble être dans une posture difficile face aux deux autres prétendants.

Non seulement elle n'est pas parvenue à renforcer son socle électoral dans les enquêtes d'opinion mais, en plus, elle a perdu le soutien de personnalités de son parti, comme Éric Woerth, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, ou Natacha Bouchart, maire de Calais, qui apportent désormais leur voix au non-candidat Macron. Un malheur n'arrivant jamais seul, elle voit aussi s'éloigner des personnalités de notoriété moindre, comme des élus locaux de droite qui basculent dans le camp zemmourien.

L'opinion entre dans la phase de cristallisation

Ce double phénomène est le résultat –quasiment prévisible– d'une campagne qui ne trouve toujours pas son axe politique depuis son lancement. Tiraillée entre l'aile la plus droitière du parti incarnée par Ciotti et les libéraux macron-compatibles de l'ex-tendance Juppé, Pécresse n'est pas encore parvenue à incarner une ligne claire qui, par ailleurs, tiendrait les deux bouts de la chaîne.

Dans le passé, Nicolas Sarkozy à droite et à François Mitterrand à gauche avaient réussi cette alchimie, chacun à sa manière. Il s'agissait, il est vrai, de deux fortes personnalités politiques. La candidate LR, elle, reste au milieu d'un gué qui pourrait, à terme, lui être fatal. Les derniers sondages d'intentions de vote sonnent, du reste, comme un signal d'alarme pour son camp.

Ce moment est d'autant plus inquiétant pour elle que l'opinion entre petit à petit dans la danse, commençant à s'emparer du débat présidentiel. À moins de deux mois du premier tour de la consultation, les électrices et les électeurs se forgent une opinion plus précise de leur vote, ce que les spécialistes de la chose électorale appellent la cristallisation.

Dans deux campagnes précédentes, cette cristallisation s'était opérée au mois de février. En 1995, ce fut quand Jacques Chirac avait renversé la vapeur face à Édouard Balladur, et en 2017, quand Macron avait pris un ascendant sur Le Pen, après l'affaire Fillon révélée par Le Canard enchaîné à la fin janvier.

Gageons que Sarkozy, pour ne froisser personne, tranchera le nœud gordien en affirmant que l'essentiel est de repousser l'extrême droite des allées du pouvoir.

Deux exemples ne permettent évidemment pas d'établir une règle universelle, mais ils peuvent permettre d'éclairer un moment décisif d'une campagne électorale. Et parmi les éléments susceptibles de faire bouger les lignes, il y a la prise de position de celui qui reste un modèle et une figure emblématique pour une partie de l'électorat: le dernier représentant de la droite à l'Élysée, Sarkozy.

Or, celui-ci reste publiquement muet et les seuls propos «off» de l'intéressé rapportés par les gazettes ne transpirent pas particulièrement la bienveillance et l'éloge pour Pécresse. Faute de grives, on mange des merles, selon le proverbe populaire: Pécresse s'est donc rabattue sur Balladur pour obtenir un soutien «canal historique». Ce qui, stratégiquement, médiatiquement et psychologiquement, n'était peut-être pas le meilleur choix, «l'ami de quarante ans» de Chirac ayant été éliminé au premier tour de 1995. Les comparaisons peuvent faire mal.

Sarkozy au centre d'une contradiction

Dans une campagne où l'extrême droite tient le haut du pavé en imposant ses thèmes de prédilection, la parole de Sarkozy ne prend que plus d'importance pour la droite. Peut-elle changer le destin de Pécresse? L'ex-président de la République est probablement pris lui-même dans une contradiction: son appartenance claire à la droitosphère politique le disputant à son intérêt pour le parcours de Macron qui, somme toute, ne peut laisser indifférent un leader qui voulut rassembler au-delà des partis. Sans y parvenir avec succès.

Gageons que Sarkozy, pour ne froisser personne, tranchera le nœud gordien en affirmant que l'essentiel est de repousser l'extrême droite des allées du pouvoir. Ce faisant, il ménagerait Pécresse sans lui apporter de soutien formel, et il ménagerait Macron sans se prononcer explicitement contre lui. Chacun pourra alors en faire la lecture qu'il voudra... Mais, en creux, un destin serait scellé.

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